Qui aurait cru voir un jour Netflix, géant tout-puissant du streaming, s’associer avec AMC, chaîne linéaire historique en pleine mutation ? C’est pourtant exactement ce qui se passe : les deux entreprises viennent d’officialiser un accord de coproduction inédit, et Bannerman en est le tout premier fruit. Une alliance qui a de quoi surprendre sur le papier, mais qui, en creusant un peu, révèle une logique parfaitement rodée.
Un mariage arrangé qui date de plusieurs mois
Netflix se lance donc officiellement dans la coproduction avec AMC Studios, une première pour la plateforme mondiale. L’accord, conclu il y a quelques mois selon les informations disponibles, a permis aux deux entités de constituer un catalogue de développement commun, dont Bannerman a émergé comme le tout premier projet retenu. Une façon plutôt élégante pour Netflix d’élargir sa palette de collaborations avec les studios traditionnels, après avoir déjà expérimenté un modèle de co-licence il y a près d’une décennie sous l’impulsion de Bela Bajaria, aujourd’hui Chief Content Officer de la plateforme.
Cet accord vient aussi consolider une relation de longue date entre les deux entreprises, qui remonte à l’époque où Breaking Bad, série phare d’AMC, était devenue le tout premier gros succès de Netflix. Une boucle qui se referme joliment, même si le contexte a bien changé : AMC, marque essentiellement linéaire, doit aujourd’hui redoubler d’inventivité pour survivre à l’ère du streaming, et ce genre de partenariat ressemble fort à une bouée de sauvetage bienvenue.
Une collaboration qui s’accélère méthodiquement
Ce nouvel accord de coproduction ne sort évidemment pas de nulle part. Netflix et AMC avaient déjà annoncé plus tôt ce mois-ci un accord de licence colossal de 500 millions de dollars pour l’intégralité de l’univers The Walking Dead. Et Netflix venait tout juste de récupérer pour développement le thriller The Headlands House, porté par Colman Domingo et produit par AMC Studios. Autant dire que la mécanique entre les deux maisons tourne déjà à plein régime, ce nouvel accord de coproduction ressemble presque à une formalisation logique d’une romance déjà bien entamée. D’ailleurs, ce rapprochement doit sans doute beaucoup à la présence, dans l’équipe séries de Netflix, d’anciens vétérans d’AMC comme Emma Miller et Carrie Gillogly, passées chez le géant du streaming il y a trois ans.
Un accord de diffusion à tiroirs multiples
Niveau diffusion, la répartition promet d’être un vrai casse-tête pour les fans qui voudront suivre la sortie au bon endroit. Coproduite par AMC Studios (en tant que studio principal) et Netflix, Bannerman sera d’abord diffusée sur AMC aux États-Unis et au Canada, avant d’arriver sur Netflix dans ces mêmes territoires 90 jours après la fin de la saison. En Australie, Nouvelle-Zélande et Espagne, les deux plateformes lanceront chaque épisode simultanément. Et partout ailleurs dans le monde, c’est Netflix qui récupérera l’exclusivité totale. Un modèle hybride qui illustre bien la complexité (et la créativité) de ce genre d’accord entre un acteur linéaire historique et un mastodonte du streaming.
Une histoire vieille de six ans qui trouve enfin son aboutissement
Le projet Bannerman traîne en réalité dans les tuyaux depuis six ans. AMC Studios avait acquis les droits des romans dès janvier 2023, avec Shane Black (réalisateur culte de Lethal Weapon, qui signe ici sa toute première série) et Greg Nicotero, figure historique de l’univers The Walking Dead, attachés au projet dès le départ, aux côtés de Brian Witten (Creepshow). Craig Silverstein, showrunner de la série, avait initialement rejoint le projet avant de le quitter temporairement pour produire Percy Jackson and the Olympians chez Disney+, il conservera d’ailleurs son crédit de producteur exécutif sur cette série, avant de revenir dès que Bannerman a commencé à prendre de l’ampleur chez Netflix. Une writers room avait finalement été ouverte lors de l’upfront 2026 d’AMC Global Media, confirmant que le projet entrait enfin dans une phase concrète après des années de gestation.
Des espions à la retraite forcée dans le Connecticut
Le pitch, lui, a tout pour plaire aux amateurs de thrillers d’espionnage bien nerveux : Paul Bannerman, agent secret redoutable, convainc un groupe des assassins les plus dangereux au monde de raccrocher pour tenter de mener une vie normale dans la banlieue du Connecticut. Sauf que d’anciens ennemis, de mauvaises habitudes tenaces, un gouvernement paranoïaque et un ex-flic increvable vont transformer cette retraite en mission la plus périlleuse de leur carrière, un concept qui sent bon le mélange entre humour noir et action explosive, la marque de fabrique de Shane Black depuis toujours. La saga littéraire de John R. Maxim compte cinq romans, de quoi voir venir en matière de matériau narratif si la série trouve son public.
Dan McDermott, chief content officer d’AMC Global Media et président d’AMC Studios, ne cache pas son enthousiasme : « Bannerman est une série intelligente et survoltée, portée par une équipe créative extraordinaire. C’est le drame premium parfait pour lancer notre première coproduction avec Netflix. » Un discours de circonstance, certes, mais qui a le mérite de refléter un vrai alignement stratégique entre les deux entreprises pour les années à venir.

