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Lanterns : Green Lantern troque les explosions pour un polar et ça fonctionne étonnamment bien

Il y a des personnages de comics dont j’ai toujours compris l’importance sans jamais vraiment comprendre l’intérêt. Green Lantern fait partie de ceux-là. Dans La Ligue des Justiciers, Hal Jordan était à mes yeux le type qui débarquait pour expliquer aux autres comment faire leur travail, avec cette petite voix professorale qui donnait envie de regarder ailleurs dès qu’il ouvrait la bouche. Bref : le personnage ne m’avait jamais particulièrement passionnée.

Et puis arrive Lanterns.

La nouvelle série HBO Max, créée par Chris Mundy, Damon Lindelof et Tom King, décide visiblement de prendre Green Lantern par un angle légèrement différent. Plutôt que de nous jeter immédiatement dans une gigantesque bataille intergalactique avec suffisamment de CGI pour alimenter une petite centrale électrique, elle préfère commencer par… un meurtre dans le fin fond de l’Amérique.

Et franchement, je ne vais pas m’en plaindre.

Un meurtre dans le Nebraska et deux Green Lanterns

Le premier épisode nous présente donc John Stewart, jeune recrue des Green Lanterns, qui se retrouve associé à Hal Jordan, vétéran de l’organisation et accessoirement homme qui semble avoir déjà fait à peu près tout ce qu’il était possible de faire dans sa carrière.

Leur mission les conduit dans une petite ville du Nebraska où ils doivent enquêter sur une fusillade dans un stade. Et c’est là que Lanterns commence à jouer une carte assez inattendue : celle du polar.

On est loin du traditionnel épisode de super-héros qui consiste à présenter un grand méchant, faire exploser trois immeubles et terminer avec une bataille en CGI dans le ciel. Ici, l’intrigue prend le temps d’installer ses personnages, son environnement et son enquête.

Et surtout, elle ne cherche pas à nous expliquer l’intégralité de la mythologie Green Lantern en trois minutes chrono.

Merci.

On nous donne simplement les informations nécessaires pour comprendre ce que sont les Green Lanterns, ce qu’ils font et pourquoi Hal et John se retrouvent à enquêter ensemble. Le reste peut attendre.

Pour quelqu’un comme moi qui connaît finalement assez peu le personnage, quelques comics Justice League et surtout La Ligue des Justiciers (la série animée) en tête, c’est une excellente manière de faire. Je ne me suis jamais sentie larguée par un jargon de fan hardcore auquel je n’aurais pas été invitée.

Et en même temps, la série ne donne pas l’impression de prendre son public pour des idiots.

Hal Jordan et John Stewart : le duo qui porte l’épisode

Le véritable moteur de ce premier épisode, c’est évidemment la relation entre Hal et John.

Sur le papier, on retrouve quelque chose d’assez classique : le rookie face au vieux briscard. Sauf que Lanterns inverse légèrement les rôles.

John Stewart est le jeune débutant, mais c’est aussi le personnage le plus posé et réfléchi des deux. Hal, lui, est beaucoup plus expérimenté, mais il a tendance à foncer, provoquer et faire les choses à sa manière.

Attention, on n’est pas non plus face à un vieux cowboy complètement incontrôlable. Hal reste parfaitement compétent. Il sait ce qu’il fait. C’est justement ce qui rend le personnage intéressant : derrière son côté tête brûlée se cache quelqu’un qui connaît parfaitement son métier.

Et surtout, il a un ego absolument gigantesque.

Kyle Chandler est franchement excellent dans le rôle. Il a immédiatement les épaules pour porter Green Lantern. Il réussit à donner à Hal cette assurance un peu agaçante, cette espèce de confiance permanente qui pourrait rapidement devenir insupportable si le personnage n’était pas aussi amusant.

Parce que Hal est drôle.

Pas forcément parce qu’il est blasé ou parce qu’il serait devenu une sorte de vieux héros désabusé qui soupire devant la jeunesse d’aujourd’hui. Son humour vient davantage de son espièglerie, de son ego et de cette manière qu’il a de toujours penser qu’il est le plus malin de la pièce.

Et ma scène préférée de l’épisode résume parfaitement le personnage.

Pour faire avancer l’enquête, Hal provoque volontairement une bagarre dans un bar avec quelques gros balourds, uniquement pour finir en garde à vue et pouvoir interroger tranquillement un suspect.

C’est complètement débile.

C’est aussi parfaitement Hal.

Et surtout, c’est exactement le genre de scène qui permet de comprendre immédiatement pourquoi John va probablement avoir besoin de beaucoup, beaucoup de patience.

Aaron Pierre, la retenue plutôt que le numéro de cirque

À côté, Aaron Pierre propose un John Stewart beaucoup plus en retrait.

Et c’est probablement le bon choix pour ce premier épisode.

John est encore en phase d’apprentissage. Il observe beaucoup, parle moins et sert parfois de contrepoids à Hal. Aaron Pierre joue énormément sur la retenue et dégage déjà beaucoup de charisme sans avoir besoin de monopoliser l’écran.

Pour l’instant, je suis davantage intriguée par ce que le duo peut devenir que complètement fascinée par John Stewart lui-même.

Mais ce n’est pas vraiment un reproche.

Le premier épisode est clairement celui de la rencontre entre ces deux personnages. Il faut donc laisser un peu de temps à John pour exister en dehors de son rôle de jeune recrue.

Et puis, le principe du buddy movie fonctionne tellement bien que je suis déjà curieuse de voir comment leur relation va évoluer.

Quand Green Lantern décide de faire du polar

C’est probablement ce que j’ai préféré dans cet épisode : le contraste entre le polar et le genre super-héroïque.

On nous vend ici Green Lantern, donc une franchise qui pourrait facilement partir dans tous les sens. Des extraterrestres, des anneaux magiques, des pouvoirs, des planètes, des costumes, une mythologie gigantesque…

Et pourtant, Lanterns commence par une enquête criminelle dans une petite ville américaine.

J’adore.

J’ai toujours beaucoup plus de facilité à accrocher à un univers fantastique lorsqu’il commence par quelque chose de très concret. Ici, on a des policiers, des suspects, des interrogatoires, des bars miteux et deux enquêteurs qui essayent de comprendre ce qui s’est passé.

Puis, progressivement, l’univers Green Lantern vient se greffer dessus.

La série ne cherche donc pas à nous impressionner à chaque minute avec ses pouvoirs. Les effets spéciaux sont utilisés avec parcimonie et, surtout, ils sont réussis. Ils interviennent lorsqu’ils ont quelque chose à raconter plutôt que simplement pour nous rappeler que HBO Max a dépensé beaucoup d’argent.

Et ça fait du bien.

Je préfère largement ça à une succession de démonstrations pyrotechniques qui donnent parfois l’impression de regarder une fête foraine sous stéroïdes.

Enfin un super-héros qui respire

Cette approche plus terre à terre permet surtout à Lanterns de donner davantage de profondeur à ses personnages.

On comprend rapidement que Hal n’est pas simplement le vétéran qui doit former son remplaçant. Il y a derrière ça quelque chose de beaucoup plus humain.

Parce que former John signifie aussi accepter qu’il est peut-être temps pour lui de passer le relais.

Et ça, Hal n’en a clairement pas envie.

Le personnage est un peu « washed up », mais pas dans le sens où il serait devenu mauvais. Il est simplement arrivé à ce moment de sa vie où il sait qu’une nouvelle génération est en train d’arriver et où il doit commencer à se demander ce qu’il lui reste à faire.

C’est une idée assez simple, mais elle donne immédiatement une autre dimension au personnage.

Et c’est précisément là que Lanterns réussit quelque chose que je n’attendais pas forcément : elle me fait m’intéresser à Green Lantern.

Le Green Lantern que je connaissais était celui qui venait expliquer aux autres comment sauver le monde. Ici, Hal est beaucoup plus imparfait, beaucoup plus drôle et surtout beaucoup plus humain.

Et franchement, je préfère largement cette version.

Un ton qui trouve son équilibre

Les premières comparaisons avec True Detective sont assez faciles à comprendre : petite ville américaine, meurtre mystérieux, ambiance relativement sombre, enquête qui semble cacher quelque chose de plus grand…

Mais je trouve que Lanterns reste beaucoup plus accessible et beaucoup moins sombre.

Ce n’est pas du tout une série trash ou déprimante.

Elle trouve plutôt un équilibre assez agréable entre enquête sérieuse, buddy movie et humour.

Et cet équilibre fonctionne justement parce que Hal vient régulièrement casser le sérieux ambiant avec son comportement.

La série aurait pu se prendre énormément au sérieux avec un concept pareil. Elle ne le fait pas.

Et heureusement.

Une intrigue qui avance sans tout déballer

J’ai également beaucoup apprécié le rythme de ce premier épisode.

Je ne me suis pas ennuyée une seule fois.

L’épisode avance suffisamment rapidement pour qu’on ait toujours quelque chose à suivre, sans pour autant avoir l’impression que les scénaristes essaient de nous faire avaler l’intégralité de leur bible avant le générique de fin.

On récupère des morceaux de l’univers et de l’histoire au fur et à mesure.

Une information ici. Un personnage là. Un élément étrange par-ci. Une nouvelle question par-là.

Et petit à petit, les pièces commencent à s’assembler.

C’est particulièrement efficace pour une série qui doit à la fois présenter un nouvel univers à certains spectateurs et satisfaire ceux qui connaissent déjà Green Lantern.

Je fais partie de la première catégorie, et je n’ai jamais eu le sentiment qu’on me noyait sous les informations.

Bon, j’avoue quand même avoir un peu lâché la rampe au moment des explications concernant les aliens.

J’ai compris qu’ils étaient là.

J’ai compris que c’était important.

Mais le pourquoi du comment, à cet instant précis, mon cerveau a fait ses valises et est parti prendre un café.

Je mets ça sur le compte de la fatigue et je suis prête à parier que les épisodes suivants éclairciront tout ça.

Des personnages secondaires qui donnent envie de revenir

L’autre bonne surprise vient des personnages secondaires.

On en découvre finalement assez peu dans ce premier épisode, mais plusieurs sont incarnés par des visages connus et, surtout, ils donnent immédiatement l’impression d’avoir une histoire à raconter.

Ils ne sont pas là uniquement pour fournir une information à Hal et John avant de disparaître dans le décor.

Du moins, c’est l’impression que j’en ai.

Et c’est suffisamment efficace pour que j’aie envie d’en savoir davantage sur eux.

C’est aussi une bonne manière de donner à cette petite ville une existence propre. On n’est pas simplement dans « la ville où il y a eu un meurtre ». On commence à avoir l’impression qu’il y a toute une communauté derrière l’enquête.

Un petit bémol : le flashforward

J’ai tout de même une petite réserve concernant le flashforward.

Je ne vais évidemment pas entrer dans les détails puisqu’il faudrait pour cela commencer à spoiler l’épisode, et ce serait franchement dommage.

Mais visuellement, j’ai eu un peu de mal avec le vieillissement des personnages.

On nous demande de croire que plusieurs années se sont écoulées et… disons que les effets du temps ne sont pas exactement renversants.

Ce n’est pas catastrophique et, surtout, je n’ai aucune idée de la pertinence de cette partie de l’histoire après seulement un épisode. Je ne peux donc pas vraiment juger si ce choix narratif est intéressant ou non.

Pour l’instant, je dirais simplement que le maquillage vieillissant m’a davantage sortie de l’épisode que l’intrigue elle-même.

Et c’est franchement anecdotique face au reste.

Un twist qui change la manière de regarder l’enquête

Le premier épisode se termine évidemment sur un twist.

Je n’en dirai absolument rien.

Pas même un petit indice.

Mais j’ai trouvé l’idée efficace parce que Lanterns ne cherche pas forcément à nous faire tomber de notre chaise en hurlant « OH MON DIEU ! ».

Je l’ai plutôt vécu comme une sorte de petit effet Columbo.

On sait qu’il s’est passé quelque chose.

On sait où l’histoire va plus ou moins nous conduire.

Et maintenant, ce qui devient intéressant, c’est de comprendre comment on en est arrivé là et comment nos personnages vont remonter jusqu’à la vérité.

C’est une mécanique qui me plaît beaucoup parce qu’elle déplace l’intérêt du simple « qui est responsable ? » vers « comment vont-ils le coincer ? ».

Et ça colle finalement très bien à cette approche policière de Lanterns.

Enfin quelque chose de différent

Ce qui me plaît le plus dans ce premier épisode, finalement, c’est qu’il donne l’impression que DC essaie de faire autre chose avec ses personnages.

Et ce n’est pas forcément parce qu’on enlève complètement le côté super-héroïque. Au contraire : Lanterns semble avoir compris que l’on peut conserver la mythologie, les pouvoirs et les éléments fantastiques sans transformer chaque scène en concours de destruction massive.

Marvel avait déjà tenté quelque chose de similaire récemment avec Wonder Man, en sortant volontairement des sentiers battus du super-héros traditionnel.

Espérons simplement que Lanterns aura un peu plus de chance que cette dernière et ne sera pas annulée au bout d’une saison. Parce que ce serait quand même particulièrement ironique de nous proposer enfin des super-héros qui prennent le temps de raconter une histoire pour ensuite leur dire « bon, c’était sympa, merci au revoir ».

Verdict

Je ressors donc de ce premier épisode avec une très bonne impression.

4/5.

Lanterns réussit surtout là où je ne l’attendais pas : en me donnant envie de suivre Green Lantern alors que, jusqu’ici, je trouvais le personnage franchement chiant.

Le duo Kyle Chandler/Aaron Pierre fonctionne immédiatement. Le premier est charismatique, drôle et délicieusement agaçant dans son rôle de vétéran qui refuse de reconnaître qu’il doit passer la main. Le second est beaucoup plus en retrait, mais sa retenue et son charisme donnent envie de voir John Stewart prendre progressivement sa place.

L’enquête est prenante, le rythme est bien maîtrisé, l’ambiance fonctionne et les effets spéciaux savent rester à leur place.

Surtout, Lanterns comprend quelque chose d’essentiel : on n’a pas besoin de faire exploser la moitié de la galaxie pour raconter une bonne histoire de super-héros.

Il suffit parfois de deux types, une enquête dans le Nebraska, un cadavre et un mec suffisamment sûr de lui pour provoquer volontairement une bagarre dans un bar afin de se faire arrêter.

Et bizarrement, ça me donne beaucoup plus envie de regarder la suite qu’une énième bataille contre un méchant qui veut détruire l’univers.

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