Vingt ans après la fin de Friends, Marta Kauffman revient avec un projet qui a tout pour intriguer : la toute première sitcom multi-caméras improvisée de l’histoire de la télévision. Amazon vient de donner son feu vert à DINKS, une comédie portée par le couple Paul Scheer et June Diane Raphael, mariés à la ville comme à l’écran. Une annonce qui mérite qu’on s’y attarde, tant le projet semble vouloir dépoussiérer un format que beaucoup pensaient définitivement enterré.
Un acronyme qui en dit long sur son époque
DINKS, pour « Dual Income, No Kids », suit un couple qui, faute de mariage ou d’enfants pour structurer leur vie commune, décide littéralement de construire un foyer ensemble en rénovant ce qui s’annonce comme leur pire cauchemar déguisé en maison de rêve. Un concept qui colle parfaitement à l’air du temps, entre couples qui repoussent la parentalité et projets immobiliers qui tournent au calvaire. Difficile de ne pas y voir un clin d’œil malicieux à toute une génération qui a fait d’autres choix de vie que ceux de la sitcom familiale classique.
Le pari fou du multi-cam improvisé
Voilà LA promesse qui distingue vraiment DINKS du reste de la production actuelle : il s’agirait de la première sitcom multi-caméras entièrement improvisée jamais produite. Une prouesse technique et créative qui n’a rien d’anodin, quand on sait à quel point le format multi-cam, avec son public en studio et son rythme calé au cordeau, laisse traditionnellement peu de place à l’improvisation.
Marta Kauffman elle-même ne cache pas son enthousiasme, expliquant qu’elle avait toujours affirmé ne plus vouloir refaire de multi-cam à moins que quelqu’un ne parvienne à réinventer le genre. Fatiguée d’attendre, elle a donc décidé, avec sa société Okay Goodnight, de s’en charger elle-même. Elle décrit le tournage comme une montagne russe dans le noir, où l’on ignore totalement où l’on va, mais où l’on sait que le trajet sera amusant. Une image qui, on l’espère, se traduira à l’écran et pas seulement dans les interviews promotionnelles.
Un financement qui sort des sentiers battus
Au-delà de son concept, DINKS se distingue aussi par son modèle économique pour le moins inhabituel. La série est produite en partenariat entre Amazon MGM Studios, Lionsgate, et Publicis Media Content Innovation (PMCI), la division spécialisée du géant de la communication Publicis Groupe. Fait notable : PMCI financera intégralement la série, une rupture nette avec les modèles de financement télévisuel traditionnels.
Eric Levin, directeur de la création chez PMCI, y voit un signe des temps, évoquant des partenariats créatifs combinant expertise sectorielle et capital stratégique pour offrir une alternative au feu vert classique dans un marché de plus en plus compétitif. On appréciera la formule bien rodée du langage corporate, mais force est de constater que le modèle a au moins le mérite de l’originalité : un retour, selon Lionsgate, aux premiers jours de la télévision, quand studios, chaînes et annonceurs collaboraient main dans la main à la fabrication des contenus.
Un casting rodé à l’exercice de la comédie
Le duo Scheer-Raphael n’en est pas à son coup d’essai avec Kauffman : June Diane Raphael avait déjà collaboré avec la créatrice sur Grace and Frankie, où elle incarnait Brianna pendant toute la durée de la série. Elle est actuellement à l’affiche d’Elle chez Amazon, préquelle de Legally Blonde, et son CV comprend également Big Mouth, Weapons, Ass Backwards et Freakier Friday.
Paul Scheer, de son côté, avait fait une apparition en guest dans Grace and Frankie. Touche-à-tout habitué des seconds rôles marquants dans The League, Black Monday, Fresh Off the Boat ou Veep, il est également connu pour co-animer le podcast culte How Did This Get Made?. Jon Gabrus, série régulier du show, complète le trio avec une filmographie solide passant par What We Do in the Shadows, Brooklyn Nine-Nine, Happy Endings et Workaholics.
Amazon mise gros sur un pari risqué
Le paysage comique de Prime Video s’est jusqu’ici largement construit sur des séries en caméra unique, à l’image d’Overcompensating, Elle ou Ride or Die. La plateforme avait bien tenté une incursion dans le multi-cam avec un pilote signé Carter Bays et Craig Thomas, créateurs de How I Met Your Mother, mais le projet n’avait finalement jamais abouti. DINKS représente donc un vrai pari pour Amazon, qui commande la série après avoir initialement validé un pilote en 2024.
Peter Friedlander, responsable mondial de la télévision chez Amazon MGM Studios, ne tarit pas d’éloges sur Kauffman, la qualifiant de l’une des voix les plus emblématiques de la comédie, capable de trouver l’humour et la chaleur dans les relations du quotidien tout en repoussant les limites du genre grâce à l’improvisation. Un discours promotionnel classique, certes, mais qui repose tout de même sur un CV difficilement contestable : après tout, on ne cocrée pas Friends par hasard.
Reste à savoir si cette prise de risque formelle et financière portera ses fruits. Entre un format multi-cam jugé has-been par une partie de l’industrie, une improvisation totale qui pourrait aussi bien accoucher d’un chef-d’œuvre que d’un naufrage filmé, et un modèle de financement inédit porté par une agence de pub, DINKS a clairement les cartes en main pour devenir soit une curiosité oubliée, soit le grand retour triomphal de la reine de la sitcom. Vu le CV de Kauffman, on a quand même tendance à parier sur la seconde option.

