Il y a des divorces qui se terminent avec une maison coupée en deux, un canapé chez l’un et les assiettes chez l’autre. Et puis il y a celui de Morgan Henderson et Carla Duval. Là, on parle plutôt de dizaines de millions, de contrats prénuptiaux, de cabinets d’avocats prêts à sortir l’artillerie lourde et d’une guerre de pouvoir où, visiblement, la notion de « coup bas » n’existe pas vraiment.
Avec War, George Kay (déjà derrière Lupin et Hijack) s’attaque au monde très chic et très peu sympathique des élites juridiques londoniennes. La série, coproduite par HBO et Sky, oppose deux cabinets prestigieux, Taylor & Byrne et Cathcarts & Sons, autour du divorce particulièrement explosif de Morgan Henderson, magnat de la tech incarné par Dominic West, et Carla Duval, star de cinéma jouée par Sienna Miller. La première saison compte huit épisodes et les épisodes sont diffusés chaque semaine sur HBO Max.
Et si, sur le papier, on pourrait croire que War est une série sur un couple riche qui se déchire, le premier épisode fait rapidement comprendre une chose : Morgan et Carla sont surtout les deux allumettes qui vont mettre le feu à une pièce remplie d’essence.
Et franchement, j’ai très envie de voir ce qui va brûler.
Le divorce ? Un prétexte. La guerre ? C’est ça qui m’intéresse.
Le premier épisode nous présente donc Morgan et Carla, couple très riche, très célèbre et visiblement très doué pour rendre leur vie personnelle aussi chaleureuse qu’une salle d’attente de dentiste.
Morgan trompe Carla. Carla entend bien utiliser cette situation à son avantage. Le divorce se transforme alors rapidement en bataille juridique, notamment autour du contrat prénuptial et de l’immense fortune de monsieur.
Sur le papier, c’est le point de départ de la série.
Mais après un épisode, je dois bien avouer quelque chose : Morgan et Carla sont probablement les personnages qui m’intéressent le moins.
Et je pense que c’est parfaitement assumé.
Ils sont froids, égocentriques, assez détestables et donnent envie de leur rappeler que l’argent ne remplace pas une thérapie de couple. Mais surtout, ils servent de déclencheur à quelque chose de beaucoup plus intéressant : la guerre entre leurs avocats.
Parce que le véritable sujet de War, ce n’est finalement pas vraiment « est-ce que Morgan et Carla vont divorcer ? ». Spoiler : vu qu’on est dans une série qui s’appelle War, j’ai comme l’impression que ça va être un peu compliqué.
Le sujet, c’est plutôt : jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour gagner ?
Et là, soudainement, ça devient beaucoup plus intéressant.
Bienvenue chez les avocats. Ils sont charmants, jusqu’à ce qu’ils sortent les couteaux
D’un côté, nous avons Taylor & Byrne, un cabinet relativement jeune, incarné par Serena Byrne et Nicholas Taylor, qui sont également en couple dans la vie privée.
De l’autre, Cathcarts & Sons, institution beaucoup plus ancienne, plus froide, plus traditionnelle et qui semble avoir fait de l’absence totale d’empathie une spécialité maison.
On pourrait donc très facilement nous servir le traditionnel affrontement entre les gentils modernes et les vieux méchants conservateurs.
Sauf que War est heureusement un peu plus maligne que ça.
Taylor & Byrne est effectivement présenté au départ comme le cabinet le plus humain. Il y a cette relation personnelle entre Serena et Nicholas, une approche qui semble davantage fondée sur les individus et une image plus éthique.
Cathcarts & Sons, eux, donnent davantage l’impression d’avoir été élevés dans un placard rempli de contrats et de cadavres judiciaires.
Mais très vite, une chose devient claire : les deux camps veulent gagner.
Et s’ils doivent se traîner mutuellement dans la boue pour y parvenir, eh bien… autant prévoir des bottes.
C’est probablement ce que j’ai préféré dans ce premier épisode. La série ne cherche pas vraiment à me faire choisir un camp. Elle me montre deux philosophies différentes du métier, deux générations d’avocats, deux manières d’aborder leur travail… puis elle commence à gratter le vernis.
Et dessous, surprise : tout le monde est prêt à faire à peu près n’importe quoi.
C’est là que War devient vraiment savoureuse.
Les newbies contre les vieux de la vieille
Le contraste entre les deux cabinets fonctionne également très bien visuellement.
Taylor & Byrne est moderne, lumineux, fait de verre et d’espaces ouverts. Cathcarts & Sons est plus sombre, plus traditionnel, avec ses boiseries et son mobilier qui semble avoir été acheté avant l’invention d’Internet.
Même chose du côté des clients : les décors permettent de raconter quelque chose des personnages sans avoir besoin de leur faire prononcer un monologue de quinze minutes sur leur personnalité.
Tout est beau, luxueux et parfaitement glacé.
Et c’est vraiment l’esthétique générale de War : on est entouré de gens extrêmement riches, dans des endroits extrêmement chers, mais absolument rien ne donne envie de s’y installer pour boire un chocolat chaud.
C’est clinique.
C’est léché.
C’est froid.
Et ça colle parfaitement à l’ambiance de la série.
La mise en scène de Ben Taylor donne d’ailleurs à l’ensemble une vraie allure cinématographique sans tomber dans le « regardez comme je sais faire de beaux plans ». Londres devient presque un personnage supplémentaire : les bureaux, les restaurants, les rues, les lieux de pouvoir… tout semble participer à cette bataille permanente.
Johnny Warren, ou comment devenir le personnage que je vais surveiller du coin de l’œil
Et puis il y a Johnny Warren, interprété par Archie Renaux.
Et lui, je l’aime beaucoup.
Enfin… « j’aime beaucoup » est peut-être un terme un peu généreux parce que Johnny est loin d’être irréprochable.
Mais c’est précisément ce qui fonctionne.
Johnny est le jeune outsider. Celui qui veut entrer dans un monde qui ne semble pas vraiment vouloir de lui. Il vient d’un milieu plus modeste, cherche désespérément à se faire une place et accumule suffisamment de déconvenues pour commencer à comprendre que les règles du jeu ne sont pas franchement les mêmes pour tout le monde.
Et derrière son ambition, on découvre progressivement ses faiblesses.
C’est important parce que War ne nous demande pas simplement de regarder un jeune type ambitieux qui veut réussir. La série prend le temps de nous montrer pourquoi Johnny s’est construit cette carapace.
Il peut être arrogant.
Il peut être agaçant.
Il peut prendre de mauvaises décisions.
Mais je comprends suffisamment ses failles pour avoir de l’empathie pour lui.
Et puis il y a Angus.
Et là, très honnêtement, moi aussi j’aurais aimé lui foutre un bourre-pif.
Voilà.
C’était mon analyse très professionnelle du personnage.
Johnny fonctionne surtout parce qu’il n’est pas présenté comme un héros immaculé qui va arriver chez les riches pour leur montrer que l’amitié et l’entraide sont importantes. Non. Il veut réussir. Il veut être reconnu. Il veut prouver qu’il mérite sa place.
Et ses défauts sont justement ce qui rend son parcours intéressant.
Sans entrer dans le détail de la fin de l’épisode, Johnny devient rapidement le pivot de cette affaire. Et le twist final fonctionne particulièrement bien parce qu’il donne une nouvelle dimension à ce qu’on vient de regarder.
Je n’en dirai évidemment pas davantage.
Je tiens à garder quelques amis parmi les lecteurs.
Une série très HBO dans l’âme
Ce qui m’a frappée dès ce premier épisode, c’est à quel point War possède cette tonalité très particulière que j’associe aux séries HBO.
C’est cynique.
C’est mordant.
C’est rempli de gens riches, puissants et moralement discutables.
Et surtout, ça arrive à me faire passer un très bon moment en compagnie de personnages que je n’aimerais probablement pas du tout rencontrer dans la vraie vie.
C’est exactement le genre de série où je peux passer cinquante minutes à regarder des gens essayer de se détruire juridiquement et terminer l’épisode en me disant : « Bon. Quand est-ce que je peux voir le suivant ? »
On retrouve évidemment quelque chose de Succession dans cette manière de montrer des personnages privilégiés complètement obsédés par le pouvoir, leur statut et leur capacité à écraser les autres.
Il y a également une parenté avec Industry, notamment dans l’écriture des personnages, le rapport au pouvoir et cette façon de transformer le monde professionnel en gigantesque champ de bataille.
Mais War a son propre terrain de jeu : les cabinets d’avocats et les guerres judiciaires.
Et ça fonctionne étonnamment bien.
Des dialogues qui claquent sans chercher à faire des blagues
J’ai également beaucoup aimé les dialogues.
Ce n’est pas une série particulièrement drôle. Je ne suis pas en train de regarder War avec l’impression d’assister à un spectacle de stand-up sur les avocats londoniens.
Mais les personnages ont de la répartie.
Ça fuse.
Ça répond du tac au tac.
Les conversations donnent constamment l’impression que quelqu’un pourrait sortir une phrase suffisamment assassine pour que l’autre demande à son avocat de porter plainte.
Et c’est très satisfaisant.
Le premier épisode sait notamment installer cette sensation de duel permanent. Même quand les personnages sont assis dans un bureau parfaitement calme, j’ai l’impression qu’ils sont déjà en train de se battre.
C’est aussi ce qui évite à l’épisode de devenir un simple exposé sur le fonctionnement des cabinets d’avocats. Je ne suis pas là pour apprendre le droit du divorce britannique.
Je suis là pour voir qui va réussir à entuber l’autre en premier.
Et ça, War le comprend parfaitement.
Un pilote qui sait exactement quand sortir son dernier coup
Le premier épisode est très prenant.
Et surtout, il sait construire progressivement sa mécanique.
On découvre le couple, les cabinets, les différents personnages, les rapports de force… puis les pièces commencent à se mettre en place.
Et lorsque le dernier mouvement arrive, le twist fonctionne.
Pas simplement parce qu’il est surprenant.
Mais parce qu’il donne immédiatement envie de voir comment cette situation va évoluer.
C’est le genre de fin qui transforme le traditionnel « bon, je regarderai peut-être l’épisode 2 » en « Ah. Bon. Je vais regarder l’épisode 2 maintenant. »
Ce qui est quand même une assez bonne qualité pour un pilote.
Verdict : je signe pour la suite
Après ce premier épisode, je suis donc clairement embarquée.
Je ne suis pas particulièrement intéressée par la romance ou le divorce de Morgan et Carla. Ils sont davantage le carburant que le moteur de l’histoire.
Ce qui m’intéresse, c’est la bataille entre les deux cabinets.
J’aime le contraste entre les newbies et les vieux de la vieille, j’aime surtout que la série refuse progressivement de nous présenter un camp comme véritablement vertueux. Les méthodes changent, les apparences changent, les générations changent, mais quand il faut gagner, tout le monde semble soudainement trouver les mêmes idées.
Et surtout, Johnny m’intrigue énormément.
War réussit son premier épisode parce qu’elle me donne suffisamment d’éléments pour comprendre ses personnages tout en gardant assez de cartes dans sa manche pour me donner envie de revenir.
C’est froid, cynique, élégant, mordant et peuplé de gens que je ne voudrais surtout pas avoir comme adversaires.
Donc oui, j’ai immédiatement envie de voir la suite.
Et quelque chose me dit que ce divorce va être beaucoup plus amusant à regarder que la plupart des divorces que j’ai pu vivre dans mon entourage.

