Après des années de faux départs et de projets avortés, Netflix semble enfin décidé à faire atterrir Donjons & Dragons sur nos écrans, mais pas de la manière qu’on attendait. Exit The Forgotten Realms, place à Ravenloft, une adaptation en prise de vues réelles centrée sur l’un des univers les plus cultes du jeu de rôle : celui de l’horreur gothique et des vampires torturés.
Un projet qui enterre discrètement le précédent
Petite précision qui a son importance : Ravenloft n’a strictement rien à voir avec The Forgotten Realms, cette autre série D&D que Netflix développait depuis début 2025 avec Drew Crevello à l’écriture et Shawn Levy à la production exécutive. Cette dernière n’est d’ailleurs plus en développement chez le géant du streaming, Netflix a donc discrètement rangé un projet au placard pour miser sur un autre, sans grande explication. Une pratique qui devient presque une habitude dans l’industrie, mais qui reste toujours un peu déstabilisante pour les fans qui suivaient le premier de près.
Strahd von Zarovich, le vampire le plus torturé du jeu de rôle
Présentée comme une série fantastique prestige où l’aventure croise l’horreur gothique et la romance tragique, Ravenloft et ses fameux Domaines de la Terreur promettent des récits centrés sur la magie noire et l’intrigue surnaturelle. Le cœur du récit ? La genèse du seigneur des ténèbres Strahd von Zarovich, dont l’histoire de pouvoir, d’amour, d’obsession et de transformation en mort-vivant retrace le parcours d’un antihéros tragique devenu l’un des grands méchants les plus célèbres de Donjons & Dragons. Une origin story de vampire torturé par excellence, le genre qu’on adore détester, ou détester adorer, c’est selon.
Ravenloft, l’un des univers les plus joués de D&D, a été introduit en 1983 par Tracy et Laura Hickman. Depuis, il a donné naissance à plus d’une centaine de romans officiels, de modules de jeu de rôle sur table, de jeux vidéo et de manuels compagnons, sans compter les innombrables créations de fans. Autant dire que le matériau ne manque pas pour nourrir une série ambitieuse.
John August et Alfonso Cuarón : un duo aux références gothiques solides
Côté écriture et production, difficile de trouver plus légitime pour ce projet. John August, qui écrit et produit la série, cumule les crédits gothiques avec pas moins de cinq collaborations avec Tim Burton, dont Big Fish, Charlie et la Chocolaterie, Les Noces Funèbres, Dark Shadows et Frankenweenie. Autant dire qu’il connaît son rayon.
Il est épaulé par Alfonso Cuarón, qui marque ici son retour chez Netflix huit ans après Roma, film qui avait fait l’histoire avec ses dix nominations aux Oscars, dont la toute première nomination au Meilleur Film pour la plateforme, et deux victoires personnelles pour Cuarón (Meilleur Réalisateur et Meilleure Photographie). Une pointure du cinéma qui vient donc prêter main forte à un univers de jeu de rôle, ce qui n’est pas rien niveau prestige.
L’équipe de production compte également Gabriel Marano pour Hasbro, ainsi que Richard Schwartz et Gaby Rodriguez pour Esperanto Filmoj, la société de Cuarón.
Dans la lignée de Wednesday et Stranger Things
Avec sa sensibilité horreur gothique, Ravenloft devrait naturellement trouver sa place aux côtés de Wednesday, l’autre grand succès surnaturel de Netflix, en grande partie porté par la patte de Tim Burton à la réalisation et à la production exécutive. Un rapprochement qui semble loin d’être un hasard côté stratégie éditoriale.
Petit clin d’œil amusant : Ravenloft et Strahd avaient déjà été référencés dans le final de Stranger Things, série qui a tissé Donjons & Dragons dans sa narration tout au long de son parcours, jusqu’à ouvrir et fermer le show sur ses personnages principaux en train de jouer. Netflix capitalise donc habilement sur un univers déjà familier à une partie de son public, coïncidence ou coup marketing bien calculé, à vous de juger.
Hasbro, très occupé sur le front D&D
Le jeu Donjons & Dragons, propriété de Wizards of the Coast, reste l’une des marques phares de Hasbro, qui multiplie les tentatives d’adaptation en prise de vues réelles depuis cinq ans, en parallèle du film Donjons & Dragons : L’Honneur des voleurs sorti en 2023. Une autre tentative, portée par Rawson Marshall Thurber et Drew Crevello, avait d’ailleurs obtenu une commande directe en série chez Paramount+ début 2023, avant de ne jamais voir le jour. Autant dire que le chemin vers l’adaptation télévisée de D&D est semé d’embûches.
Hasbro Entertainment ne s’arrête pas là : la société a également en développement Baldur’s Gate, une série dramatique chez HBO basée sur le jeu vidéo du même nom, portée par Craig Mazin himself, l’homme derrière The Last of Us. De quoi donner des ambitions sérieuses à cet univers vidéoludique et rôlistique sur le petit écran.
Prochain rendez-vous horreur pour Netflix : The Body, un drame coming-of-age créé par Quinn Shephard. La plateforme ne compte visiblement pas lever le pied sur le genre.

