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Doctor Who : la BBC lance un appel d’offres pour réinventer la série, façon télé-crochet de producteurs

Après le départ de Russell T Davies et de Bad Wolf, la fin de l’accord avec Disney et le au revoir de Ncuti Gatwa dans le rôle du Time Lord, on savait que Doctor Who allait traverser une zone de turbulences. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la BBC allait carrément transformer sa relance en compétition ouverte, façon appel d’offres où les studios britanniques vont devoir batailler pour décrocher les clés du TARDIS. Bienvenue dans l’ère de la régénération… administrative.

Un appel d’offres, littéralement

La BBC a officiellement lancé jeudi un tender, comprendre un appel d’offres compétitif, pour la saison 16 de Doctor Who. Les producteurs intéressés devront présenter leur vision de la série dans un processus qui ressemble, ni plus ni moins, à un bake-off créatif : on pitche, on est jugé, et le meilleur (ou le plus malin) repart avec le contrat. Une méthode qui tranche radicalement avec le modèle habituel du showrunner unique aux commandes pendant des années.

D’ailleurs, la BBC insiste bien là-dessus dans son document : « Nous ne cherchons pas nécessairement à travailler selon un modèle strict de showrunner » et la série pourra très bien fonctionner avec des scénaristes épisodiques plutôt qu’une seule plume centrale. Autant dire que l’ère Davies/Moffat façon auteur tout-puissant semble, pour l’instant, rangée au placard.

Ce que la BBC attend (et ce n’est pas rien)

Le cahier des charges est copieux. La série doit être « pertinente, surprenante, courageuse et inspirante », visuellement « cinématographique, distinctive et ambitieuse », capable de rivaliser sur un marché mondial ultra-concurrentiel. On demande aussi au moins un nouveau personnage de compagnon, des histoires capables d’emmener le public dans des époques historiques, des futurs lointains, des mondes extraterrestres ou la Terre contemporaine, bref, tout ce que Doctor Who fait depuis six décennies, mais visiblement il fallait le repréciser noir sur blanc.

Cerise sur le gâteau : la BBC veut du « back of the sofa », ces fameuses frayeurs planquées-derrière-le-canapé qui ont terrifié des générations d’enfants britanniques, tout en restant familiale. Et surtout, surtout : la série doit rester « distinctement britannique dans sa narration ». Un point qui sonne presque comme une mise en garde après les critiques sur la tentative d’internationalisation façon Disney.

Budget flou, calendrier serré

Sans surprise après la fin du deal avec Disney, la BBC reste vague sur le budget et invite carrément les candidats à proposer des « investissements tiers », comprendre : si vous avez un partenaire financier sous le coude, c’est le moment de le sortir. Les producteurs présélectionnés devront aussi discuter avec BBC Studios, le distributeur actuel, avant l’entretien final.

Côté calendrier, ça va vite : dépôt des propositions initiales avant le 2 octobre, entretiens en janvier, et attribution du contrat en mars. Objectif affiché : un retour à l’écran en 2028-2029. Autant dire que les fans de la première heure vont devoir s’armer de patience.

Les producteurs, entre envie et méfiance

Et c’est peut-être là que le bât blesse. Deadline a contacté plusieurs producteurs britanniques réputés pour sonder leur intérêt, et l’enthousiasme n’était pas franchement unanime. Certains s’inquiètent de ne pas posséder les droits d’une série qui pourrait devenir un gouffre financier et créatif sans contrepartie de propriété, logique, personne n’a envie de saigner ses équipes pour un jouet qui appartient à quelqu’un d’autre. D’autres doutaient carrément de la pertinence du personnage auprès des jeunes publics aujourd’hui.

À l’inverse, certains restent motivés : Simon Heath, producteur de Line of Duty, a confirmé son intérêt auprès du Radio Times, et un producteur senior anonyme a résumé la situation avec justesse en qualifiant Doctor Who à la fois de « prospect intrigant » et de « gouffre à ressources potentiel ». Une phrase qui résume bien tout le paradoxe de la marque : un nom mondialement connu, capable de faire briller un CV et d’ouvrir des portes, mais aussi un poids lourd logistique et créatif à porter.

Une chose reste sûre : quel que soit le studio choisi, BBC Studios gardera la main sur la distribution, le merchandising, le digital et les expériences immersives. Le TARDIS change peut-être de pilote, mais le propriétaire, lui, ne bouge pas d’un pouce.

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