Avec Brothers, Matthew McConaughey et Woody Harrelson transforment leur amitié et une vieille rumeur familiale en comédie. Le premier épisode est sympathique, parfois vraiment drôle, mais il me laisse surtout avec une question : est-ce qu’il y a réellement une série derrière la private joke ?
Deux copains, une vieille rumeur et beaucoup de Texas
Sur le papier, Brothers a tout de la bonne idée qui peut partir complètement en roue libre.
Matthew McConaughey et Woody Harrelson y jouent des versions très largement fictionnalisées… d’eux-mêmes. Les deux acteurs, amis dans la vraie vie et déjà réunis dans True Detective, s’amusent avec leur image publique et avec une vieille rumeur qui prétend qu’ils pourraient être demi-frères.
Oui, vous avez bien lu.
Cette rumeur vient notamment d’une histoire racontée par la mère de Matthew McConaughey, qui aurait eu une relation avec le père de Woody Harrelson. De quoi alimenter suffisamment l’imagination de quelques internautes pour transformer une anecdote improbable en point de départ d’une série Apple TV.
Et Brothers assume totalement son concept puisque le générique nous annonce d’emblée qu’il s’agit d’une histoire « inspirée d’une vraie rumeur ». Le message est assez clair : ici, on ne va surtout pas chercher la frontière entre réalité et fiction. On va jouer avec.
Dans ce premier épisode, Woody débarque donc au Texas avec sa famille après que les problèmes sentimentaux de sa fille ont quelque peu fait exploser son quotidien. Direction la maison de Matthew, avec qui il compte passer un peu de temps.
Sauf que, comme on pouvait s’y attendre, la tranquillité ne va pas durer très longtemps.
Matthew prépare notamment un discours pour rendre hommage à son père et réfléchit à son avenir politique, puisqu’il envisage de se lancer dans une campagne pour devenir gouverneur du Texas. Woody, lui, est surtout… Woody. C’est-à-dire qu’il va proposer une sortie, embarquer son copain dans un Uber improbable, l’emmener faire du rodéo et transformer une journée relativement tranquille en joyeux bazar.
Et puis arrive Ma Mac, la mère de Matthew, incarnée par une Holland Taylor qui semble avoir parfaitement compris qu’elle pouvait se servir de cette série comme terrain de jeu.
Au détour d’une conversation, elle révèle à Woody qu’elle connaissait son père. Très bien, même. Suffisamment bien pour que naisse la question qui constitue le fameux pitch de Brothers : et si Matthew et Woody étaient réellement frères ?
Le problème, c’est que… je le savais déjà.
Le problème, c’est que je connais déjà le twist
Je vais commencer par ce qui me gêne le plus dans ce premier épisode : le scénario repose énormément sur une idée qui n’est finalement pas une surprise.
Matthew et Woody pourraient être frères.
C’est littéralement le concept de la série.
Alors forcément, lorsque Ma Mac balance cette information, je ne peux pas vraiment pousser un petit « OH ! » dramatique devant mon écran. Je peux éventuellement pousser un « ah, voilà » en attrapant mon thé.
Ce n’est pas nécessairement un problème en soi. Une comédie n’a pas besoin de fonctionner comme un thriller à twists toutes les quinze minutes. Mais encore faut-il que le concept initial ouvre suffisamment de portes pour alimenter l’histoire.
Et c’est précisément là que je commence à avoir quelques doutes.
Parce que, dans ce premier épisode, je ne vois pas encore beaucoup de matière derrière cette révélation. J’ai surtout l’impression que l’histoire de parenté pourrait devenir un prétexte pour faire cohabiter Matthew et Woody et les placer dans différentes situations.
Un peu comme une version hollywoodienne de Martine.
Martine à la plage.
Martine à la ferme.
Ici, ce serait plutôt : Woody et Matthew au rodéo. Woody et Matthew dans un Uber. Woody et Matthew qui se disputent. Woody et Matthew qui discutent au coin du feu.
Et soyons honnêtes : Woody et Matthew au rodéo, ça peut être amusant.
Mais est-ce que Woody et Matthew au rodéo pendant huit épisodes, ça suffit pour faire une série ?
C’est la question que ce pilote ne parvient pas encore à évacuer.
Quand Matthew et Woody sont ensemble, ça fonctionne
Et c’est assez frustrant parce que le problème ne vient absolument pas du duo principal.
Matthew McConaughey et Woody Harrelson ont une alchimie évidente. On sent qu’ils se connaissent, qu’ils ont l’habitude de jouer ensemble et surtout qu’ils savent exactement comment se faire rire mutuellement.
C’est même assez communicatif.
La scène du rodéo fonctionne particulièrement bien pour moi. Pas forcément parce qu’elle est incroyablement écrite, mais parce que les deux acteurs ont l’air de s’éclater.
Et quand eux s’amusent, je m’amuse aussi.
Même chose pendant leur trajet en Uber. Le côté complètement improbable de la situation, leurs échanges et leur manière de rebondir l’un sur l’autre donnent à la série cette petite énergie désinvolte que j’attendais justement d’elle.
C’est là que Brothers me fait entrevoir la série que j’espérais regarder.
Une comédie complètement décomplexée, avec deux stars qui jouent avec leur propre image, partent dans des situations absurdes et n’ont absolument aucun problème à se moquer d’elles-mêmes.
Et puis la scène suivante arrive.
Et je redescends un peu.
Une private joke à laquelle je n’ai pas toujours été invitée
Parce que c’est finalement mon principal problème avec ce premier épisode : j’ai souvent l’impression d’assister à une très longue private joke.
Comme si Matthew McConaughey et Woody Harrelson avaient commencé par se dire :
« Et si on faisait une série ensemble où on jouerait des versions de nous-mêmes ? »
« Oui. »
« Et si on était frères ? »
« Encore mieux. »
« Et après on pourrait faire du rodéo. »
« J’adore. »
Et quelqu’un avait ensuite demandé :
« Très bien… mais quelle est l’histoire ? »
Bon, j’exagère.
Mais à peine.
Les deux acteurs sont clairement au centre du projet, et leur célébrité fait partie intégrante du fonctionnement de la série. Le spectateur est censé connaître leur image publique, leurs carrières, leur amitié, leur réputation et les personnages qu’ils renvoient dans l’imaginaire collectif.
Et pourtant, je ne trouve pas cela gênant.
Au contraire, je trouve même assez sympathique qu’ils acceptent de se ridiculiser un peu. Brothers repose énormément sur l’autodérision et les deux stars ne semblent jamais prendre leur propre image trop au sérieux.
Matthew McConaughey peut se moquer de son côté grand philosophe texan.
Woody Harrelson peut jouer avec son image de type complètement perché.
Et la série peut s’amuser de leur statut de célébrités.
Ça, j’aime bien.
Mais j’aimerais que la série aille encore plus loin.
Parce que cette idée est beaucoup plus drôle lorsqu’elle est utilisée pour raconter quelque chose que lorsqu’elle sert simplement à faire rire parce que « regardez, ce sont Matthew McConaughey et Woody Harrelson ».
Une comédie qui manque justement un peu de folie
C’est probablement ce qui m’a le plus surprise.
J’attendais beaucoup de Brothers.
Je m’attendais à une aventure complètement folle. À une série désinvolte, un peu absurde, avec deux acteurs suffisamment célèbres pour pouvoir faire absolument n’importe quoi.
Et finalement, le premier épisode est… très sage.
Pas mauvais.
Pas ennuyeux.
Mais sage.
Il y a bien quelques situations absurdes, notamment le rodéo et cette fameuse balade en Uber, mais l’ensemble reste très propre et très calibré.
J’aurais aimé que la série se lâche davantage.
Qu’elle pousse vraiment le concept jusqu’au bout.
Qu’elle ose être plus bizarre, plus méchante, plus irrévérencieuse.
Parce que si vous avez Matthew McConaughey et Woody Harrelson dans une série où ils jouent des versions exagérées d’eux-mêmes et découvrent qu’ils pourraient être frères, c’est quand même une invitation à faire n’importe quoi.
Et Brothers semble parfois avoir peur d’accepter l’invitation.
C’est assez paradoxal : la série possède un concept totalement improbable mais le traitement est finalement assez classique.
Et quand les deux stars quittent la scène…
…je trouve que la mécanique fonctionne beaucoup moins bien.
L’humour est assez inégal dans ce premier épisode. Lorsque Matthew et Woody sont ensemble, je trouve leur complicité naturelle et souvent drôle.
Lorsqu’ils se retrouvent avec les autres personnages, je suis nettement moins convaincue.
Les personnages secondaires sont encore relativement peu présents et surtout assez sous-exploités. On comprend qu’ils sont là pour construire la famille autour du duo, mais je n’ai pas encore suffisamment accroché à eux pour avoir l’impression qu’ils pourraient porter leurs propres intrigues.
Il y a tout de même une exception : Ma Mac.
Holland Taylor est immédiatement réjouissante dans le rôle.
Elle a ce genre de personnage qui peut entrer dans une pièce, dire trois phrases et donner envie de la revoir immédiatement. Et puis il y a son petit problème avec l’alcool qui lui donne déjà un potentiel comique assez évident.
Disons simplement que Ma Mac et ses cocktails ont toute ma confiance pour la suite.
Les autres personnages, en revanche, sont encore beaucoup trop en retrait pour que je puisse vraiment avoir un avis.
Et c’est peut-être volontaire dans un pilote. Mais cela renforce encore cette impression que Brothers existe d’abord pour Matthew et Woody, puis construit son entourage autour d’eux.
Une réalisation très propre… peut-être trop propre ?
Visuellement, je n’ai pas grand-chose à reprocher à la série.
C’est très propre.
Très Apple TV.
Les décors texans sont évidemment très présents et la série prend soin d’installer cette ambiance du Sud des États-Unis sans tomber dans le filtre jaune « attention, nous sommes au Texas ».
Et c’est plutôt agréable.
La mise en scène accompagne bien le côté comédie et ne cherche pas à en faire plus que nécessaire.
Mais là encore, j’aurais aimé un peu plus de personnalité.
Ce premier épisode est agréable à regarder, mais il ne m’a pas donné l’impression d’assister à quelque chose de visuellement complètement fou. Ce qui, finalement, rejoint assez bien mon impression générale : tout est sympathique, mais j’attends encore le moment où Brothers va vraiment se lâcher.
Est-ce qu’il faut connaître Matthew McConaughey et Woody Harrelson ?
Pas vraiment.
Je pense qu’on peut regarder Brothers sans connaître particulièrement bien leur filmographie.
Bon, après… qui ne connaît pas Matthew McConaughey et Woody Harrelson ?
Mais la série fonctionne surtout sur leur célébrité et sur l’image qu’ils ont construite au fil des années. Elle joue avec ce que le public pense savoir d’eux.
Il y a donc forcément une petite couche supplémentaire d’humour lorsqu’on connaît leurs carrières et leur personnalité publique.
Mais je n’ai pas eu l’impression que le spectateur devait réviser sa filmographie avant de lancer Apple TV.
Et heureusement.
Je n’avais vraiment pas envie de passer un contrôle continu sur True Detective avant de regarder une comédie de trente minutes.
Alors, je fais quoi maintenant ?
C’est finalement la question à laquelle ce premier épisode me laisse.
Je suis mitigée.
Mais je suis aussi curieuse.
Et c’est déjà pas mal.
J’ai aimé Matthew McConaughey et Woody Harrelson ensemble. Leur alchimie est réelle et lorsqu’ils sont laissés libres de faire les idiots, Brothers peut être franchement sympathique.
J’aime également l’idée qu’ils jouent avec leur propre célébrité et qu’ils ne se prennent absolument pas au sérieux.
Mais je reste beaucoup plus sceptique sur le scénario.
Cette histoire de parenté me semble pour l’instant extrêmement mince et j’ai peur qu’elle ne soit finalement qu’un prétexte pour enchaîner les situations et les sketchs. Or, si c’est le cas, il faudra vraiment que la série trouve de nouvelles idées pour éviter de devenir une succession de « Matthew et Woody font ceci » puis « Matthew et Woody font cela ».
Parce que Matthew et Woody au rodéo, c’est drôle.
Matthew et Woody dans un Uber, c’est drôle.
Mais je ne suis pas certaine d’avoir envie de regarder Matthew et Woody font leurs courses au supermarché à l’épisode 6.
Je vais donc regarder au moins un épisode de plus pour voir si Brothers finit par trouver sa vraie histoire.
Pour l’instant, je dirais simplement : Matthew et Woody sont très amusants ensemble. J’attends maintenant que leur série le soit autant.

