Il y a des mélanges de genres qui, sur le papier, ressemblent à une mauvaise idée sortie d’un brainstorming qui aurait un peu trop duré. Un western, des robots, du steampunk, un bras mécanique et des forces surnaturelles ? Pourtant, avec Bass x Machina, Netflix nous prouve que cette drôle de recette peut faire des étincelles. Et même quelques belles explosions.
Créée par LeSean Thomas (Yasuke, Cannon Busters), cette série d’animation nous plonge dans un Far West alternatif où les machines à vapeur et les technologies mécaniques côtoient les cow-boys et les hors-la-loi. On y suit Bass Reeves, un chasseur de primes à la gâchette facile et au bras particulièrement bien équipé. L’armée américaine lui confie une dernière mission : retrouver un scientifique disparu et empêcher une nouvelle guerre de Sécession. Sur sa route, il va croiser Dana Starr, la nièce du scientifique, une jeune inventrice qui compte bien ne pas rester tranquillement à la maison pendant que les adultes font des bêtises.
Et autant vous dire que ce premier épisode m’a immédiatement embarquée.
Un western qui a de la gueule
Premier gros point fort : l’animation. Il y a un petit côté old school particulièrement plaisant dans la direction artistique, avec un vrai travail sur les lumières et les ambiances. Certains plans sont magnifiques, notamment ce très joli plan de coupe nocturne sur un ciel étoilé. On sent une véritable attention portée à la composition des images, et ça fait plaisir à voir.
Les scènes d’action sont tout aussi réussies. Elles sont lisibles, dynamiques, bien chorégraphiées et suffisamment explosives pour nous coller au fond du canapé. Le premier affrontement dans le train donne immédiatement le ton : pas question de prendre le temps de faire connaissance autour d’un thé, ici on dégaine d’abord et on discute éventuellement après.
La série assume une certaine violence, mais sans tomber dans le gore à outrance. On est davantage dans des combats spectaculaires, avec des impacts impressionnants et des explosions en pagaille, que dans une démonstration de boucherie gratuite. Et franchement, le bras mécanique de Bass est une petite merveille d’ingénierie.
Le steampunk s’intègre par ailleurs très naturellement à cet univers. Il ne donne jamais l’impression d’avoir été ajouté simplement pour faire joli ou cocher une case dans le cahier des charges. Les machines, les technologies et les éléments rétrofuturistes participent pleinement à l’identité de ce Far West alternatif.
Bass et Dana, un duo qui fonctionne immédiatement
Mais ce qui pourrait n’être qu’un sympathique défouloir animé fonctionne aussi grâce à ses personnages.
J’ai immédiatement accroché à Bass Reeves. Bourru, taciturne, visiblement marqué par un passé particulièrement difficile, il donne d’abord l’impression d’être une véritable machine à tuer. Sauf qu’il y a davantage derrière cette grosse carapace. Bass est aussi un homme profondément attaché à sa famille, qui se tue à la tâche pour protéger les siens. Il possède un côté protecteur et touchant qui le rend immédiatement attachant.
Et forcément, on a envie d’en savoir davantage sur son histoire, notamment sur les circonstances qui l’ont conduit à devenir un homme augmenté. Son mystérieux bras mécanique soulève d’ailleurs quelques questions auxquelles ce premier épisode ne répond pas encore.
Face à lui, Dana apporte un véritable vent de fraîcheur. C’était pourtant un personnage qui aurait facilement pu tomber dans le piège de la petite fille hyperactive qui veut absolument aider, fait n’importe quoi et finit par transformer chaque mission en catastrophe ambulante. Vous voyez le genre : celle qu’on a envie de déposer sur la première aire d’autoroute venue.
Heureusement, ce n’est absolument pas le cas ici. Dana est drôle, débrouillarde, possède de véritables compétences mécaniques et semble cacher quelques secrets. Elle n’est pas simplement là pour servir de boulet à Bass pendant son aventure : elle a un vrai rôle à jouer et pourrait même devenir un atout précieux pour la suite. Le duo fonctionne déjà très bien et donne envie de voir comment leur relation va évoluer.
Un scénario qui sait où il va
Côté scénario, ce premier épisode fait également un excellent travail d’introduction. Plusieurs pistes sont lancées sans que l’on ait l’impression d’assister à une distribution de prospectus scénaristiques.
On découvre notamment les enjeux autour d’une possible nouvelle guerre de Sécession, la disparition de l’oncle de Dana, cette mystérieuse matière dont est constitué le bras de Bass, mais aussi les tensions raciales qui traversent ce Far West alternatif. Et, sans rien dévoiler, les mystérieux personnages dotés de capacités particulières que l’on découvre à la fin de l’épisode ajoutent encore quelques questions à une intrigue déjà bien fournie.
Le traitement du racisme et des discriminations apporte surtout une véritable profondeur à l’ensemble. La série ne se contente pas d’utiliser le Far West comme un joli décor pour faire tirer des robots sur des cow-boys. Elle raccroche son univers fictif à l’histoire bien réelle des États-Unis, et notamment aux injustices qui ont marqué cette période. Ce contexte donne du poids aux enjeux et permet de dépasser le simple spectacle.
Tout cela est introduit avec suffisamment de subtilité pour que l’on comprenne les enjeux et les rôles de chacun sans avoir besoin d’un tableau blanc et de ficelles rouges pour suivre l’histoire.
Le rythme est d’ailleurs particulièrement efficace. Il se passe beaucoup de choses, mais je n’ai jamais eu l’impression d’être perdue. L’intrigue avance, les personnages se dévoilent et les dialogues vont à l’essentiel. Pas de longueurs inutiles ni de conversations qui tournent en rond pour meubler les quarante minutes de l’épisode. Je n’ai tout simplement pas vu le temps passer.
Une bande-son qui dépoussière le Far West
Dernier élément qui mérite franchement d’être souligné : la musique.
La bande-son mélange blues, R’n’B et sonorités modernes pour accompagner cet univers western steampunk. Sur le papier, on pourrait se demander ce que viennent faire des sonorités contemporaines au milieu des chevaux, des revolvers et des machines à vapeur. En réalité, ça fonctionne remarquablement bien.
Ce décalage contribue même à donner une identité très particulière à la série. C’est un mélange d’ancien et de nouveau qui colle parfaitement à son univers rétrofuturiste.
Et côté casting vocal, difficile de faire la fine bouche. J’ai regardé la série en version originale et les comédiens font tous un excellent travail. Brian Tyree Henry prête sa voix à Bass avec beaucoup de justesse, entre dureté et sensibilité. Tati Gabrielle apporte beaucoup de personnalité à Dana, tandis que Janelle Monáe complète ce casting particulièrement séduisant. Décidément, j’ai l’impression de voir Brian Tyree Henry absolument partout en ce moment. Et je ne vais certainement pas m’en plaindre !
Verdict : un premier épisode qui vise juste
Avec ce premier épisode, Bass x Machina coche pratiquement toutes les cases. Une animation soignée, des scènes d’action explosives, un univers original, une bande-son qui sort des sentiers battus et des personnages suffisamment intéressants pour donner envie de les suivre.
La série réussit surtout à ne pas sacrifier son histoire sur l’autel du spectacle. Derrière les combats et les machines se dessine un récit qui entend aussi parler d’histoire, de racisme, de famille et de justice.
Alors oui, il reste beaucoup de questions en suspens et plusieurs pistes à explorer. Mais c’est précisément ce que l’on attend d’un premier épisode : nous donner envie de découvrir la suite sans nous raconter toute l’histoire dès le départ.
Et petite précision qui a son importance : je ne suis absolument pas une amatrice de western. Comme quoi, il n’est pas nécessaire d’avoir grandi avec John Wayne pour apprécier un bon cow-boy augmenté.
Une très belle découverte et un premier épisode qui mérite largement son 4/5. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai six épisodes à regarder.

