Encore une victime de l’équation fatale « beaucoup d’éloges, pas assez de vues » : Prime Video a annoncé ne pas donner suite à Spider-Noir, la série avec Nicolas Cage en araignée masquée version film noir. Une décision qui risque de faire grincer des dents, tant la série cochait pourtant toutes les cases du succès critique, sauf, apparemment, celle qui compte vraiment aux yeux des plateformes : le ratio coût/audience.
Une réception critique quasi unanime, balayée par l’algorithme
Sur le papier, Spider-Noir avait tout pour durer. La série affichait un score critique de 92% et un score spectateurs de 90% sur Rotten Tomatoes, et a même décroché 11 nominations aux Emmy Awards, le meilleur total de toutes les séries Prime Video en 2026. De quoi se demander ce qu’il faut de plus pour obtenir une saison 2 en 2026, si l’acclamation quasi unanime de la critique et des votants des Emmy ne suffit plus.
La réponse est malheureusement d’une banalité affligeante : le nerf de la guerre reste l’argent. La série, tournée en versions couleur ET noir et blanc (excusez du peu côté logistique et budget), affichait un coût de production particulièrement élevé. Et comme les plateformes basent désormais leurs décisions de renouvellement sur un calcul coût contre performance plutôt froid, le ratio n’a visiblement pas suffi à justifier une suite.
Un lancement solide, mais sans la longévité espérée
Pourtant, Spider-Noir n’a pas raté ses débuts. Portée par l’attrait d’une licence reconnaissable et par Nicolas Cage himself dans son tout premier rôle principal à la télévision, la série a atterri en deuxième position du Top 10 Nielsen des séries originales lors de sa première semaine, cumulant 851 millions de minutes visionnées. Sur ses six premières semaines, elle a généré 2,6 milliards de minutes de visionnage aux États-Unis selon Nielsen Streaming Content Ratings, des chiffres qui, sur le papier, ont de quoi impressionner.
Le problème, c’est que Spider-Noir n’a pas eu l’endurance d’autres sorties récentes de Prime Video comme Off Campus, Reacher ou Ride Or Die, et a rapidement quitté le classement quotidien du Top 10 de la plateforme. Un démarrage honorable, donc, mais pas suffisamment « sticky » pour convaincre Amazon de rouvrir le chéquier pour une production aussi coûteuse.
Le deal Amazon-Sony continue malgré tout
Petite consolation pour les fans de licences Marvel version Sony : si Spider-Noir s’arrête là, l’accord global entre Amazon MGM Studios et Sony Pictures Television, dont la série était le deuxième volet commandé et le premier à voir le jour, continue son bonhomme de chemin. Le premier projet du deal, le spin-off Silk, avait d’ailleurs déjà été abandonné avant même sa diffusion, ce qui ne présageait pas franchement d’un partenariat sans accroc. Plusieurs projets restent en développement, dont l’un serait proche d’une commande de série en bonne et due forme, concept tenu secret pour l’instant. Toutes les séries de cet accord doivent d’abord débuter en linéaire sur MGM+ avant leur sortie en streaming sur Prime Video.
Une histoire tout de même bouclée
Petit lot de consolation pour les fans déçus : la saison 1 racontait une histoire globalement complète, avec seulement quelques fils narratifs laissés en suspens. Pas de cliffhanger monstrueux, donc, pour venir gâcher davantage la pilule de l’annulation.
Basée sur le comic Marvel Spider-Man Noir, la série suivait Ben Reilly (Nicolas Cage), détective privé chevronné et un brin miteux dans le New York des années 1930, forcé de renouer avec son passé de super-héros suite à une tragédie personnelle. Autour de Cage, le casting réunissait Lamorne Morris, Li Jun Li, Karen Rodriguez, Abraham Popoola, Jack Huston et Brendan Gleeson.
La série était co-showrunnée par Oren Uziel et Steve Lightfoot, développée avec l’équipe derrière Spider-Man: Into the Spider-Verse (Phil Lord, Christopher Miller et Amy Pascal). Lord et Miller produisaient via leur bannière Lord Miller, aux côtés d’Aditya Sood et Dan Shear, tandis que Pascal, Cage lui-même et Pavlina Hatoupis complétaient l’équipe de production exécutive. Harry Bradbeer a réalisé et produit les deux premiers épisodes.
Une belle série, saluée par la critique, plombée par son propre budget. Encore une fois, la morale de l’histoire chez les plateformes semble être : peu importe les étoiles sur Rotten Tomatoes, si la calculette ne sourit pas, l’aventure s’arrête là.

