Il fut un temps où je suivais assidûment le Marvel Cinematic Universe (MCU). Puis les films se sont enchaînés, les séries ont commencé à pousser comme des champignons sur Disney+ et j’ai fini par décrocher, quelque part entre deux promesses de bouleversement majeur et un énième personnage censé changer la donne. Autant dire que je n’attendais pas VisionQuest avec une impatience démesurée. Mais puisqu’il s’agit de conclure l’histoire entamée par WandaVision, l’une des propositions Marvel qui m’avait le plus convaincue, j’étais tout de même curieuse de voir ce que la série allait faire de son personnage principal.
Créée par Terry Matalas et portée par Paul Bettany, VisionQuest est une série Marvel Television diffusée sur Disney+. Elle constitue le troisième volet d’un ensemble commencé avec WandaVision et poursuivi avec Agatha All Along. On y retrouve Vision, ou plutôt une nouvelle version de celui-ci, qui tente de comprendre ce qu’il est devenu après avoir récupéré les souvenirs de son prédécesseur. À ses côtés, James Spader reprend le rôle d’Ultron, tandis que la série entend explorer les thèmes de l’identité, de la mémoire et de l’humanité à travers le regard d’un être artificiel.
Sur le papier, il y a donc matière à raconter quelque chose d’intéressant. Dans les faits, ce premier épisode me laisse avec une impression assez mitigée : quelques bonnes idées, une direction artistique soignée, des dialogues savoureux par moments… et beaucoup, beaucoup de personnages qui parlent de leurs problèmes. Parce qu’apparemment, même quand on est un androïde, on n’échappe pas aux longues séances d’introspection.
De quoi parle le premier épisode de VisionQuest ?
Après les événements de WandaVision, Vision tente de reprendre le cours de son existence. Enfin, « reprendre le cours de son existence » est une façon de parler, puisqu’il s’agit surtout de comprendre ce qu’il est censé faire de ses souvenirs et de cette identité qui ne lui appartient pas tout à fait.
Cette nouvelle version de Vision a hérité de la mémoire de l’ancien, mais récupérer les souvenirs de quelqu’un ne signifie pas nécessairement récupérer sa personnalité, ses sentiments ou sa place dans le monde. Il s’agit désormais de trouver sa propre voie, tout en essayant de comprendre ce que signifie être humain lorsqu’on est une intelligence artificielle dotée d’un corps synthétique.
L’épisode nous entraîne notamment à Édimbourg, où Vision mène une existence discrète. Mais cette tranquillité est rapidement menacée. Une intrigue impliquant un mercenaire, Paladin, se met en place, tandis qu’un jeune homme nommé Thomas se retrouve au cœur d’une histoire qui touche directement au passé familial de Vision. La possibilité que Tommy, le fils de Wanda et Vision, soit lié à ce garçon donne une nouvelle dimension au questionnement du héros : que reste-t-il d’un lien familial lorsque les souvenirs, les corps et les identités ne correspondent plus tout à fait ?
Pendant ce temps, Vision doit aussi composer avec les intelligences artificielles qui peuplent son esprit, parmi lesquelles un certain Ultron. Oui, le même Ultron qui n’a pas exactement laissé le souvenir d’un individu particulièrement soucieux du bien-être de l’humanité. Le voir partager l’espace mental de Vision promet donc quelques échanges intéressants.
L’épisode pose ainsi les bases d’un récit mêlant science-fiction, thriller, humour et drame familial. Reste à savoir si cette accumulation d’idées permet réellement de lancer la série sur de bons rails.
Vision, ou l’art de se poser les mêmes questions pendant cinquante-six minutes
Ce qui m’intéresse dans VisionQuest, c’est avant tout son personnage principal. Vision est un héros assez singulier dans le paysage Marvel : il ne cherche pas seulement à sauver le monde ou à distribuer des coups de poing à des adversaires en armure. Il doit comprendre ce qu’il est, ce qu’il ressent et ce que les souvenirs qu’il porte font de lui.
Le problème, c’est que cette question de l’identité avait déjà été largement abordée dans WandaVision. La série de 2021 explorait le deuil, l’amour et la manière dont Wanda tentait de conserver ce qui lui avait été arraché. Vision y avait lui-même été confronté à son existence, à sa mémoire et à ce qui le définissait comme individu. Revenir sur ces thèmes n’est évidemment pas une mauvaise idée. Au contraire, le personnage mérite qu’on s’intéresse à ce qu’il est devenu après les événements de la série.
Mais encore faut-il avoir quelque chose de nouveau à raconter.
Dans ce premier épisode, j’ai parfois l’impression que les personnages passent davantage de temps à expliquer leurs problèmes qu’à les vivre. On discute de l’identité, on disserte sur les souvenirs, on s’interroge sur l’humanité. Puis on recommence, au cas où le spectateur aurait été distrait par une mouche ou par l’envie de vérifier ses notifications.
Je caricature un peu, mais l’impression de lourdeur est bien là. Le scénario semble tellement soucieux de faire comprendre ses enjeux qu’il finit par les souligner plusieurs fois. Comme si laisser le spectateur réfléchir par lui-même représentait un risque industriel majeur.
C’est dommage, car le fond est intéressant. La question de savoir si Vision peut revendiquer une histoire qui appartient techniquement à une autre version de lui-même ouvre de vraies pistes. La mémoire suffit-elle à faire de nous la personne que nous étions ? Peut-on hériter d’une famille comme on hérite d’un disque dur ? Et que faire de souvenirs qui nous définissent sans que nous ayons réellement vécu les événements auxquels ils correspondent ?
Voilà des interrogations qui méritent mieux qu’une succession de longues conversations explicatives.
Je trouve également intéressant que le passé familial de Vision revienne au premier plan à travers Thomas et la possibilité qu’il soit lié à Tommy. Ce fil narratif permet d’aborder les conséquences des événements précédents autrement qu’en distribuant des clins d’œil aux fans. Il donne à la quête identitaire de Vision une dimension plus concrète : il ne s’agit plus seulement de déterminer qui il est, mais aussi de comprendre quelle place il peut occuper dans la vie de ceux auxquels il est lié.
Paul Bettany reste convaincant dans ce rôle. Il donne à Vision une forme de fragilité et de distance qui fonctionnent bien avec le personnage. Je continue donc à m’intéresser à lui, même lorsque le scénario semble confondre profondeur philosophique et quantité de dialogues.
James Spader et Ultron, les invités qui réveillent la conversation
Heureusement, il y a Ultron.
Je ne vais pas prétendre que son retour me procure une immense vague de nostalgie : je n’ai même pas vu tous les films dans lesquels il apparaît. En revanche, je peux reconnaître une bonne interprétation quand j’en vois une, et James Spader apporte immédiatement quelque chose à ce premier épisode.
Son Ultron possède un humour et un répondant qui font du bien à l’ensemble. Ses échanges avec Vision sont savoureux, notamment parce qu’ils permettent de confronter deux intelligences artificielles qui ne partagent pas exactement la même vision de l’humanité. Leurs conversations ont une dynamique qui manque parfois au reste de l’épisode.
C’est là que la série me convainc le plus. Lorsque Vision et Ultron se répondent, le questionnement philosophique trouve une incarnation plus vivante. Les idées passent par les personnalités, les contradictions et l’humour, plutôt que par de longues explications qui semblent parfois sorties d’un colloque sur la conscience artificielle.
James Spader possède cette façon bien particulière de jouer avec les mots et de donner à ses répliques une ironie délicieuse. Son interprétation apporte du relief à Ultron, qui n’est pas simplement là pour rappeler qu’il existe dans les archives du MCU. Il devient un véritable partenaire de dialogue, capable de pousser Vision dans ses retranchements.
Je ne sais pas encore si cette dynamique suffira à porter le récit, et je ne vais évidemment pas prétendre savoir où la série compte mener cette relation. Mais, dans ce premier épisode, c’est clairement l’un des éléments qui m’ont le plus plu.
En résumé, quand Ultron entre dans la conversation, j’ai davantage envie d’écouter. Ce qui est quand même un comble pour un personnage qui n’a pas précisément été conçu pour favoriser la bonne entente entre les êtres vivants.
Une maison fabuleuse, une réalisation moins audacieuse
Visuellement, VisionQuest a des arguments. J’aime particulièrement la maison intérieure de Vision, cet espace mental matérialisé en un lieu presque domestique, qui donne une forme concrète à son architecture intérieure. C’est une idée visuellement séduisante, et les décors participent à l’identité de la série.
Il y a quelque chose d’amusant à voir une intelligence artificielle organiser son esprit comme si elle partageait une grande maison avec des colocataires. Sauf que les colocataires en question sont d’autres programmes informatiques, et que les tensions domestiques risquent d’avoir des conséquences légèrement plus sérieuses qu’une dispute pour savoir qui a terminé le lait.
La direction artistique est soignée, les décors ont du caractère et l’ensemble est agréable à regarder. Je ne reprocherai donc pas à Marvel de ne pas avoir mis les moyens nécessaires pour rendre cette histoire visuellement intéressante.
En revanche, je trouve la réalisation et la construction narrative beaucoup plus classiques. La série possède une esthétique séduisante, mais elle ne me donne pas l’impression de proposer une véritable rupture avec les productions Marvel auxquelles nous sommes habitués. Le récit s’installe, distribue ses enjeux, présente ses personnages et prépare ses différentes intrigues. Tout cela est propre, parfois élégant, mais rarement surprenant.
C’est d’autant plus frustrant que WandaVision avait réussi à se distinguer par son concept formel et sa manière de détourner les codes de la sitcom pour raconter une histoire de deuil. Je ne demande pas à VisionQuest de reproduire la même formule, mais j’aurais aimé retrouver une ambition narrative aussi marquée.
Pour l’instant, je vois surtout une série qui a les moyens de ses ambitions visuelles, mais qui reste assez conventionnelle dans sa manière de raconter son histoire. C’est beau, oui. Mais ce n’est pas parce qu’on installe une réflexion existentielle dans une jolie maison virtuelle qu’on obtient automatiquement une œuvre audacieuse.
Le « Previously dans le MCU » : quand il faut réviser avant de regarder une série
J’ai particulièrement apprécié la présence d’un récapitulatif des événements précédents au début de l’épisode. Ayant vu WandaVision, j’avais besoin de remettre quelques éléments en place, et cette séquence remplit parfaitement cette fonction.
Le MCU est devenu un univers où suivre une histoire peut parfois ressembler à la préparation d’un examen. Entre les films, les séries, les personnages secondaires devenus principaux et les intrigues qui se poursuivent d’une production à l’autre, il faut parfois une fiche de révision pour simplement savoir pourquoi tel personnage est encore vivant, mort, ressuscité ou disponible sous une autre version.
Le récapitulatif est donc une bonne idée. Mais il ressemble aussi à une rustine sur un problème plus général : VisionQuest dépend énormément de ce qui a précédé.
Je comprends parfaitement que cette série s’adresse en priorité aux personnes qui ont suivi WandaVision. C’est la suite d’une histoire, pas une aventure totalement indépendante. Mais je doute qu’un spectateur qui n’a jamais vu la série de 2021 trouve ici une porte d’entrée particulièrement accueillante. Le récapitulatif permet de comprendre les grandes lignes, mais il ne remplace ni l’attachement aux personnages ni la connaissance des événements qui ont façonné leurs relations.
Et pour celles et ceux qui, comme moi, ont progressivement décroché du MCU, la question se pose autrement : ai-je vraiment envie de reprendre le train en marche ?
C’est là que le fan-service montre ses limites. Les références, les rappels et les liens avec les productions précédentes peuvent faire plaisir aux fans encore investis. Pour les autres, ils risquent surtout de rappeler tout ce qu’il faudrait avoir vu pour apprécier pleinement le programme.
Je ne reproche pas à VisionQuest d’appartenir au MCU. Ce serait un peu comme reprocher à un épisode de Plus belle la vie de faire référence aux épisodes précédents. En revanche, j’aurais aimé que cette histoire possède une force suffisante pour donner envie de s’y intéresser au-delà de son rôle dans une grande mécanique de franchise.
Une conclusion logique pour le triptyque, mais pas forcément indispensable
L’idée de faire de WandaVision, Agatha All Along et VisionQuest un triptyque autour de personnages liés à Wanda Maximoff me plaît. Il y a une cohérence thématique à explorer les conséquences des événements de WandaVision en s’intéressant successivement à différents personnages et à leur rapport à l’identité, à la mémoire ou à la magie.
Je suis également contente que Vision bénéficie enfin d’un espace narratif qui lui est consacré. Il a longtemps été associé à Wanda et à des enjeux qui le dépassaient parfois. Lui donner l’occasion de se confronter à sa propre histoire est donc une bonne idée.
Mais je reste moins convaincue par la nécessité de l’ensemble. Agatha All Along m’avait déjà donné le sentiment que ce prolongement n’était pas indispensable. Le fait que VisionQuest s’inscrive dans une trilogie cohérente ne suffit pas, à lui seul, à justifier toutes les étapes du parcours.
Ce premier épisode essaie de donner du sens à la suite des événements, et je reconnais que le retour de Tommy dans l’équation apporte une dimension intéressante à l’histoire de Vision. Mais je n’ai pas encore le sentiment que cette nouvelle série transforme radicalement notre regard sur le personnage ou qu’elle apporte une idée suffisamment forte pour rendre son existence incontournable.
C’est peut-être le problème de ces franchises qui ne veulent jamais vraiment laisser leurs personnages tranquilles : chaque conclusion devient le point de départ d’une nouvelle intrigue, chaque réponse ouvre trois nouvelles questions et chaque personnage secondaire peut potentiellement obtenir sa propre série. À force, même les fins ressemblent à des bandes-annonces pour la suite.
Verdict : une série pour les fans, pas forcément pour les décrocheurs
Ce premier épisode de VisionQuest n’est pas dépourvu de qualités. J’aime son personnage principal, le questionnement sur l’identité qu’il porte, l’intégration de son passé familial et, surtout, les échanges entre Vision et Ultron. James Spader apporte une énergie bienvenue à des dialogues qui, sans lui, risqueraient parfois de tourner en rond. Les décors sont soignés et la maison intérieure de Vision est une très belle trouvaille visuelle.
Mais je reste sur ma faim. Le rythme est lent, l’exposition est lourde et les personnages passent tellement de temps à parler de leurs problèmes que le récit peine à leur donner une véritable incarnation. Les thématiques sont intéressantes, mais elles avaient déjà été abordées dans WandaVision, et ce premier épisode ne me donne pas encore le sentiment qu’elles sont renouvelées de façon suffisamment convaincante.
La réalisation et la construction narrative restent également très classiques. La série est belle, mais elle ne me surprend pas vraiment. Quant au fan-service et aux références au MCU, ils risquent de fonctionner surtout auprès d’un public qui n’a jamais cessé de suivre la franchise.
Pour ma part, j’ai décroché depuis longtemps, lassée par les déceptions et par cette impression que chaque nouvelle production Marvel doit absolument justifier la prochaine. VisionQuest ne me donne pas suffisamment de raisons de revenir dans cet univers. Je reconnais son potentiel, mais je ne ressens pas cette curiosité irrésistible qui pousse à lancer immédiatement l’épisode suivant.
Je trouve l’idée de conclure l’histoire commencée par WandaVision intéressante, et je ne regrette pas d’avoir découvert ce premier épisode. Mais entre une série qui possède quelques bonnes idées et une série qui me donne réellement envie de poursuivre l’aventure, il y a une différence.
VisionQuest semble surtout destinée aux fans encore investis dans le MCU. Et je crois que, pour ma part, j’ai définitivement rendu mon badge de membre du fan-club.

