Pilot d'essaiPhony : un mystère qui fonctionne, mais qui devra tenir ses promesses

Phony : un mystère qui fonctionne, mais qui devra tenir ses promesses

Avec son histoire de mère qui ne serait plus vraiment sa mère, Phony intrigue sans révolutionner le genre. Son premier épisode est fluide, bien interprété et suffisamment mystérieux pour donner envie de poursuivre. Reste à savoir si la série a réellement quelque chose à raconter derrière son concept.

Il y a des séries qui vous attrapent dès les premières minutes avec une idée tellement barrée qu’on ne peut pas s’empêcher de vouloir connaître la suite. Et puis il y a celles qui avancent tranquillement, installent leur petit mystère et vous donnent envie de rester, sans pour autant vous mettre une claque. Phony, la nouvelle série de Hulu, appartient plutôt à la deuxième catégorie. Son pilote est agréable à suivre, son duo principal fonctionne bien et son intrigue soulève suffisamment de questions pour piquer ma curiosité. Mais, pour le moment, je ne suis pas non plus en train de sauter au plafond.

Une mère peut-elle vraiment être remplacée sans que personne ne s’en rende compte ?

Créée par Nick Paley, Phony nous présente Sonny Cooke, un adolescent qui se réveille après un grave accident de voiture avec une drôle de conviction : sa mère, Ellen, n’est plus vraiment sa mère. Elle lui ressemble, elle occupe la même place dans sa vie, mais quelque chose cloche. Du moins, c’est ce qu’il affirme. Parce que, de leur côté, les autres semblent parfaitement convaincus qu’Ellen est toujours Ellen.

Le concept n’est pas franchement nouveau. Les histoires de doubles, de clones ou de personnes qui prennent la place d’une autre ont déjà été explorées sous toutes les formes possibles, de Orphan Black à Dead Ringers. Mais ce n’est pas forcément un problème. Une idée familière peut donner naissance à une série passionnante, à condition de savoir quoi en faire.

Et sur ce point, le pilote fait plutôt bien son travail. Le doute s’installe progressivement et je me suis assez vite prise au jeu. Sonny souffre-t-il des conséquences de son traumatisme crânien ? Son cerveau lui joue-t-il des tours ? Ou y a-t-il réellement une inconnue qui se promène dans la peau de sa mère ? Je n’ai pas encore la réponse, et c’est précisément ce qui me donne envie de continuer.

Le problème, c’est que cette question repose en grande partie sur la perception de Sonny. Pour que le mystère fonctionne pleinement, il faudrait que je ressente, moi aussi, cette étrangeté qu’il décrit. Or, ce n’est pas vraiment le cas.

Un duo mère-fils qui fonctionne, même quand quelque chose cloche

Le principal atout du pilote, c’est son duo d’acteurs. Sam Nivola et Connie Britton fonctionnent très bien ensemble, et leur relation constitue une base solide pour la série.

J’apprécie notamment que Phony nous présente un adolescent qui entretient une véritable relation avec sa mère. Pas une relation idyllique où tout le monde se comprend en permanence, évidemment : les tensions et les désaccords existent. Mais il y a aussi de l’affection, de la complicité et une proximité qui ne se résument pas à une succession de disputes entre un parent dépassé et son rejeton en pleine crise existentielle.

C’est suffisamment agréable pour être souligné. Les séries adolescentes ont parfois tendance à transformer les relations familiales en champ de bataille permanent, comme si parler normalement à ses parents était une anomalie statistique.

En revanche, j’ai davantage de mal avec l’étrangeté supposée d’Ellen. Je m’attendais presque à ressentir une forme d’uncanny valley, cette impression dérangeante face à quelque chose qui ressemble parfaitement à un être humain sans tout à fait en être un. Mais physiquement, les différences sont minimes, et dans son comportement, Ellen donne surtout l’impression de s’être réveillée de mauvaise humeur.

Alors, oui, Sonny affirme que sa mère a changé. Mais je comprends aussi pourquoi les autres personnages ne voient pas le problème. À ce stade, je me retrouve davantage de leur côté que de celui du héros. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose : cela entretient le doute. Mais cela réduit aussi l’inquiétude que la série cherche à installer.

Un pilote qui ne perd pas son temps

S’il y a bien une chose que je ne peux pas reprocher à Phony, c’est son rythme. Je n’ai pas vu le temps passer. Les scènes s’enchaînent naturellement, les personnages se dévoilent progressivement et l’histoire avance sans nous bombarder d’informations à chaque minute.

La série trouve un équilibre plutôt appréciable entre présentation des personnages et installation du mystère. On apprend juste assez de choses pour comprendre les enjeux, sans avoir l’impression d’assister à une réunion de travail où chacun viendrait présenter son dossier avant le début des hostilités.

Le récit s’appuie également sur Sonny, qui raconte son histoire à une détective privée. Le procédé n’a rien de révolutionnaire, mais il fonctionne. Il permet de structurer la narration et de faire progresser l’intrigue sans répéter systématiquement ce que l’on vient de voir à l’écran. C’est efficace, même si je ne peux pas dire que cette approche apporte une véritable originalité à l’ensemble.

Le pilote se termine par quelques éléments destinés à relancer notre curiosité. Le premier petit cliffhanger ne m’a pas particulièrement surprise, puisqu’il figurait déjà dans la bande-annonce. Merci pour le suspense, Hulu ! Une autre scène, impliquant ce qui semble être un cadavre jeté dans une rivière, laisse entrevoir un mystère potentiellement plus vaste.

Là encore, le procédé reste classique. Mais il ouvre suffisamment de possibilités pour me donner envie de découvrir la suite.

Le vrai danger de Phony : une révélation qui tombe à plat

C’est finalement là que se situe ma principale réserve. Phony me plaît suffisamment pour que j’aie envie de poursuivre, mais je me méfie de la direction que pourrait prendre son intrigue.

Les séries construites autour d’un grand mystère ont un problème récurrent : elles doivent réussir à proposer une révélation à la hauteur des questions qu’elles ont soulevées. Et ce n’est pas toujours gagné. Il suffit parfois d’une explication un peu trop facile pour que l’on regarde rétrospectivement tous les indices accumulés en se demandant pourquoi on a consacré autant de temps à cette histoire.

Si Sonny hallucine à cause de son traumatisme crânien, par exemple, j’ai peur que l’on se retrouve avec une explication assez paresseuse. Tout ce qui semblait étrange pourrait alors être balayé par quelques divergences de perception et des coïncidences opportunes. Ce serait dommage, parce que le pilote prend justement le temps d’installer son doute.

À l’inverse, si un véritable sosie a remplacé Ellen, encore faut-il que la série nous explique pourquoi et comment. Pour le moment, les personnages semblent mener une existence relativement paisible. Il va donc falloir introduire des éléments suffisamment convaincants pour justifier ce qui se passe, sans transformer rétrospectivement tout le monde en membre d’une vaste conspiration sortie de nulle part.

Je ne demande pas à Phony de réinventer les histoires de doubles. Je lui demande simplement d’avoir une bonne raison de nous raconter la sienne.

Verdict : une curiosité qui mérite qu’on lui laisse sa chance

Ce premier épisode de Phony est une bonne entrée en matière. Le rythme est fluide, les acteurs sont convaincants et le mystère fonctionne suffisamment pour entretenir ma curiosité. J’apprécie aussi que la série prenne le temps de développer sa relation mère-fils plutôt que de se précipiter dans une succession de révélations.

En revanche, le pilote manque encore d’un véritable moment marquant. Je me suis laissée porter par l’histoire sans jamais ressentir ce petit déclic qui transforme une série simplement agréable en rendez-vous incontournable. Et puisque tout repose sur une énigme, il faudra que la suite sache lui donner du sens.

Je suis donc curieuse, mais pas encore conquise. Phony a posé ses cartes sur la table ; reste à savoir si elle a un véritable jeu en main ou si elle compte nous faire patienter pendant huit épisodes avant de sortir une explication tirée par les cheveux.

Ma note : 3/5. Un pilote efficace et sympathique, qui donne envie de voir la suite sans encore réussir à se démarquer dans un genre déjà bien rempli.

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