Pilot d'essaiYouth : Sharon Horgan transforme la cinquantaine en joyeux chaos

Youth : Sharon Horgan transforme la cinquantaine en joyeux chaos

Il y a des gens qui abordent la cinquantaine avec sérénité. Ils ont fait la paix avec eux-mêmes, ils pratiquent le yoga, boivent des infusions hors de prix et expliquent qu’ils n’ont « jamais été aussi heureux ». Et puis il y a Alex.

Alex a 50 ans, elle est divorcée, mère d’un adolescent qui s’apprête à quitter le nid et agente littéraire à Londres. Elle doit donc jongler entre son travail, ses parents vieillissants, son fils qui semble avoir décidé que communiquer avec sa mère était une activité parfaitement dispensable et une vie sentimentale qui mériterait franchement un petit redémarrage.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, son corps commence lui aussi à lui rappeler qu’il n’est plus tout à fait disposé à suivre le programme.

C’est précisément là que commence Youth, nouvelle comédie HBO Max créée et portée par Sharon Horgan. La série s’intéresse à cette période de la vie où l’on est supposé avoir tout compris alors qu’en réalité, on découvre simplement de nouvelles façons d’être complètement dépassé par son existence.

Le premier épisode, intitulé « Lockjaw », donne immédiatement le ton. Après un petit accident domestique impliquant son téléphone et son visage, Alex se retrouve chez le médecin et apprend qu’elle souffre d’arthrite à la mâchoire. Le diagnostic médical va rapidement devenir une source de malentendu particulièrement savoureux, mais surtout le point de départ d’une réflexion beaucoup plus large : qu’est-ce qu’on fait de son désir, de son corps et de sa vie quand on commence à avoir l’impression que le temps file un peu trop vite ?

La réponse d’Alex semble assez simple : elle veut profiter.

Le problème, c’est que sa vie a manifestement décidé de lui compliquer la tâche.

Sharon Horgan, toujours aussi formidable

Je suis très fan de Sharon Horgan depuis Bad Sisters, et je dois dire que la voir débarquer dans Youth dans un rôle aussi proche de ce qu’elle sait manifestement faire de mieux est un véritable plaisir.

Alex est formidable parce qu’elle est immédiatement humaine.

Elle est drôle, parfois paumée, elle prend de mauvaises décisions, elle réfléchit beaucoup trop à certaines choses et pas suffisamment à d’autres. Elle veut retrouver une vie sexuelle, mais elle ne sait pas vraiment comment s’y prendre. Elle veut profiter de son existence, mais elle a constamment quelque chose à gérer. Elle voudrait être une mère parfaite, une professionnelle compétente, une femme désirable et accessoirement une personne qui maîtrise encore un minimum ce qui lui arrive.

Bref : bon courage.

Sharon Horgan est parfaitement à l’aise dans ce rôle de femme de cinquante ans dépassée par sa propre vie. Et surtout par son propre désir.

J’aime beaucoup le fait qu’Alex ne soit jamais présentée comme une pauvre femme vieillissante qu’il faudrait plaindre. Elle n’est pas non plus transformée en caricature de la quinqua qui refuse de vieillir. Elle est simplement une femme qui a encore envie de sexe, d’amour, de plaisir, de sorties, de rencontres et de faire des conneries.

Et pourquoi pas, en fait ?

C’est finalement assez rafraîchissant de voir une série considérer que la vie sexuelle d’une femme ne s’arrête pas mystérieusement à 45 ans, juste parce que la télévision ne sait plus très bien quoi en faire après.

Oui, c’est cru. Et alors ?

Youth ne prend pas énormément de pincettes lorsqu’il est question de sexe.

Mais je ne qualifierais pas la série de vulgaire. Les situations sont parfois franchement crues, certaines discussions sont très directes et Alex n’a clairement pas décidé de filtrer son vocabulaire pour rassurer les âmes sensibles.

Mais ça fonctionne parce que tout cela paraît surtout terriblement réaliste.

Et c’est probablement ce que j’ai le plus apprécié dans ce premier épisode.

On parle de sexualité féminine, de désir, de vieillissement, de corps qui change et de la peur de ne plus être considérée comme une personne sexuelle. Ce sont des problématiques parfaitement réelles, mais qu’on a encore tendance à camoufler dès qu’elles concernent des femmes qui ne sont plus censées être « jeunes ».

Comme si, passé un certain âge, on devait ranger sa libido dans un placard avec les décorations de Noël.

Le premier épisode de Youth ose donc montrer une femme de 50 ans qui se demande si elle peut encore séduire, qui veut retrouver du plaisir et qui se retrouve confrontée à des situations parfois ridicules, parfois embarrassantes et parfois franchement touchantes.

Et j’aime beaucoup cette façon de normaliser les choses.

La série ne transforme pas le désir d’Alex en grande déclaration féministe permanente. Elle n’en fait pas non plus un sujet dramatique avec violons et lumière tamisée. Elle le traite comme quelque chose qui fait partie de la vie.

Et c’est probablement beaucoup plus efficace.

Un épisode qui enchaîne les situations sans jamais souffler

Le gros point fort de ce pilote, c’est son rythme.

Youth ne perd quasiment jamais de temps.

Les situations drôles s’enchaînent, puis arrivent une scène embarrassante, une petite touche de tendresse, une nouvelle catastrophe et on repart. Le tout donne une impression de chaos permanent, mais un chaos parfaitement contrôlé.

C’est un peu comme regarder quelqu’un essayer de remettre de l’ordre dans son appartement pendant qu’une autre personne arrive derrière elle pour tout déranger.

Sauf que cette personne, c’est la vie d’Alex.

Le pilote passe ainsi très facilement de la comédie sexuelle à l’embarras social, puis à quelque chose de beaucoup plus touchant. Et je trouve que Sharon Horgan maîtrise particulièrement bien ce mélange.

Elle peut faire rire avec une situation complètement absurde avant de glisser presque immédiatement vers quelque chose de plus vulnérable.

C’est d’ailleurs ce qui permet à Alex de ne jamais devenir une simple machine à punchlines. On rit d’elle, mais on comprend aussi pourquoi elle agit comme elle le fait.

Et surtout, on a envie de continuer à la suivre.

Alex et Patrick : beaucoup trop mignons, désolée

Et puis il y a Patrick.

Rupert Friend débarque dans cet épisode et, soyons honnêtes, le duo fonctionne immédiatement.

Il y a une alchimie naturelle entre Sharon Horgan et lui. Pas cette alchimie de série romantique où deux personnages se regardent pendant trois minutes au ralenti parce que la production vient de dépenser 14 millions de dollars en musique et en éclairage.

Non.

Une vraie alchimie.

Ils sont drôles ensemble, un peu maladroits, parfois complètement à côté de la plaque et surtout très naturels. On sent rapidement s’installer une forme de folie entre eux qui rend leurs scènes particulièrement savoureuses.

Patrick permet aussi de montrer une autre facette d’Alex. Avec lui, elle n’est plus seulement la mère, la fille de parents vieillissants ou la professionnelle qui essaie de garder la tête hors de l’eau. Elle redevient simplement une femme qui a envie de quelqu’un.

Et les deux sont beaucoup trop mignons.

Voilà.

C’est dit.

Personnellement, je comprends très bien les problèmes existentiels d’Alex parce que, si Rupert Friend venait me voir avec son petit sourire, je ne suis pas certaine que mes capacités de raisonnement resteraient particulièrement élevées.

Et oui, moi aussi je voudrais bien lui pincer le boule.

Voilà, maintenant que nous avons traité l’analyse universitaire de Rupert Friend, revenons à la critique.

Un vrai sujet, mais traité sans donner de leçon

Ce que je trouve intéressant dans Youth, c’est que derrière les blagues, le premier épisode pose déjà une question assez simple : combien de temps est-ce qu’on pense réellement avoir devant nous ?

Alex a 50 ans. Elle regarde son existence et réalise qu’elle ne veut peut-être pas passer les prochaines années à attendre que les choses arrivent.

Elle veut vivre.

Le titre de la série prend alors tout son sens : cette cinquantaine est présentée comme une forme de nouvelle jeunesse. Pas parce qu’Alex devrait se comporter comme une adolescente ou essayer désespérément de paraître plus jeune, mais parce qu’elle se retrouve à une période où elle doit, une nouvelle fois, déterminer ce qu’elle veut faire de sa vie.

Et j’aime beaucoup que cette réflexion reste intégrée à la comédie.

Youth ne nous explique pas pendant quarante minutes que « vieillir, c’est compliqué ». Elle nous montre une femme qui essaie de vivre normalement alors que tout semble lui rappeler qu’elle a désormais un peu moins de contrôle sur son corps, son entourage et son avenir.

Ce qui est beaucoup plus drôle.

Et beaucoup plus juste.

Ruari, le petit point d’interrogation

J’ai en revanche un peu plus de réserves concernant Ruari.

Le fils d’Alex est clairement un élément important du premier épisode, notamment parce qu’il se trouve lui aussi dans une période de transition. Mais contrairement à sa mère, je n’ai pas encore vraiment réussi à comprendre ce personnage.

Il est étrange.

Et pas forcément de manière immédiatement intrigante.

Il y a quelque chose chez lui qui semble volontairement difficile à saisir, mais le premier épisode ne donne pas encore suffisamment d’éléments pour que je sache quoi en penser. Je reste donc plutôt curieuse qu’enthousiaste à son sujet.

Mais comme je me concentre ici uniquement sur le pilote, je vais évidemment m’arrêter là.

Je n’ai pas besoin de savoir maintenant où ce personnage va aller. J’ai simplement besoin que la série me donne suffisamment envie de comprendre pourquoi il est comme ça.

Et pour le moment, c’est encore en suspens.

Un pilote qui montre déjà sa personnalité

Il y a tout de même un petit problème avec ce premier épisode : le trailer a beaucoup trop montré.

Vraiment.

Une bonne partie des situations les plus drôles du pilote se retrouve déjà dans la bande-annonce. Résultat : lorsqu’elles arrivent dans l’épisode, je savais déjà ce qui allait se passer.

Et c’est dommage.

Parce que certaines scènes auraient probablement été encore plus efficaces avec l’effet de surprise.

Mais c’est un problème qui concerne surtout ce premier épisode. Maintenant que le trailer a fait son travail de bulldozer à spoilers comiques, je peux espérer que les épisodes suivants pourront tranquillement nous surprendre.

Et ce serait plutôt une bonne chose, parce que ce premier épisode prouve déjà que Youth n’a pas besoin de ses meilleurs gags dans une bande-annonce pour fonctionner.

La série a suffisamment de personnalité pour tenir debout toute seule.

Un joyeux chaos très Sharon Horgan

Ce que je retiens surtout de ce premier épisode, c’est son énergie.

Youth est cru, drôle, rythmé et légèrement chaotique.

Mais c’est un chaos maîtrisé.

On suit Alex d’une situation à l’autre avec cette impression qu’elle est constamment à deux secondes de perdre complètement le contrôle. Et pourtant, derrière toutes les blagues, le sexe et les situations embarrassantes, il y a quelque chose de profondément humain.

Je retrouve évidemment certaines qualités que j’apprécie chez Sharon Horgan : cette capacité à parler de sujets sérieux sans devenir plombante, à rendre ses personnages drôles sans les transformer en caricatures et surtout à trouver de la comédie dans les moments où on préférerait parfois disparaître sous une table.

Le premier épisode de Youth me donne donc exactement ce que j’espérais : une comédie adulte, qui parle d’une femme adulte avec des problèmes d’adulte, mais sans jamais oublier d’être drôle.

Et surtout, j’ai envie de revoir Alex.

Parce qu’après ce premier épisode, je ne sais pas exactement où elle va, mais je sais une chose : ça risque d’être un joyeux bordel.

Et franchement, je signe.

Mon avis : un premier épisode très réussi, drôle et touchant, qui donne immédiatement envie de suivre Sharon Horgan dans cette nouvelle crise existentielle.

- Advertisement -spot_img

Plus de lecture !

Annulation choc : Ride or Die ne reviendra pas sur Prime Video

Accrochez-vous, parce que celle-là, personne ne l'a vue venir....

House of David entame le tournage de sa saison 3, qui sera aussi la dernière

Le trône approche, mais la fin approche aussi. House...

Hulu commande Heatwave : direction Ibiza pour une mini-série qui s’annonce sous haute tension

Après avoir enchaîné les commandes de mini-séries ce mois-ci,...

All the Rage : Liz Feldman prolonge son mariage avec Netflix pour une nouvelle comédie noire

Décidément, ça marche bien entre Netflix et Liz Feldman....
- Advertisement -spot_img