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Le petit exil des séries françaises : les ventes à l’international dévissent en 2025

L’export audiovisuel français traverse une sale période. Le CNC et Unifrance viennent de sortir leur bilan 2025, présenté à Unifrance Rendez-Vous au Havre, et le mot qui revient le plus souvent est « déteriorer ». Spoiler : ça ne s’améliore pas de sitôt.

Une chute de 21,6%, la pire depuis dix ans

Les ventes internationales de programmes audiovisuels français sont tombées à 164,3 millions d’euros en 2025, soit une dégringolade de 21,6% par rapport à 2024. Pour remettre les choses en perspective : 2024 avait pourtant été une excellente année, avec 209,6 millions d’euros de ventes (+3% sur un an), le deuxième meilleur score en trente ans. Autant dire que la chute est vertigineuse, et qu’on ne peut même pas se consoler en se disant « bon, ça baissait déjà depuis un moment ».

Le CNC et Unifrance pointent un cocktail assez classique mais efficace pour tout plomber : marché publicitaire TV en berne, coupes budgétaires chez de nombreux diffuseurs publics, et moins de commandes de programmes un peu partout dans le monde. Ajoutez à ça des acheteurs devenus franchement frileux, des arbitrages éditoriaux et budgétaires plus serrés, des plateformes SVOD qui achètent moins de droits multi-territoires et préfèrent une stratégie « local pour local », des délais de décision à rallonge, et une préférence quasi systématique pour les valeurs sûres déjà rentables ailleurs. Bref : personne ne veut plus prendre de risques, et ça se voit dans les chiffres.

La fiction dévisse, le documentaire tire son épingle du jeu

Pour la quatrième année consécutive, la fiction reste le genre le plus exporté, avec 33,4% de part totale. Sauf que cette année, elle prend une claque à deux chiffres pour la première fois depuis 2018 : 54,9 millions d’euros, soit -27% sur un an. La dernière fois qu’on avait vu une baisse pareille, c’était -22,5% en 2018, donc on peut dire que 2025 fait pire.

Et niveau contenu, on ne peut pas dire que la diversité soit au rendez-vous. Les ventes se concentrent sur du crime « light » et des procéduraux tout doux : Astrid et Raphaëlle et son archiviste neuroatypique à mémoire extraordinaire qui aide un inspecteur à résoudre des enquêtes, Tropiques criminels et son duo de détectives dépareillées en Martinique, ou encore Alexandra Ehle, la légiste brillante et excentrique de Bordeaux. Rien de très audacieux, mais ça se vend, alors on comprend pourquoi les acheteurs restent dessus. Il y a heureusement quelques exceptions qui sortent du lot, comme la minisérie true crime Sambre, sur le violeur en série qui a terrorisé les femmes le long de la Sambre pendant trois décennies, ou Les Sentinelles, un actioner steampunk de science-fiction situé pendant la Première Guerre mondiale. Preuve qu’on sait encore prendre des risques créatifs, même si le marché ne suit pas forcément.

Le documentaire, lui, dépasse l’animation pour la première fois avec 26,2% des ventes internationales, au-dessus de la moyenne décennale de 21,2%. Sa baisse reste modérée (-2,7%, à 43,1 millions d’euros), proche de la moyenne sur dix ans. Les diffuseurs européens restent les principaux acheteurs, avec plus de la moitié des ventes en Europe de l’Ouest, mais les barrières à l’export se multiplient, notamment un repli général vers du contenu local. Les stratégies éditoriales des diffuseurs se recentrent sur des thématiques locales, moins exportables par nature. Malgré tout, les documentaires événementiels à fort impact restent recherchés, comme Machu Picchu : les secrets de la cité perdue des Incas, 1939-1945 : et le monde change, ou Extraordinaires nuages.

L’animation française touche le fond

Et là, c’est le drame. Après cinq années fastes entre 2016 et 2020, l’animation française enchaîne les mauvaises nouvelles : elle tombe à un plus bas historique avec seulement 19,6% de part de marché, et une baisse massive de 30,3% à 32,2 millions d’euros. La faute à une demande internationale qui se contracte depuis un moment, mais aussi à des drames bien concrets : les liquidations judiciaires de Cyber Group et TeamTO (ce dernier ayant pourtant été racheté en 2024 par l’américain Riva Studios) plombent un secteur déjà fragilisé. Seules l’Amérique du Nord (+5,9%) et l’Afrique (+38,7%) affichent une hausse, mais depuis des niveaux tellement bas que ça ne sauve pas grand-chose. Le rapport résume bien la tendance de fond : les acheteurs privilégient de plus en plus les licences déjà établies, dans un marché saturé où la production continue même quand la demande internationale ralentit.

Belgique, États-Unis, Italie : le podium des acheteurs

La Belgique reste le premier territoire d’export pour le contenu français, malgré une chute de 18,8% à 20,2 millions d’euros. Le documentaire y est le genre numéro un pour la deuxième année consécutive, avec 39,2% des ventes, devant la fiction (35,5%).

Petite bonne nouvelle dans ce tableau plutôt sombre : les États-Unis remontent sur le podium, à la deuxième place, avec 10,1 millions d’euros de ventes, en hausse de 31% après une sixième place l’année précédente. L’Italie garde sa troisième position malgré un recul de 26,1% à 9,3 millions d’euros.

Bilan des courses : 2025 restera comme une année de contraction généralisée pour l’export audiovisuel français, avec un marché mondial de plus en plus frileux et concentré sur les valeurs sûres. Reste à voir si 2026 confirme la tendance ou si le secteur trouve un nouveau souffle.

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