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Castle Walls : la première série « 100 % IA » débarque sur Prime Video, et il va falloir qu’on en parle

Amazon vient de nous glisser un petit caillou dans la chaussure du streaming mondial : Castle Walls (Surlar en turc), une mini-série produite par le géant turc Ay Yapım, est présentée comme la toute première œuvre fabriquée de bout en bout à l’aide de l’intelligence artificielle à débarquer sur une grande plateforme mondiale. Deux épisodes, quinze minutes chacun, et une forteresse iranienne comme décor. Rien que ça.

De quoi parle Castle Walls ?

La série se déroule autour du mythique château d’Alamut, en Iran actuel, une forteresse que les amateurs de jeux vidéo connaissent bien puisqu’elle sert de terrain de jeu à Assassin’s Creed Mirage. Le scénario est signé par deux vétérans de la télévision turque, Kerem Deren et Çisil Hazal Tenim, à qui l’on doit notamment El Turco. Rien d’artificiel de ce côté-là, donc : ce sont bien des humains qui ont posé les mots. La production, elle, est chapeautée par AI Yapım, la toute nouvelle filiale singapourienne d’Ay Yapım, le studio derrière des succès planétaires comme Endless Love, Fatmagul, Ezel ou Forbidden Love.

Un cocktail d’outils IA façon usine à gaz

Accrochez-vous, parce que la liste des logiciels mobilisés ressemble à un inventaire à la Prévert. Selon le communiqué diffusé en octobre 2025, l’équipe a utilisé ChatGPT pour « l’amélioration des prompts et le raffinement créatif », MidJourney pour « l’exploration visuelle », puis Runway et l’outil Nano Banana de Google pour « l’intégration des personnages ». Pour la partie vidéo et l’exécution cinématographique, on retrouve Veo, Kling, ComfyUI et Topaz. Et pour la voix et le doublage, direction Runway et ElevenLabs.

Plus récemment, Ay Yapım a précisé que la série s’appuyait aussi sur un système de storyboard maison baptisé AYDNA, un modèle de diffusion vidéo entraîné exclusivement sur le catalogue de contenus sous licence du groupe. Autrement dit, et c’est l’argument massue du studio, pas de dataset douteux pioché n’importe où sur internet : tout aurait été « rights-managed » de bout en bout. Un point que la production martèle avec une insistance qui sent bon la réponse anticipée aux accusations de pillage de contenu, monnaie courante dans l’industrie de l’IA générative.

Ce que l’IA n’a (officiellement) pas touché

Petite précision qui a son importance : les performances d’acteurs ne sont pas générées par IA, et le doublage dans chaque langue est assuré par de vrais artistes voix. On sent bien la volonté de rassurer une industrie encore traumatisée par les grèves de la SAG-AFTRA et de la WGA. Le studio insiste d’ailleurs sur le fait que le premier épisode a été construit image par image grâce à une technique d’inpainting antérieure aux outils actuels, tandis que le second épisode a intégré des technologies génératives plus récentes. On imagine sans peine le petit selfie satisfait de l’équipe : « regardez, on a même des croquis dessinés à la main avant que l’IA ne s’en mêle ! » Une manière habile de rappeler qu’il y a bien eu de la matière grise humaine avant que les algorithmes ne prennent le relais.

Un contexte qui s’accélère

Castle Walls ne sort pas de nulle part. AI Yapım pilote déjà le chapitre turc du World AI Film Festival (WAIFF) et se présente comme partenaire de l’Académie internationale des arts et sciences de la télévision, celle qui décerne les International Emmys, pour développer les compétences en production IA. Et Amazon MGM Studios avait déjà donné le ton en mai dernier en annonçant trois séries animées entièrement générées par IA pour Prime Video : Punky Duck (du réalisateur du Livre de la vie), Love, Diana Music Hunters et Cupcake & Friends, produite par BuzzFeed Studios. Aucune date de sortie n’a encore été communiquée pour ces trois-là, mais le mouvement est clairement enclenché.

Et maintenant ?

Difficile de ne pas voir dans Castle Walls une opération de communication autant qu’une œuvre : deux épisodes de quinze minutes, c’est un format taillé pour l’expérimentation, pas pour la démonstration de force créative. Mais le message est clair, et Ay Yapım ne s’en cache pas : ce lancement doit prouver que « le contenu long format produit par IA n’est plus une possibilité future, mais un fait présent ». Reste à savoir si le public suivra le mouvement, ou si cette forteresse virtuelle finira, comme tant d’autres, assiégée par le scepticisme des spectateurs.

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