Pilot d'essaiEast of Eden sur Netflix : c’est beau, c’est bien joué… mais...

East of Eden sur Netflix : c’est beau, c’est bien joué… mais qu’est-ce que je me suis ennuyée

Il y a des séries devant lesquelles je peux pardonner énormément de choses parce qu’elles me happent immédiatement. Et puis il y a East of Eden. Une série devant laquelle je me suis retrouvée à admirer la photographie, les décors, les costumes, les acteurs… tout en me demandant intérieurement combien de temps il restait avant la fin de l’épisode.

Adaptée du roman À l’est d’Éden de John Steinbeck par Zoe Kazan, cette nouvelle production Netflix est une mini-série en sept épisodes portée notamment par Florence Pugh, Christopher Abbott et Mike Faist. Elle reprend la grande fresque familiale imaginée par Steinbeck en s’intéressant notamment aux frères Adam et Charles Trask, à leur père Cyrus et à Cathy Ames, une jeune femme mystérieuse dont le destin va croiser celui de la famille. Le premier épisode, intitulé « Brothers », sert essentiellement à installer cette famille, ses blessures et ses rapports de force.

Et je vais être honnête dès maintenant : je ne regarderai pas la suite.

Pas parce que c’est mauvais. C’est même tout le problème. East of Eden est plutôt bien faite. Très bien jouée. Très jolie. Très sérieuse. Très ambitieuse.

Mais qu’est-ce que je me suis fait chier.

Une grande saga familiale… et moi, je regarde ma montre

Je vais commencer par une confession qui a probablement son importance : les grandes fresques historiques et les sagas familiales ne sont pas vraiment mon truc.

Il faut donc que la série fasse un petit effort supplémentaire pour m’embarquer. Et malheureusement, dès ce premier épisode, East of Eden me donne surtout l’impression de me demander de patienter.

Le début fonctionne pourtant plutôt bien.

L’épisode traverse plusieurs périodes de la vie d’Adam et Charles et nous présente progressivement les membres de la famille. Les années passent rapidement et j’ai plutôt aimé cette manière de faire : on a presque l’impression d’assister à une succession de photographies de famille, chacune venant ajouter une pièce au puzzle.

C’est parfois très théâtral, presque comme une série de tableaux animés. Mais ça fonctionne pour présenter les personnages et comprendre rapidement les rapports de force.

Adam et Charles sont deux frères que tout semble opposer, notamment parce que leur père Cyrus entretient lui-même cette rivalité. L’un est plus doux, l’autre plus brutal, l’un cherche davantage l’approbation paternelle tandis que l’autre semble constamment devoir lutter pour exister à ses côtés.

Et ça, je dois le reconnaître : la relation entre les deux frères fonctionne très bien.

Je comprends rapidement leur dynamique. Je comprends leurs blessures. Je comprends pourquoi ils s’aiment, pourquoi ils s’affrontent et pourquoi leur père a autant d’influence sur eux.

Sur ce point, le pilot fait plutôt bien son travail.

Le problème, c’est qu’une fois que la série nous a expliqué tout ça…

elle continue de nous l’expliquer.

Le problème, c’est que ça ne s’arrête jamais vraiment

C’est là que j’ai commencé à décrocher.

Il y a beaucoup de dialogues. Beaucoup de personnages qui parlent de ce qu’ils ressentent, de ce qu’ils ont vécu, de ce qu’ils vont faire, de ce que les autres ont fait avant eux…

Mais l’histoire avance à la vitesse d’un escargot qui aurait décidé de faire une pause déjeuner.

J’ai vraiment eu la sensation que le premier épisode aurait pu être considérablement resserré. Pour moi, cette introduction aurait parfaitement pu tenir dans un épisode de 42 minutes.

La série veut prendre son temps pour installer les personnages et leur psychologie. Je comprends parfaitement l’intention. Le roman de Steinbeck est lui-même une œuvre extrêmement ample, et la mini-série a évidemment davantage de temps que le film de 1955 pour développer cet univers.

Mais avoir du temps ne signifie pas forcément qu’il faut l’utiliser jusqu’à la dernière seconde.

Et c’est précisément ce qui m’a frustrée ici : je n’ai pas l’impression que les scènes soient mauvaises. J’ai simplement l’impression qu’elles durent trop longtemps et qu’elles se succèdent sans créer suffisamment d’élan.

Je regarde donc Adam et Charles vivre leur vie, parler de leur père, se confronter, repartir chacun de leur côté…

Et j’attends.

Puis j’attends encore.

Puis je commence à me demander si Netflix ne va pas finir par m’envoyer un petit message : « Vous regardez toujours ? »

Adam et Charles : heureusement qu’ils sont là

Parce que, paradoxalement, les personnages qui m’ont le plus intéressée sont précisément ceux autour desquels l’épisode prend le plus de temps.

J’ai vraiment aimé découvrir la relation entre Adam et Charles.

Leur rivalité n’est pas simplement une opposition artificielle entre « le gentil frère » et « le méchant frère ». On comprend que chacun porte ses propres blessures et que leur père a largement contribué à construire cette relation dysfonctionnelle.

Leur présentation fonctionne donc plutôt bien, et les enjeux sont assez rapidement compréhensibles.

J’ai cependant eu un petit problème avec le casting des versions adultes.

Et ce n’est pas dramatique, mais ça m’a vraiment perturbée.

Le petit frère fait plus vieux que le grand frère.

Du coup, au moment du passage à l’âge adulte, j’ai eu un instant de flottement où je me suis demandé lequel des deux était lequel. Christopher Abbott et Mike Faist sont tous les deux très bons, mais physiquement, je n’ai pas toujours trouvé que le lien entre leurs différentes versions fonctionnait parfaitement.

Et quand une série passe autant de temps à nous parler d’une relation fraternelle, c’est quand même légèrement embêtant de devoir mentalement faire :

« Alors lui c’est Charles… non attends… Charles c’est lui ou l’autre ? »

Je caricature un peu, mais l’idée est là.

Cyrus, mon personnage préféré

Et alors que la série semble vouloir progressivement nous amener vers Cathy, c’est finalement Cyrus Trask qui m’a le plus intriguée.

Tracy Letts est excellent dans le rôle.

Cyrus est un personnage absolument atroce. Le genre de père qui pourrait transformer un repas de famille en séance de thérapie collective pendant trois générations.

Mais ce que j’ai apprécié, c’est que le personnage n’est pas simplement présenté comme un monstre sans intérêt.

Il est manipulateur, autoritaire, parfois franchement glaçant, mais on comprend également sa logique. On comprend comment il justifie ses décisions et pourquoi il agit comme il le fait.

Je n’ai évidemment aucune envie de passer Noël chez lui, mais j’ai envie de comprendre ce qui se cache derrière le personnage.

Et surtout, à la fin de cet épisode, ce sont ses secrets qui m’intriguent davantage que ceux de Cathy.

Ce qui est assez ironique puisque Cathy est précisément censée être l’un des grands mystères autour desquels cette adaptation s’articule.

Cathy, c’est qui déjà ?

Parce que oui, parlons de Cathy.

Florence Pugh est excellente. Je n’ai aucun problème avec son interprétation et je comprends parfaitement pourquoi les premières critiques lui accordent autant d’attention.

Le problème ne vient pas de l’actrice.

Il vient de ce que le premier épisode fait de son personnage.

La série ouvre pourtant avec elle. Cathy apparaît dans une situation pour le moins spectaculaire, blessée et en très mauvais état, avant que l’épisode ne remonte dans le temps pour nous raconter l’histoire des frères Trask.

C’est une bonne accroche.

Le problème, c’est qu’ensuite, je ne sais toujours pas vraiment quoi faire de Cathy pendant une bonne partie de l’épisode.

Elle est présentée comme une figure mystérieuse, presque inquiétante, et la série semble vouloir construire autour d’elle une aura de danger et de secret.

Mais à la fin du premier épisode, je n’ai pas suffisamment d’informations pour avoir envie de me demander frénétiquement ce qu’elle cache.

Je me demande surtout :

« Bon… elle est qui et qu’est-ce qu’elle fout là ? »

Et ce n’est pas forcément une mauvaise question pour un début de série. Le mystère peut être une excellente manière d’accrocher le spectateur.

Mais ici, je n’ai pas ressenti de frustration excitante. Plutôt une forme d’indifférence.

Et ça, c’est beaucoup plus embêtant.

La voix off : merci mais non merci

Il y a également quelque chose qui m’a particulièrement agacée : la voix off.

De manière générale, je ne suis pas une grande fan des voix off narratives. J’ai souvent l’impression qu’elles viennent expliquer ce que je viens précisément de voir.

Et East of Eden ne m’a absolument pas réconciliée avec le procédé.

La voix off cherche clairement à donner une dimension poétique, mystérieuse et presque mythologique au récit. On comprend également qu’elle doit participer à installer Cathy comme une figure centrale.

Mais pour moi, ça alourdit surtout l’ensemble.

J’ai parfois eu l’impression que la série me disait :

« Regarde cette scène. Elle est mystérieuse. »

Alors que j’étais déjà en train de regarder la scène.

« Attention, cette personne est importante. »

Oui, j’avais compris.

« Tout ceci est très symbolique. »

Oui, merci Netflix.

Je caricature encore, mais c’est exactement ce que j’ai ressenti.

La série a déjà une photographie très travaillée, une mise en scène ample et une histoire suffisamment lourde. Elle n’avait franchement pas besoin de rajouter une couche de poésie par-dessus.

C’est très beau. Mais est-ce que ça a une personnalité ?

En revanche, impossible de nier que East of Eden est une belle série.

La photographie est léchée. Les décors sont très bien mis en valeur et la réalisation sait parfaitement transformer les paysages et les intérieurs en éléments importants du récit.

On sent le budget.

On sent aussi l’envie de faire une grande fresque historique, avec des costumes, des décors, de grandes étendues et une image très travaillée.

Mais j’ai malgré tout un petit problème : c’est beau sans être particulièrement personnel.

Je regarde les paysages, les maisons, les costumes, les scènes de famille et je me dis régulièrement que tout est réussi.

Mais je ne me dis jamais vraiment :

« Ah oui, ça, c’est East of Eden. »

Et il y a aussi un problème beaucoup plus terre-à-terre : arrêtez de filmer dans le noir, s’il vous plaît.

J’en ai marre des séries où je dois aller dans le menu de ma télévision pour augmenter la luminosité parce que la scène censée être dramatique ressemble surtout à une capture d’écran prise avec la luminosité à zéro.

Je veux bien de la pénombre. Je veux bien de l’ambiance. Mais j’aimerais aussi voir les visages des acteurs.

C’est un concept assez old school, je sais.

James Dean avait quand même un avantage

Je n’ai pas lu le roman de Steinbeck, donc je ne vais évidemment pas faire semblant de pouvoir comparer cette adaptation au livre dans les moindres détails.

En revanche, j’ai vu le film de 1955 réalisé par Elia Kazan, avec James Dean.

Et les deux adaptations prennent des angles suffisamment différents pour que la comparaison soit finalement assez limitée.

La série a notamment beaucoup plus de temps pour explorer les Trask et leur histoire familiale, là où le film se concentrait davantage sur une autre partie du récit.

Donc si vous connaissez uniquement le film, vous ne devez surtout pas vous attendre à retrouver exactement la même histoire.

Et si vous ne connaissez ni le roman ni le film, franchement, ce n’est pas un problème.

Je pense même que c’est probablement un avantage.

Vous pourrez découvrir la série sans avoir une image précise de ce que vous êtes censés retrouver.

Et puis bon…

On ne peut pas égaler James Dean.

Ce n’est pas possible.

Désolée, mais il faut parfois accepter certaines vérités universelles.

Alors, je continue ?

Non.

Et c’est finalement le problème le plus important de cette critique.

Je peux reconnaître toutes les qualités de East of Eden : le casting est solide, Tracy Letts est particulièrement convaincant, la relation entre Adam et Charles est intéressante, les décors sont réussis, la réalisation est soignée et Florence Pugh semble parfaitement à l’aise dans un personnage qui doit beaucoup jouer sur le mystère.

Mais après un épisode entier, je n’ai pas envie de savoir ce qui se passe ensuite.

Et pour une série qui repose énormément sur l’envie de suivre une grande saga familiale, c’est compliqué.

Je ne demande pas forcément qu’une série me balance une explosion toutes les quinze minutes. Je peux parfaitement regarder des histoires lentes. Mais une série lente doit réussir à me donner quelque chose à attendre, à observer ou à ressentir.

Ici, j’ai surtout attendu que l’histoire démarre.

Le premier épisode fait beaucoup de travail d’installation et, sur ce point, il n’est pas mauvais. J’ai compris qui étaient Adam, Charles et Cyrus, j’ai compris leurs rapports, leurs conflits et les blessures qui les opposent.

Mais une fois ce travail effectué, je ne ressens pas cette petite étincelle qui me donne envie de lancer immédiatement l’épisode suivant.

Et Cathy, qui devrait être mon principal point d’interrogation, ne m’a finalement pas suffisamment intriguée.

Je suis donc face à une série qui coche énormément de cases de la « grande série prestigieuse » : beaux décors, grande fresque familiale, casting prestigieux, photographie impeccable, personnages torturés, musique grave et gens qui regardent tristement l’horizon.

Tout est là.

Sauf moi.

Enfin, moi j’étais là.

Mais je regardais l’heure.

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