J’avoue, quand on m’a briefée sur « encore une série où une flic du FBI traque une tueuse en série », j’ai eu un léger soupir intérieur. Le genre est tellement saturé qu’on pourrait croire qu’il n’y a plus rien à en tirer à part un énième « elle est obsédée par son enquête et sa vie privée s’effondre ». Sauf que voilà, j’ai regardé le premier épisode de Furious et je suis ressortie de là avec l’envie irrépressible d’en parler à tout le monde. Alors installez-vous, je vous raconte.
C’est quoi, Furious ?
Furious a débarqué sur Hulu (Disney+ à l’international) le 27 juillet, sortie de trois épisodes d’un coup façon « on sait que vous allez binger de toute façon ». La série est signée Elizabeth Meriwether, la créatrice de New Girl, ce qui, avouons-le, n’est pas la première référence qui vient en tête pour un thriller sur une tueuse en série. Et pourtant. Le show est librement inspiré du film Black Widow de 1987, mais rassurez-vous, on n’est pas dans un remake plan-plan avec les mêmes rebondissements recyclés vingt fois.
Au casting, deux femmes en tête d’affiche : Emmy Rossum dans le rôle d’Alice Black, agente du FBI, et Lola Petticrew dans celui de Catherine, la suspecte numéro un. Le pitch officiel parle de deux femmes qui « avancent chacune vers leur propre idée de la justice », ce qui, en langage non-marketing, veut dire : accrochez-vous, ça va être moralement inconfortable, et c’est tant mieux.
Le pitch du premier épisode (sans spoiler la suite, promis)
L’épisode démarre pied au plancher avec le meurtre du fils d’un homme fortuné. Jusque-là, rien de bien original, on connaît la chanson : cadavre, scène de crime, enquêtrice qui arrive avec son air grave. Sauf que Furious a la bonne idée de ne pas nous coller uniquement dans les pas d’Alice. Dès ce premier épisode, la série alterne entre le point de vue de la traqueuse et celui de la traquée, et ce choix change absolument tout. On n’est pas juste spectateur d’une enquête, on regarde aussi vivre, respirer et fonctionner la suspecte elle-même. Deux perspectives, un seul écran, et moi qui ne savais plus vers qui pencher mon empathie.
L’épisode se termine sur une trouvaille qui redistribue toutes les cartes : Alice parvient à relier Catherine à un tatouage, et échafaude l’hypothèse que sa suspecte serait en réalité une victime de trafic d’êtres humains en train de se venger de ses bourreaux. Autant vous dire que la petite musique « gentille flic contre méchante tueuse » prend un sacré coup dans l’aile, et c’est exactement le genre de retournement qui donne envie d’enchaîner illico sur la suite.
Emmy Rossum a définitivement rangé sa panoplie de Fiona Gallagher
Pour toute une génération biberonnée à Shameless, Emmy Rossum reste Fiona, la grande sœur increvable qui gère une fratrie de bras cassés à Chicago. Ici, changement de décor complet : Alice Black est grave, adulte, habitée, et franchement, ce registre-là lui va comme un gant. On sent une actrice qui a grandi avec ses rôles, et qui n’a plus rien à prouver côté crédibilité dramatique.
Lola Petticrew, elle, m’était beaucoup moins familière, et son personnage m’a laissée un peu plus partagée. Catherine manipule son entourage avec un aplomb qui frôle parfois le cliché de la femme fatale calculatrice jusqu’au bout des ongles : la mécanique de manipulation est un poil trop frontale, trop lisible, presque décomplexée. Rien de rédhibitoire, mais un petit bémol quand même dans un épisode par ailleurs très maîtrisé. Impossible en revanche de juger de l’alchimie entre les deux actrices : à ce stade, Alice et Catherine ne se croisent pas encore. On patiente.
Une ambiance frigo, un humour bien noir
Visuellement, Furious installe un cadre froid, presque clinique, du genre qui vous fait remonter la fermeture éclair de votre pull en plein mois de juillet. Mais la série évite intelligemment l’écueil du thriller qui se prend trop au sérieux en glissant régulièrement des pointes d’humour noir, qui viennent dégonfler la tension sans jamais désamorcer le propos. Ce contraste entre glaciation formelle et ironie mordante donne à l’épisode une identité qui sort du lot, loin de la grisaille uniforme qu’on trouve trop souvent dans ce genre de production.
Pourquoi ce premier épisode fonctionne (vraiment)
Ce qui m’a le plus marquée, ce n’est pas tant l’intrigue en elle-même, un meurtre, une enquête, on connaît la recette, que la manière dont Furious s’en empare pour la retourner complètement. En posant dès ce premier épisode l’hypothèse d’une victime de trafic humain qui reprend le pouvoir par la violence, la série s’attaque à des thématiques féministes qu’on voit rarement traitées frontalement dans ce type de format. Qui a le droit de rendre justice ? À quel prix ? Et surtout, qu’est-ce qu’on est prêt·es à pardonner à une victime qui se venge ? L’épisode multiplie les zones d’ombre sans jamais donner l’impression de gagner du temps : chaque question laissée sans réponse fonctionne comme un appât redoutablement efficace.
Mon avis, en résumé
Pour un pilote, Furious pose des bases solides et intelligentes : une mise en scène qui a un vrai parti pris esthétique, une Emmy Rossum au sommet de sa forme dans un rôle plus mature que jamais, et surtout une écriture qui a l’intelligence de subvertir un genre qu’on croyait pourtant à bout de souffle. Seul petit bémol : Catherine gagnerait à être un chouïa plus subtile dans sa manière de manipuler son monde. Mais franchement, sur la base de ce premier épisode, Furious a toute mon attention, et probablement la vôtre aussi si vous aimez vos thrillers avec un peu de conscience politique en prime.

