Après avoir transformé nos habitudes d’achat, nos enceintes connectées et probablement notre patience face aux délais de livraison, Amazon s’attaque désormais encore plus frontalement à l’industrie du divertissement avec une nouvelle obsession : intégrer l’intelligence artificielle générative dans toute la chaîne de production audiovisuelle.
Oui, absolument toute.
Amazon MGM Studios et Amazon Web Services viennent d’annoncer le lancement du GenAI Creators Fund, un fonds destiné à financer des créateurs, studios et startups utilisant l’IA générative pour produire films, séries et contenus animés.
Et autant dire que Hollywood regarde ça avec un mélange de fascination technologique… et de sueurs froides existentielles.
Amazon promet un cinéma “plus rapide” et “moins coûteux”
L’objectif affiché par Amazon est assez clair : accélérer la production et réduire drastiquement les coûts grâce à l’IA.
Albert Cheng, responsable des AI Studios chez Amazon MGM Studios, explique notamment que ces outils permettront de créer des univers ambitieux beaucoup plus rapidement, y compris en tournant davantage sur plateaux virtuels.
En langage plus direct : “Et si on pouvait produire des séries spectaculaires sans payer autant de personnes ni passer autant de temps dessus ?”
Ce qui, évidemment, n’est pas exactement la phrase préférée des artistes, techniciens et animateurs actuellement déjà très nerveux face à l’évolution de l’IA dans le secteur.
Le projet Nara : le nouveau jouet d’Amazon
Pour accompagner cette initiative, Amazon développe également Project Nara, une plateforme de production intégrant différents modèles d’IA générative, dont Kling, mais aussi des outils plus classiques comme Blender, Maya ou Adobe Suite.
L’idée est de créer une sorte de boîte à outils géante capable de simplifier tout le pipeline de production : prévisualisation, création d’assets, animation, effets visuels et potentiellement beaucoup plus à terme.
Amazon insiste sur le fait que la plateforme reste pensée pour les équipes créatives et qu’elle ne remplacera pas totalement les outils traditionnels.
Mais soyons honnêtes : lorsqu’une entreprise technologique parle de “fluidifier les workflows” et de “scaler le storytelling”, les travailleurs du secteur comprennent surtout “réduction des coûts” écrit en police taille 72.
L’animation est particulièrement visée
Les premiers projets financés par le fonds sont d’ailleurs tous des séries animées : Punky Duck, Love, Diana Music Hunters et Cupcake & Friends.
Et ce n’est probablement pas un hasard.
L’animation est aujourd’hui considérée comme l’un des domaines les plus vulnérables à l’arrivée massive de l’IA générative. Les modèles progressent extrêmement vite dans la création d’animations, d’environnements et de mouvements automatisés.
Jeffrey Katzenberg, cofondateur de DreamWorks, estimait récemment que l’IA pourrait réduire jusqu’à 90 % les coûts des films d’animation.
Une déclaration qui ressemble soit à une révolution industrielle… soit à l’introduction du boss final dans le cauchemar collectif des animateurs.
Hollywood entre fascination et panique
Amazon n’est évidemment pas seul dans cette course. Netflix a récemment acquis une société spécialisée dans le cinéma assisté par IA, tandis que YouTube développe lui aussi des outils permettant de modifier et générer des contenus automatiquement.
Le discours officiel reste toujours le même : démocratiser la création, offrir de nouveaux outils aux artistes et permettre à davantage de créateurs d’émerger.
Et il y a probablement une part de vérité là-dedans. Des technologies autrefois réservées aux énormes studios deviennent progressivement accessibles à de plus petites structures.
Mais derrière cette promesse très séduisante se cache aussi une question beaucoup plus brutale : si l’IA permet de produire plus vite, moins cher et avec moins de personnes… combien de métiers vont réellement survivre à cette transition ?
Parce qu’au fond, Hollywood adore parler “d’innovation créative”. Jusqu’au moment où cette innovation commence à remplacer des humains bien réels.

