Il y a deux façons de me vendre une série qui parle d’une créature mystérieuse cachée sous les eaux glaciales du Canada. La première, c’est de me promettre un monstre terrifiant, des personnages qui courent partout en hurlant et suffisamment de sang pour repeindre un chalutier. La seconde, c’est de me proposer tout ça, mais avec une histoire de famille, une petite communauté attachante et une réalisation qui ne se moque pas complètement de son public. Avec Below, nouvelle mini-série disponible sur Netflix, j’ai plutôt l’impression d’être face à la deuxième option. Et franchement, ce n’est pas pour me déplaire.
Créée par Jesse McKeown, cette série canadienne nous emmène à Snooks Arm, une petite ville côtière de Terre-Neuve où la pêche fait vivre les habitants, où les paysages sont aussi magnifiques qu’hostiles et où l’avenir semble aussi bouché qu’un sous-marin dont on aurait oublié de fermer l’écoutille. Au casting, on retrouve Josh Hartnett, Mackenzie Davis et Charlie Heaton, dans une histoire qui mélange thriller surnaturel, horreur maritime, humour et drame familial.
Après ce premier épisode de 47 minutes, je ne suis pas encore prête à crier au chef-d’œuvre du monstre marin. En revanche, je suis suffisamment intriguée pour avoir envie de retourner faire un tour dans cette petite communauté. Même si, compte tenu de ce qui se passe dans ses eaux, je réfléchirais quand même à deux fois avant d’y réserver des vacances.
Un retour en famille qui tourne au vinaigre marin
Dans Below, je fais la connaissance de Calvin Penney, un pêcheur bourru incarné par Josh Hartnett, qui vit dans la petite communauté de Snooks Arm. Le bonhomme a déjà quelques casseroles à traîner, notamment la mort mystérieuse de son père, un événement qui continue de peser sur lui des années plus tard. Comme si cela ne suffisait pas, il doit aussi composer avec les difficultés économiques de sa ville, dont l’avenir est menacé, et tenter de préserver un mode de vie qui semble doucement condamné à disparaître.
Mais Calvin a surtout une famille avec laquelle il doit renouer. Ce premier épisode est l’occasion de retrouvailles attendues avec ses enfants, dont Wade, joué par Charlie Heaton, et de remettre un peu d’ordre dans des relations qui n’ont manifestement pas été épargnées par les années. Entre les blessures du passé, les difficultés à communiquer et les liens familiaux parfois compliqués, il y a déjà de quoi alimenter un bon drama. Et je dois dire que c’est précisément cette dimension humaine qui m’a donné envie de m’intéresser à l’histoire.
Évidemment, si tout le monde se contentait de discuter de ses problèmes autour d’un café, la série ne s’appellerait probablement pas Below. Une arrivée inattendue vient perturber la tranquillité de cette petite ville côtière. Un iceberg mystérieux fait son apparition et, avec lui, les premiers signes que quelque chose ne tourne pas rond. La mer, qui constitue à la fois la principale ressource des habitants et le décor quotidien de leur existence, devient progressivement une source d’inquiétude.
Le pilote prend son temps pour installer ce petit monde avant de faire monter la menace. Il faut comprendre qui sont ces gens, ce qui les lie et pourquoi ils tiennent autant à leur territoire avant de les voir confrontés à quelque chose qui dépasse largement leurs problèmes habituels. Je comprends que ce rythme puisse frustrer les spectateurs venus chercher un festival de tentacules dès les cinq premières minutes. Personnellement, j’apprécie qu’une série d’horreur se souvienne qu’il est préférable de s’intéresser aux personnages avant de les envoyer servir de buffet à une créature marine.
Et puis, quand l’épisode décide enfin de nous rappeler que nous sommes bien devant une série de genre, il ne fait pas les choses à moitié. La fin apporte son lot de gore et de réjouissances peu ragoûtantes, avec une efficacité nettement plus convaincante que certains effets spéciaux aperçus auparavant. Disons qu’après ce premier épisode, je regarderai probablement les icebergs d’un œil un peu moins romantique.
Une petite communauté qui réchauffe le cœur (contrairement à l’eau)
C’est probablement l’aspect qui m’a le plus agréablement surprise dans ce premier épisode : les habitants de Snooks Arm.
Quand une série décide de planter son décor dans un village isolé, loin de tout, avec une météo qui donne envie de déménager sous les tropiques, elle a souvent tendance à dégainer les mêmes personnages. Vous savez, ces habitants bourrus, hostiles aux étrangers, qui semblent avoir tous été élevés dans une cabane sans chauffage et qui accueillent la moindre personne de passage comme si elle venait leur voler leurs chèvres. Bref, le cliché du redneck mal embouché, avec option fusil de chasse et absence totale de compétences sociales.
Eh bien, Below prend une direction un peu différente, et j’apprécie vraiment ça.
Les habitants de Snooks Arm vivent dans un environnement rude, certes, mais ils ne sont pas réduits à cette rudesse. Ils sont accueillants, chaleureux, parfois excentriques, et donnent le sentiment de former une véritable communauté. Il y a une humanité dans leurs interactions qui rend cet endroit immédiatement plus intéressant qu’un simple décor pittoresque destiné à accueillir une hécatombe.
Ce choix me plaît d’autant plus que l’isolement de la ville et les difficultés auxquelles elle est confrontée pourraient facilement servir de prétexte à une galerie de personnages caricaturaux. Ici, j’ai plutôt envie de passer un peu de temps avec eux. Bon, peut-être pas de faire trempette avec eux, mais vous voyez l’idée.
Cette chaleur humaine contribue aussi à l’équilibre du pilote. La série ne cherche pas uniquement à nous faire peur : elle installe des relations, des habitudes et un mode de vie auquel on peut s’attacher. La menace qui se profile ne pèse donc pas seulement sur quelques individus, mais sur toute une communauté qui tente de préserver ce qui lui reste.
Derrière son histoire de monstre marin, Below esquisse ainsi un portrait de gens confrontés à un avenir incertain, à la disparition progressive de leur mode de vie et à la difficulté de maintenir les liens familiaux malgré les épreuves. Des thèmes assez classiques, certes, mais qui donnent ici un peu de substance à l’ensemble.
Josh Hartnett et compagnie : une affaire de famille
Pour que cette dimension dramatique fonctionne, encore faut-il que les personnages soient suffisamment convaincants. Sur ce point, le premier épisode me semble plutôt bien parti.
Josh Hartnett incarne un Calvin Penney à la fois bourru, attachant et visiblement encombré par son passé. Il n’est pas nécessaire qu’il nous déballe toute son histoire dès les premières minutes pour comprendre que le personnage traîne quelques blessures. Sa relation avec ses enfants permet déjà d’entrevoir un homme qui aimerait préserver sa famille, mais qui n’a pas forcément toutes les clés pour y parvenir.
Face à lui, Charlie Heaton apporte une énergie différente dans le rôle de Wade. Leur dynamique familiale constitue l’un des éléments qui me donnent envie de poursuivre l’expérience. Je suis davantage intéressée par ces relations que par la simple perspective de découvrir quelle horreur se cache sous l’eau. C’est quand même plus facile de s’inquiéter du sort de personnages auxquels on commence à s’attacher que de celui d’un figurant dont on vient tout juste d’apprendre l’existence.
Mackenzie Davis, de son côté, incarne Fonda Howander, une biologiste marine qui apporte une autre perspective à ce qui se déroule dans la région. Sa présence permet d’envisager le mystère sous un angle scientifique, en complément des préoccupations très concrètes des habitants. La série dispose ainsi de plusieurs portes d’entrée dans son intrigue : le drame familial, les enjeux locaux et le phénomène inquiétant qui se manifeste en mer.
Je trouve également intéressant que le casting ne donne pas l’impression d’être simplement là pour attendre son tour avant de se faire dévorer. Le pilote prend le temps de poser les bases de son petit univers et de laisser exister ses personnages en dehors de la menace.
Évidemment, en 47 minutes, tout le monde ne peut pas bénéficier du même degré de développement. Certains éléments restent encore en surface, et il est trop tôt pour savoir jusqu’où le scénario compte emmener ses différentes intrigues. Mais, pour ce premier épisode, l’ensemble me paraît suffisamment solide pour soutenir le récit.
Une série B qui assume ses tentacules, mais pas ses approximations
Parlons maintenant de la partie qui m’intéressait aussi beaucoup : le monstre.
Parce que oui, Below est une série de genre, et elle n’a manifestement pas l’intention de se contenter de filmer des gens qui regardent la mer avec un air préoccupé pendant six heures. Il y a une menace, des phénomènes inquiétants et la promesse d’une horreur venue des profondeurs. Le tout est saupoudré d’une bonne dose de série B, avec ce que cela implique de créature potentiellement improbable et de situations qui demandent parfois de suspendre son incrédulité.
Et je n’ai aucun problème avec ça. Au contraire, j’aime bien quand une série assume son concept sans chercher à se faire passer pour quelque chose qu’elle n’est pas.
Attention, je ne parle pas ici du plaisir coupable façon Sharknado, où l’on a parfois l’impression que les créateurs ont réuni toute une équipe pour se demander comment rendre une idée encore plus absurde que la précédente. Below conserve une certaine ambition dramatique et une véritable volonté de mise en scène. Le monstre peut avoir un petit côté nanardesque, mais la série, elle, ne semble pas vouloir devenir une parodie de son propre concept.
La différence est importante. Une série B peut tout à fait être amusante, généreuse et même touchante sans que chaque scène ait besoin de nous faire un clin d’œil pour nous signaler qu’elle sait très bien à quel point son idée est folle.
Dans ce premier épisode, j’apprécie donc ce contraste entre le sérieux avec lequel sont traités les personnages et le caractère parfois franchement improbable de la menace. Le résultat possède une personnalité qui me donne envie de lui laisser sa chance.
En revanche, tout n’est pas parfait sur le plan technique. Les effets spéciaux sont inégaux et certains plans peinent à donner toute l’ampleur attendue aux événements. L’iceberg qui se brise, notamment, ne m’a pas franchement convaincue. On est loin de la séquence qui me donnera envie de faire une pause pour admirer le travail des équipes chargées des effets visuels.
Et puis, il y a ces petits faux raccords qui viennent gentiment nous rappeler que la magie du cinéma repose parfois sur des détails que personne n’a vérifiés au montage. Le garde-côte plonge sous l’eau sans masque, puis le plan suivant le montre équipé d’un masque et de tout le matériel nécessaire. Peut-être a-t-il développé des branchies entre deux prises. Après tout, dans une série où un monstre marin menace une ville, je suis prête à accepter beaucoup de choses, mais il faut quand même me laisser le temps de suivre.
Ces imperfections peuvent faire sortir de l’histoire, surtout lorsqu’elles sont aussi visibles. Pourtant, je n’ai pas eu l’impression qu’elles gâchaient complètement le plaisir du visionnage. La réalisation conserve une vraie tenue, et la fin de l’épisode se montre nettement plus convaincante dans sa manière de représenter le gore. Les effets sanglants sont suffisamment réussis pour donner à la menace un caractère concret et franchement peu ragoûtant.
C’est précisément ce mélange qui me plaît : d’un côté, des défauts techniques parfois difficiles à ignorer ; de l’autre, une réalisation qui sait créer une ambiance, des personnages qui ont quelque chose à raconter et une horreur qui finit par produire son petit effet.
Une ambiance glaciale et un mystère qui prend son temps
L’autre qualité de ce pilote réside dans son cadre. Terre-Neuve offre à Below un environnement particulièrement adapté à son histoire : des paysages côtiers, des eaux froides, une communauté relativement isolée et cette impression que la nature peut rapidement devenir hostile.
La mer n’est pas simplement un joli fond d’écran destiné à faire ressortir les pulls en laine des personnages. Elle est au cœur de leur quotidien, de leur économie et de leur identité. Elle les fait vivre, mais elle pourrait aussi leur prendre tout ce qu’ils ont. Cette dualité donne une dimension intéressante au mystère qui commence à se dessiner.
J’aime également que la série ne cherche pas à tout expliquer immédiatement. Le premier épisode installe plusieurs questions, notamment autour du passé de Calvin et de l’arrivée de cet iceberg étrange, sans prétendre nous fournir toutes les réponses dans la foulée.
Le rythme est donc assez lent, mais je ne l’ai pas trouvé rédhibitoire. Il faut accepter de passer un peu de temps avec les personnages avant que l’histoire ne bascule davantage vers l’horreur. Pour moi, ce choix fonctionne plutôt bien, précisément parce que la partie familiale est suffisamment intéressante pour soutenir l’attention.
Il reste néanmoins à voir si le mystère saura conserver cette capacité à intriguer sans se perdre dans une accumulation de questions. À ce stade, je préfère ne pas tirer de conclusions sur la manière dont l’histoire évoluera. Je juge uniquement ce premier épisode, et celui-ci remplit son objectif principal : me donner envie de découvrir ce qui se cache derrière les événements étranges qui frappent Snooks Arm.
L’ambiance, les personnages et les premières manifestations de la menace composent un ensemble prometteur, même si tout n’est pas encore parfaitement équilibré. Et je préfère largement terminer un pilote avec quelques questions en tête plutôt qu’avec le sentiment d’avoir déjà compris tout ce que la série avait à proposer.
Verdict : Below, une bonne surprise pour les amateurs de séries de genre
Au terme de ce premier épisode, je ressors de Below avec une impression globalement positive. Je ne suis pas encore totalement conquise, mais je suis intriguée, et c’est déjà une bonne raison de poursuivre le visionnage.
Ce qui me plaît le plus, ce n’est finalement pas seulement la perspective de découvrir le monstre qui rôde sous les eaux. C’est la manière dont la série associe son concept d’horreur maritime à une histoire de famille et au portrait d’une communauté attachante. Les habitants de Snooks Arm possèdent une chaleur humaine qui contraste avec la froideur de leur environnement, et cette dimension donne au récit une identité plus intéressante qu’une simple succession de scènes de panique.
Le casting contribue à cet équilibre, tandis que la réalisation parvient à installer une atmosphère convaincante. Le rythme prend son temps, mais ce n’est pas forcément un défaut lorsqu’il permet de donner de l’épaisseur aux personnages. Quant au versant horrifique, il assume suffisamment son côté série B pour être amusant, sans tomber dans le grand n’importe quoi volontairement ridicule.
Tout n’est pas rose, ou plutôt tout n’est pas bleu glacier : les effets spéciaux sont perfectibles, certains plans manquent de finesse et les faux raccords peuvent faire lever un sourcil. Mais je préfère retenir les qualités de ce pilote plutôt que de lui reprocher de ne pas disposer du budget d’un blockbuster hollywoodien.
Below ne réinvente pas le monstre marin et ne révolutionne pas le thriller surnaturel. En revanche, elle propose un mélange suffisamment singulier de drame familial, d’ambiance inquiétante et de série B pour éveiller ma curiosité.
Je la conseillerais donc aux amateurs de séries de genre qui aiment autant s’attacher aux personnages que voir surgir quelque chose de franchement dégoûtant des profondeurs. En revanche, si vous exigez des effets spéciaux irréprochables et une intrigue qui démarre au quart de tour, vous risquez de trouver le temps long, et de passer l’épisode à compter les faux raccords.
Pour ma part, je suis prête à retourner à Snooks Arm. Mais je vais peut-être attendre que quelqu’un ait vérifié ce qui se trouve sous l’eau avant de mettre un pied dans la mer.
Un pilote imparfait, chaleureux et suffisamment intrigant pour me donner envie de plonger dans la suite. Avec une créature pareille, c’est déjà un joli tour de force.

