Pilot d'essaiNewlyweds : une sitcom qui a oublié de changer de décennie

Newlyweds : une sitcom qui a oublié de changer de décennie

Il paraît que l’amour n’a pas d’âge. La sitcom, en revanche, devrait parfois songer à faire une petite mise à jour. Avec Newlyweds, NBC nous propose une comédie romantique qui semble tout droit sortie d’une autre époque, avec ses rires enregistrés, ses personnages caricaturaux et son humour qui tombe parfois aussi à plat qu’une demande en mariage après trois verres de trop. Pourtant, il y avait de quoi faire. Mais encore aurait-il fallu prendre le temps de raconter une histoire.

Un mariage express, une crédibilité en option

Newlyweds suit Jeanie, une professeure de collège spontanée et extravertie, qui rencontre James, un professeur de philosophie divorcé, plus réservé et organisé. Les deux tombent rapidement amoureux et décident de se marier. Une romance éclair qui les conduit à devoir composer avec les deux enfants adultes de James, son ex-femme Claudia et les petits tracas d’une vie à deux. Bref, tout ce qui fait le sel d’une comédie conjugale, à condition de prendre le temps de construire un minimum les relations entre les personnages.

Et c’est précisément là que le bât blesse. Le début est tellement précipité qu’il en devient peu crédible. On comprend bien que la série souhaite nous embarquer dans une histoire d’amour qui bouscule les conventions, mais entre une rencontre, une attirance et un mariage, il manque quelques étapes. À ce rythme-là, la prochaine saison pourrait commencer par leur divorce, suivi d’une réconciliation pendant le générique.

Le plus dommage, c’est que Téa Leoni et Tim Daly sont plutôt sympathiques. Les deux acteurs dégagent une complicité naturelle qui permet au couple de fonctionner, même lorsque le scénario lui fait prendre des raccourcis dignes d’un GPS en panne. Ils ont suffisamment de charme pour qu’on ait envie de croire à leur histoire. Encore faudrait-il que la série nous laisse le temps d’y croire.

Car si les interprètes principaux font le travail, l’écriture ne leur facilite pas vraiment la tâche. Le potentiel est là, mais il reste coincé dans un récit qui semble confondre précipitation et efficacité.

Une sitcom sortie du congélateur

Le véritable problème de Newlyweds, c’est son impression générale de déjà-vu. On a parfois le sentiment d’avoir remonté le temps pour retrouver une sitcom d’une autre époque, avec ses ressorts comiques prévisibles et ses personnages poussés à l’extrême. Le rire enregistré vient ponctuer les scènes comme pour nous rappeler quand il faudrait trouver ça drôle. C’est gentil, mais si une série doit nous indiquer à quel moment rire, c’est peut-être qu’elle devrait revoir ses blagues.

Le plus gênant reste toutefois le traitement des personnages secondaires, qui semblent avoir été écrits à grands coups de stéréotypes. Les enfants de Jeanie, notamment, donnent l’impression d’avoir été imaginés par des scénaristes qui auraient observé les jeunes d’aujourd’hui à travers une vitre, depuis une autre décennie, sans jamais oser leur adresser la parole.

Tout y paraît forcé, caricatural, artificiel. La série veut manifestement jouer sur le décalage entre les générations, mais elle se contente d’enchaîner les clichés plutôt que de construire des personnages qui ressemblent à de véritables individus. On est moins dans l’observation amusée des différences générationnelles que dans la collection de cases à cocher d’une sitcom qui croit encore que les jeunes constituent une espèce mystérieuse dont il faudrait décrypter les mœurs.

À ce stade, on ne sait plus très bien si Newlyweds veut raconter les difficultés d’un couple recomposé ou démontrer que ses scénaristes ont besoin d’une petite mise à jour culturelle.

Jamie Lee Curtis en roue libre

Et puis, il y a Claudia.

Interprétée par Jamie Lee Curtis, l’ex-femme de James est censée apporter du piquant à l’ensemble. Elle en apporte effectivement, mais à peu près comme une alarme incendie en pleine nuit : on la remarque immédiatement, sans forcément apprécier l’expérience.

Le personnage est déjà particulièrement caricatural sur le papier, mais l’interprétation accentue encore le problème. Jamie Lee Curtis cabotine en roue libre, poussant chaque réaction vers l’excès jusqu’à donner l’impression que Claudia ne vit pas dans la même série que tout le monde.

Le moment où elle se met littéralement à se tortiller dans un couloir résume assez bien le problème. La scène semble persuadée que plus un personnage gesticule, plus il est drôle. Sauf que non. L’énergie ne remplace pas l’écriture, et le surjeu ne transforme pas automatiquement une situation en gag.

On regarde la scène en se demandant surtout ce qui a bien pu se passer dans la salle des scénaristes pour que tout le monde trouve cette idée convaincante. Jamie Lee Curtis est une actrice capable d’une véritable présence comique, mais encore faut-il lui donner un personnage qui ne repose pas uniquement sur l’exubérance. Ici, Claudia prend tellement de place qu’elle finit par étouffer le peu de subtilité que la série aurait pu conserver.

Arvid, ou l’art de faire rire en apparaissant cinq minutes

Le plus ironique, c’est que le personnage qui m’a réellement fait sourire est Arvid, l’assistant norvégien. Il est aussi celui qui semble le moins présent. Voilà qui résume assez bien le paradoxe de ce pilote : le personnage qui fonctionne le mieux est celui auquel la série accorde le moins de temps.

Son apparition apporte une respiration bienvenue dans un épisode qui en aurait pourtant bien besoin. On aimerait le voir davantage, comprendre ce qu’il peut apporter à l’ensemble et profiter d’un humour qui, pour une fois, ne semble pas avoir besoin de surligner ses propres intentions.

Mais non. Arvid passe, fait sourire, puis disparaît. Pendant ce temps, d’autres personnages continuent de s’agiter en espérant provoquer un éclat de rire. La sitcom a visiblement ses priorités.

Un deuxième rendez-vous ? Très peu pour moi.

Le problème de Newlyweds n’est pas qu’elle soit une sitcom classique ou qu’elle assume une forme de comédie romantique un peu traditionnelle. Ce genre peut parfaitement fonctionner lorsqu’il repose sur des personnages attachants, une écriture précise et des situations qui font mouche. Le problème, c’est que ce pilote semble se contenter de ressorts comiques usés jusqu’à la corde, d’une romance expédiée et de personnages secondaires qui flirtent dangereusement avec la caricature.

Téa Leoni et Tim Daly apportent une certaine chaleur à l’ensemble, et Arvid laisse entrevoir ce que la série pourrait réussir lorsqu’elle cesse d’en faire des tonnes. Mais ces quelques qualités ne suffisent pas à compenser les lourdeurs de l’écriture et cette désagréable impression d’assister à une comédie qui a oublié que le monde avait changé.

À la fin de l’épisode, je n’ai pas spécialement envie de découvrir la suite. Pas parce que le concept serait condamné d’avance, mais parce que ce premier rendez-vous ne m’a pas convaincue que la série avait grand-chose à offrir au-delà de son couple principal.

Newlyweds mérite donc un petit 2/5. Il y a un duo sympathique, quelques possibilités comiques et un personnage secondaire qui gagnerait à sortir davantage de sa réserve. Mais il faudrait surtout que la série sorte de la sienne : celle d’une sitcom qui semble avoir remonté le temps sans réaliser qu’elle n’y était pas invitée.

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