Pilot d'essaiLine of Fire : un pilote qui prend son spectateur pour un...

Line of Fire : un pilote qui prend son spectateur pour un idiot

Il y a des séries dont le premier épisode me laisse avec l’envie de voir la suite. Il y en a d’autres qui me donnent envie de réfléchir à ce que je viens de regarder. Et puis il y a Line of Fire, qui m’a surtout donné envie de vérifier si j’avais vraiment regardé un épisode entier.

La nouvelle série de NBC, créée par Joshua Safran, nous embarque chez les Hollingsworth, une famille dans laquelle les métiers liés aux forces de l’ordre semblent être distribués comme les cadeaux d’un Secret Santa : Secret Service, FBI, US Marshals, Department of Justice… Tout le monde travaille dans la sécurité ou l’application de la loi, et évidemment, tout le monde a des petits secrets.

Sur le papier, le mélange peut être sympathique : une enquête policière, une famille dysfonctionnelle, des histoires sentimentales, des secrets d’État et une bonne dose de thriller. Dans les faits, ce premier épisode essaie tellement de tout faire en même temps qu’il finit par ne rien faire correctement.

Et surtout, il commet à mes yeux une erreur assez basique pour un pilote : il ne sait pas présenter son histoire au spectateur.

Bienvenue chez les Hollingsworth. Enfin… je crois.

Le premier problème arrive quasiment immédiatement : les personnages.

Line of Fire a pourtant prévu quelque chose pour nous aider. Au début de l’épisode, des cartons apparaissent pour présenter certains personnages avec leur nom et leur fonction. L’idée est plutôt bonne. Avec une famille composée de plusieurs professionnels des agences fédérales, on peut effectivement avoir besoin d’un petit coup de pouce pour savoir qui fait quoi.

Sauf que ces cartons apparaissent pendant le générique, avec la même typographie que les noms des scénaristes, producteurs et autres membres de l’équipe.

Résultat : au lieu d’avoir l’impression qu’on me présente les personnages, j’ai surtout eu l’impression qu’on me lançait les informations au milieu du générique en me disant : « Tiens, débrouille-toi avec ça. »

J’ai d’ailleurs laissé passer plusieurs personnages avant de comprendre que ces informations étaient censées être importantes.

Et le plus amusant, c’est que cette présentation ne sert finalement quasiment à rien puisque la série passe ensuite son temps à nous rappeler la fonction de chacun. Vous avez compris que Mike travaille dans le Secret Service ? Très bien, Line of Fire va quand même vous le rappeler. Encore. Puis encore. Parce qu’apparemment, j’ai besoin qu’on me répète régulièrement que ces gens travaillent pour le gouvernement.

C’est donc à la fois trop explicatif et pas suffisamment clair.

Et c’est assez révélateur de tout le problème du pilote.

Trop de personnages, trop d’intrigues, pas assez de série

Le véritable problème, c’est que Line of Fire veut installer énormément de choses dès son premier épisode.

Nous avons une enquête autour du meurtre d’un U.S. Marshal, les différents membres de la famille Hollingsworth, les relations entre eux, les histoires sentimentales, une menace qui concerne les services fédéraux, des éléments liés à une tentative d’assassinat présidentielle, des secrets familiaux…

Et au milieu de tout ça, la série décide également de faire de Mike une sorte de coureur de jupons avec une dimension vaguement comique.

Pourquoi pas.

Sauf que les changements de ton sont tellement brutaux que j’avais parfois l’impression de passer d’une série à une autre sans prévenir.

On commence sur une enquête policière plutôt sérieuse, puis on bascule sur Mike et ses histoires de femmes, puis arrive le repas familial qui prend presque des airs de vaudeville, avec les petites tensions, les piques et les secrets qui circulent autour de la table.

Tout cela pourrait fonctionner si le mélange était maîtrisé.

Mais ici, j’ai surtout eu l’impression que Line of Fire avait écrit plusieurs pilotes différents et décidé, au dernier moment, de les mettre tous dans le même épisode.

Le résultat est extrêmement confus.

Et ce n’est même pas une question de rythme dans le sens classique du terme. Il se passe constamment quelque chose. Le problème est justement qu’il se passe trop de choses.

Le pilote court dans tous les sens, présente des personnages, lance des intrigues, donne des informations, en répète d’autres, fait des blagues, revient à l’enquête, repart dans les histoires familiales… et moi, spectatrice, je suis censée réussir à m’attacher à tout ce petit monde.

Bon courage.

Une famille qui semble se détester

Le deuxième problème, c’est que je n’ai absolument pas réussi à m’attacher aux Hollingsworth.

Et je précise quelque chose : ce n’est pas parce que les acteurs sont mauvais.

Peter Krause, Hope Davis et le reste de la distribution font ce qu’ils peuvent avec le matériel qu’on leur donne. Je n’ai pas regardé cet épisode en me disant que les comédiens jouaient mal.

Le problème, c’est l’écriture des relations.

Tout le monde semble constamment à cran. Les personnages se lancent des piques, se répondent sèchement, cachent des choses et se regardent comme s’ils avaient tous une facture impayée à régler avec leur voisin.

Le problème, c’est que même lorsque je comprends progressivement quelles sont leurs relations, je n’ai pas davantage envie de passer du temps avec eux.

Ils restent antipathiques.

Et surtout, je ne ressens aucune véritable alchimie entre eux.

Tout semble mécanique.

Les personnages doivent être en conflit ? Ils se lancent une pique.

Ils doivent montrer qu’ils ont un passif ? Ils se lancent une pique.

Ils doivent cacher quelque chose ? Ils se lancent une pique encore un peu plus agressive.

À force, j’ai eu l’impression que les personnages ne communiquaient pas réellement entre eux : ils attendaient simplement leur tour pour prononcer la prochaine réplique censée faire comprendre au spectateur qu’il existe des tensions dans cette famille.

Et ce n’est pas la même chose que créer une famille dysfonctionnelle convaincante.

Une famille dysfonctionnelle peut être drôle, touchante, agaçante, attachante ou franchement toxique. Ici, j’ai surtout trouvé tout le monde épuisant.

Le problème du twist : surprise, vous êtes censés être surpris !

Et c’est là que le pilote commet à mes yeux son erreur narrative la plus importante.

Je ne vais évidemment pas révéler le twist final de l’épisode. Ce serait particulièrement dommage puisque la série compte précisément sur cette révélation pour terminer son premier épisode.

Mais il y a une chose que je peux dire sans spoiler : un twist ne fonctionne que si le spectateur a suffisamment d’informations pour pouvoir être surpris par ce qu’il découvre.

Or Line of Fire semble avoir tellement peur que je comprenne son twist qu’elle oublie de faire correctement le travail en amont.

Un personnage apparaît notamment au début de l’épisode en train de discuter avec le petit ami de Clare.

Je ne sais pas qui il est.

Je ne sais pas vraiment pourquoi il est là.

Je ne sais pas quelle est sa relation avec les autres personnages.

Et surtout, la série ne prend pas réellement le temps de me le présenter.

Plus tard, il devient évidemment beaucoup plus important.

Et lorsque le twist arrive, je suis censée faire : « OH MON DIEU ! »

Sauf que non.

Je fais plutôt : « Ah. C’était donc ce type que je n’avais pas vraiment identifié. »

Ce n’est pas exactement le même effet.

Le spectateur ne peut pas être surpris par la révélation concernant un personnage dont il ne sait pratiquement rien.

C’est même l’inverse d’un bon twist : au lieu de nous faire regarder les scènes précédentes différemment parce que nous avions tous les éléments sous les yeux, la série nous révèle simplement une information que nous n’avions aucune raison de chercher.

Et c’est précisément ce qui m’agace dans ce pilote.

Il ne fait pas confiance à son spectateur.

Trop d’informations… sauf quand il en faudrait

C’est probablement le reproche que je retiens le plus de cet épisode.

Line of Fire explique énormément de choses.

Elle répète les fonctions des personnages.

Elle souligne les relations.

Elle insiste sur certains éléments.

Elle nous donne des informations que nous avons déjà comprises.

Mais lorsqu’il s’agit de construire une véritable intrigue à suspense, elle ne nous laisse pas suffisamment d’indices pour que nous puissions faire le travail nous-mêmes.

Or j’aime bien, moi, faire le travail.

J’aime pouvoir observer une scène et me dire : « Attends… pourquoi ce personnage vient de faire ça ? »

J’aime remarquer un détail qui semble anodin et comprendre quelques minutes plus tard qu’il était important.

J’aime pouvoir me faire une théorie et éventuellement me tromper.

Mais pour ça, il faut donner au spectateur des éléments.

Il faut lui faire confiance.

Line of Fire fait exactement l’inverse : elle me donne des informations dont je n’ai pas besoin et m’en cache certaines dont j’aurais besoin pour que ses révélations fonctionnent.

C’est une manière assez particulière de construire un thriller.

Et puis il y a les personnages qui font n’importe quoi

L’écriture devient également franchement problématique lorsque les personnages doivent faire avancer l’intrigue.

Le meilleur exemple concerne le petit ami de Clare et la manière dont le twist est amené. Sans entrer dans les détails, la révélation est tellement lourdement préparée que j’ai fini par me demander comment le personnage pouvait ne pas comprendre ce qui était en train de se passer.

On n’est pas dans le registre du « mince, je n’avais pas pensé à cette possibilité ».

On est plutôt dans le registre du : « Mais… tu ne vois vraiment rien ? »

Et malheureusement, ce n’est pas un cas isolé.

Mike est présenté comme quelqu’un qui travaille dans les services secrets. Donc quelqu’un dont le métier consiste notamment à remarquer les menaces et les détails qui peuvent poser problème.

Et pourtant, lorsqu’il inspecte un appartement, il est capable de vérifier les conduits d’aération…

…mais pas de remarquer une énorme caméra de surveillance posée bien en évidence sur une étagère, en plein milieu du salon.

Alors, évidemment, je ne demande pas à chaque personnage de Line of Fire d’avoir les capacités de Sherlock Holmes.

Mais si votre personnage est censé être un professionnel particulièrement compétent dans le domaine de la sécurité, il faudrait peut-être éviter de lui faire rater la caméra qui pourrait être utilisée comme exemple dans une présentation PowerPoint sur les caméras de surveillance.

C’est tellement gros que ça sort immédiatement de l’intrigue.

Je ne suis plus en train de me demander ce qui va arriver.

Je me demande pourquoi personne ne voit ce que moi, spectatrice tranquillement installée sur mon canapé, je viens de voir en trois secondes.

Un pilote qui sous-estime constamment son public

Et c’est finalement ce qui m’a le plus agacée pendant cet épisode.

Line of Fire donne l’impression de vouloir constamment guider son spectateur par la main.

Elle répète.

Elle explique.

Elle souligne.

Elle rappelle.

Elle insiste.

Mais lorsqu’elle devrait construire intelligemment son suspense, elle prend des raccourcis.

Elle nous demande de croire à des comportements qui ne tiennent pas vraiment debout et espère que nous ne poserons pas trop de questions.

Sauf que je pose des questions.

C’est un peu le principe quand je regarde une série.

Le problème n’est donc pas que j’ai compris certains éléments trop rapidement. Au contraire. Le problème est que la série ne me permet pas vraiment de chercher.

Elle ne sème pas suffisamment d’indices.

Elle ne construit pas suffisamment ses personnages.

Elle ne prend pas le temps de rendre les relations crédibles.

Elle préfère multiplier les informations et les intrigues en espérant que la quantité donnera l’impression de profondeur.

Spoiler : non.

Une série visuellement très… NBC

Et malheureusement, rien dans la réalisation ne vient vraiment compenser ces problèmes.

C’est très fonctionnel.

Très propre.

Très classique.

Très « drama NBC ».

Je n’ai pas grand-chose à reprocher à la mise en scène, mais je n’ai pas non plus grand-chose à en dire. Rien ne m’a particulièrement marquée visuellement et, après un épisode aussi chargé, c’est peut-être finalement assez révélateur.

Tout est là pour faire avancer l’histoire.

Mais rien ne lui donne vraiment une personnalité.

Et c’est assez frustrant parce que le concept de départ n’est pas inintéressant.

Une famille dont les membres travaillent tous dans différentes branches de l’appareil sécuritaire américain, c’est quand même une bonne machine à créer des conflits. Ils peuvent se retrouver avec des intérêts professionnels contradictoires, des secrets qu’ils ne peuvent pas partager, des problèmes de loyauté… Il y a largement de quoi faire.

Encore faut-il prendre le temps de raconter cette histoire.

Je ne regarderai pas la suite

J’aurais aimé pouvoir terminer cette critique avec un petit « mais attendons de voir où la série nous emmène ».

Je ne vais pas le faire.

Parce qu’après ce premier épisode, je n’ai absolument aucune envie de découvrir la suite.

Ce qui est particulièrement dommage, parce que Line of Fire n’échoue pas à cause d’une idée de départ catastrophique. Elle échoue, à mes yeux, dans l’exécution.

Elle veut être un thriller, une série policière, une histoire de famille, une comédie et un soap à la fois. Elle présente trop de personnages, trop d’intrigues et trop de secrets en trop peu de temps. Elle ne réussit pas à rendre ses relations crédibles, ne donne pas suffisamment d’épaisseur à ses personnages et construit ses révélations de manière tellement appuyée qu’elles perdent une bonne partie de leur intérêt.

Et surtout, elle commet un crime que je pardonne assez difficilement à une série qui veut jouer avec le mystère : elle ne fait pas confiance à son spectateur.

Elle me dit constamment quoi regarder et quoi comprendre, tout en oubliant de me donner les bons éléments pour que je puisse comprendre quelque chose par moi-même.

Au bout d’un moment, j’ai cessé d’essayer de démêler les fils.

Il y en avait simplement trop.

Et quand une série censée me donner envie de connaître la suite me fait regarder l’heure en me demandant combien de temps il reste, c’est généralement mauvais signe.

Pour moi, Line of Fire s’arrête donc ici. Je ne regarderai pas le deuxième épisode.

Et vu la quantité de travail que le pilote m’a demandé pour simplement comprendre qui était qui, je vais considérer que c’est déjà une assez grosse victoire d’avoir réussi à terminer le premier.

Note : 2/10

- Advertisement -spot_img

Plus de lecture !

Youth : Sharon Horgan transforme la cinquantaine en joyeux chaos

Il y a des gens qui abordent la cinquantaine...

Annulation choc : Ride or Die ne reviendra pas sur Prime Video

Accrochez-vous, parce que celle-là, personne ne l'a vue venir....

House of David entame le tournage de sa saison 3, qui sera aussi la dernière

Le trône approche, mais la fin approche aussi. House...

Hulu commande Heatwave : direction Ibiza pour une mini-série qui s’annonce sous haute tension

Après avoir enchaîné les commandes de mini-séries ce mois-ci,...
- Advertisement -spot_img