Disponible sur Apple TV à partir du 30 octobre 2026, Nocturne est un thriller policier en dix épisodes qui adapte l’univers des romans de Lars Kepler, le pseudonyme des écrivains suédois Alexandra Coelho Ahndoril et Alexander Ahndoril. À la distribution, on retrouve notamment Stephen Graham (Adolescence), Liev Schreiber (Ray Donovan) et Zazie Beetz (Atlanta).
L’histoire commence avec la réapparition de Michael Frost, un garçon enlevé trois ans plus tôt avec sa sœur. Si le jeune homme est retrouvé, sa sœur reste introuvable. Cette nouvelle donne ravive les interrogations autour de Jarek Walter, un tueur en série incarcéré dans un établissement psychiatrique sécurisé.
L’ancien enquêteur Jonah Lynn, toujours hanté par cette affaire, se retrouve confronté à un passé qu’il n’a jamais réussi à laisser derrière lui. De son côté, l’agente du FBI Saga Bauer s’intéresse de près à Jarek, dont l’influence semble dépasser largement les murs de sa cellule.
Car si le criminel est enfermé, rien ne garantit qu’il ait perdu le contrôle de la situation. Et c’est justement là que Nocturne entend installer son suspense : comment un homme qui ne peut presque plus agir directement parvient-il à exercer une telle emprise sur les autres ?
Stephen Graham, ou l’art de faire peur sans bouger un cil
Avec Nocturne, Apple TV nous plonge dans un thriller policier sombre et oppressant où un tueur en série n’a pas besoin de lever le petit doigt pour nous glacer le sang. Et si l’enquête ne révolutionne pas le genre, Stephen Graham, lui, est absolument fascinant.
Il y a des acteurs qui ont besoin de hurler, de casser des objets ou de distribuer des baffes pour incarner une menace. Et puis il y a Stephen Graham. Dans Nocturne, il lui suffit d’un regard, d’un sourire en coin et d’une voix douce pour donner envie de vérifier que la porte d’entrée est bien fermée. Deux fois. Trois, si on a un peu de temps devant soi.
Le nouveau thriller d’Apple TV ne réinvente pas la série policière, mais il a un argument de poids : un antagoniste qui donne froid dans le dos sans avoir besoin d’en faire des caisses. Et franchement, quand on voit le résultat, on aurait tort de s’en priver.
Stephen Graham, maître ès manipulation
La première scène de Nocturne donne immédiatement le ton. Pas besoin d’attendre trois épisodes pour comprendre que Jarek Walter est un individu particulièrement dangereux. La série nous montre d’emblée sa méthode : observer, comprendre les failles de ses interlocuteurs et s’y engouffrer avec une précision chirurgicale.
Son arme principale ? Le calme. Une voix presque hypnotique, des mots choisis avec soin et un regard qui semble vous disséquer de l’intérieur. Jarek n’a pas besoin de recourir à la violence pour prendre le pouvoir sur les autres. Il lui suffit de comprendre comment ils fonctionnent pour les pousser là où il le souhaite.
Et c’est précisément ce qui rend le personnage aussi inquiétant. On ne sait jamais vraiment ce qui se passe derrière ses yeux, mais on comprend très vite qu’il vaut mieux éviter de lui donner la moindre information personnelle. Au cas où il déciderait de s’en servir contre nous.
Stephen Graham excelle dans cet exercice. Son interprétation repose sur une économie de gestes qui rend chacune de ses apparitions inconfortable. Ses chuchotements, ses silences et cette manière de fixer son interlocuteur sans presque cligner des yeux créent un malaise constant. Même lorsqu’il ne fait rien, on a l’impression qu’il est en train de faire quelque chose. Et ce quelque chose ne présage généralement rien de bon.
Le cadrage accentue cette sensation, notamment grâce aux gros plans frontaux qui nous confrontent directement à son visage. Impossible de détourner le regard sans avoir l’impression de lui céder du terrain. C’est assez ironique, finalement, pour un personnage dont le principal talent consiste justement à prendre le contrôle de ceux qui le regardent.
Jarek rappelle forcément Hannibal Lecter, cette autre figure du criminel aussi intelligent que manipulateur, dont le calme et la sophistication sont presque plus inquiétants que les actes. La comparaison est évidente, jusque dans certains choix de mise en scène. Mais Jarek n’est pas une simple copie de son illustre prédécesseur. Il possède sa propre méthode, fondée sur l’observation et l’emprise psychologique, et n’a pas besoin de partager le goût culinaire très particulier du personnage popularisé par Le Silence des agneaux.
Surtout, Stephen Graham parvient à lui donner une présence singulière. On connaît les codes du tueur manipulateur, mais on se laisse tout de même happer. Et c’est bien là l’essentiel.
Une enquête classique, mais suffisamment de mystères pour nous accrocher
Autour de Jarek, Nocturne construit une intrigue policière qui ne cherche pas particulièrement à révolutionner le genre. Un enfant réapparaît après plusieurs années de disparition, sa sœur reste introuvable et une ancienne affaire continue de hanter l’enquêteur Jonah Lynn. Le tout ramène inévitablement vers un criminel qui, malgré son enfermement, semble conserver une influence considérable sur les événements.
Sur le papier, on connaît la chanson. Le flic marqué par son passé, l’affaire qui refuse de se refermer, les secrets enfouis et le tueur dont l’intelligence semble toujours avoir un coup d’avance : Nocturne ne cherche pas à nous faire découvrir le polar pour la première fois.
Mais elle n’en a pas besoin. Ce premier épisode pose suffisamment de questions pour éveiller notre curiosité sans nous noyer sous les informations. Comment Jarek a-t-il procédé ? Qu’est-il arrivé à la petite fille disparue ? Et surtout, que s’est-il réellement passé dans le passé de Jonah ? L’enquêteur a-t-il menti, et si oui, pour quelle raison ?
Le pilote distille ses éléments avec suffisamment de retenue pour que l’on ait envie de poursuivre. Tout n’est pas expliqué, tout n’est pas résolu, et c’est très bien ainsi.
On pourrait reprocher à la série de multiplier les mystères et de s’appuyer sur des ressorts familiers. Mais je préfère largement un premier épisode qui prend le temps d’installer ses personnages et ses enjeux plutôt qu’un pilote qui nous balance quinze informations à la minute avant de nous souhaiter bonne chance pour nous y retrouver.
D’autant que Nocturne n’est pas un thriller à haute tension qui chercherait à nous faire bondir de notre canapé toutes les cinq minutes. Sa nervosité est plus diffuse. Elle s’installe progressivement, à mesure que l’on comprend que les apparences ne suffisent pas et que certaines personnes savent très bien comment les manipuler.
Et quand on sait que Jarek est dans les parages, même une conversation parfaitement banale finit par devenir suspecte.
Jonah Lynn, le flic cabossé qu’on connaît déjà
Face à Jarek, Jonah Lynn pourrait facilement tomber dans la caricature. Ancien enquêteur bourru, marqué par les tragédies et incapable de se détacher d’une affaire passée, il coche à peu près toutes les cases du policier torturé que l’on a déjà croisé dans une bonne dizaine de thrillers.
Sur le papier, rien de très original. On pourrait presque lui fournir directement le trench-coat froissé, le regard fatigué et la bouteille d’alcool planquée dans le tiroir du bureau. Le bingo du polar est presque complet.
Heureusement, Liev Schreiber apporte au personnage une sobriété qui le rend beaucoup plus naturel. Il ne cherche pas à surjouer les blessures de Jonah ni à nous faire comprendre toutes les trente secondes que cet homme a souffert. Il laisse simplement transparaître son épuisement et son obsession, ce qui suffit à rendre le personnage crédible.
Jonah n’est pas nécessairement celui qui intrigue le plus dans ce premier épisode, mais il constitue un contrepoint intéressant à Jarek. Là où le criminel semble parfaitement maîtriser ses émotions et celles des autres, l’enquêteur donne plutôt l’impression d’être prisonnier de son propre passé.
Reste à savoir ce que Jonah nous cache réellement. Car derrière le cliché du policier hanté par une affaire, la série laisse entrevoir des zones d’ombre qui pourraient bien donner davantage d’épaisseur au personnage.
Quant à Saga Bauer, incarnée par Zazie Beetz, elle se fait encore relativement discrète dans ce premier épisode. Son personnage semble pourtant appelé à prendre de l’importance dans l’enquête. L’actrice, que j’apprécie notamment depuis Atlanta, a suffisamment de présence pour éveiller ma curiosité. Il faudra cependant attendre de la voir davantage pour juger de ce qu’elle apporte réellement à l’ensemble.
Un thriller sombre et soigné, comme Apple TV sait les faire
Visuellement, Nocturne remplit parfaitement son contrat. L’atmosphère est sombre, oppressante, et les décors participent pleinement à cette sensation de malaise. Le centre psychiatrique, avec son béton froid et ses espaces austères, ressemble moins à un lieu de soin qu’à un endroit où l’on aimerait éviter de se retrouver enfermé. Même pour une visite guidée.
La réalisation est soignée, les cadrages servent la tension et l’ensemble possède cette finition haut de gamme que l’on associe volontiers aux productions originales d’Apple TV.
Et ce n’est pas une critique. La plateforme a habitué son public à des productions particulièrement soignées, et Nocturne s’inscrit dans cette lignée. Elle ne cherche pas à impressionner à chaque plan avec des effets visuels tape-à-l’œil. Elle privilégie une mise en scène au service de son histoire, de ses personnages et de l’atmosphère qu’elle veut installer.
Cette cohérence contribue à l’efficacité du pilote. On ne regarde pas seulement une enquête policière se dérouler : on entre dans un univers où quelque chose semble constamment clocher, sans toujours parvenir à identifier quoi.
Et c’est précisément ce qui fonctionne.
Verdict : un tueur fascinant pour un thriller qui mérite qu’on s’y attarde
Avec ce premier épisode, Nocturne ne révolutionne pas le thriller policier. Son enquête repose sur des mécanismes familiers, certains personnages semblent tout droit sortis du manuel du polar et les amateurs du genre auront probablement quelques impressions de déjà-vu.
Mais la série possède un atout majeur : Stephen Graham. Son interprétation de Jarek Walter est fascinante, inquiétante et profondément dérangeante. Il parvient à faire peser une menace constante sur chaque scène sans avoir besoin de hausser la voix ou de multiplier les gestes spectaculaires. C’est un talent suffisamment rare pour mériter qu’on s’y attarde.
Autour de lui, Liev Schreiber apporte de la crédibilité à un enquêteur dont le profil aurait pu être beaucoup plus convenu, tandis que l’intrigue installe assez de mystères pour donner envie de découvrir la suite. Le tout bénéficie d’une réalisation soignée et d’une atmosphère particulièrement réussie.
Ce n’est pas le thriller le plus original que vous verrez cette année, mais c’est un thriller qui sait ce qu’il veut raconter et qui dispose d’un interprète capable de vous mettre profondément mal à l’aise avec un simple regard.
Et parfois, c’est largement suffisant pour nous convaincre de lancer l’épisode suivant.
Ma note : 4/5.
Nocturne est à découvrir sur Apple TV pour les amateurs de thrillers psychologiques sombres, de criminels manipulateurs et de personnages qui vous donnent envie de garder une certaine distance avec votre écran.

