Stephen King n’en finit plus de coloniser nos écrans, et cette fois-ci c’est Londres qui hérite du traitement lovecraftien du maître de l’horreur. Prime Video vient de donner son feu vert à Crouch End, une mini-série de six épisodes adaptée de la nouvelle éponyme publiée en 1980. Et cerise sur le gâteau : il s’agit de la toute première adaptation de King à être produite au Royaume-Uni. Il aura fallu attendre plus de quarante ans, mais bon, mieux vaut tard que jamais.
Une nouvelle méconnue, hommage assumé à Lovecraft
Pour les non-initiés, « Crouch End » tire son nom d’un vrai quartier du nord de Londres, et la nouvelle originale est un hommage revendiqué à H.P. Lovecraft, truffée de références au mythe de Cthulhu. Elle avait d’abord été publiée dans l’anthologie « New Tales of the Cthulhu Mythos » avant de rejoindre le recueil « Nightmares & Dreamscapes ». Autant dire qu’on est loin des adaptations grand public façon It ou Stand By Me : ici, on part sur un texte plus confidentiel, plus étrange, et a priori plus difficile à étirer sur six épisodes sans meubler.
Le synopsis promet en tout cas de quoi tenir en haleine : une star de cinéma internationale, Doris Freeman, débarque dans un commissariat londonien en affirmant que la disparition de son mari est liée à des phénomènes étranges. L’inspecteur Ted Vetter doit alors démêler le vrai du faux : meurtrière, mythomane, ou victime d’une force qui dépasse l’entendement ? Un pitch qui sent bon le thriller psychologique doublé d’un mystère surnaturel, exactement le genre de mélange que Prime Video affectionne en ce moment.
Une équipe qui a du répondant
Côté écriture, c’est Paul Tomalin (Bodies) qui s’y colle, avec Tom Shankland (Berlin Noir, The Serpent) à la réalisation. La production est assurée par Mammoth Screen (Hercule, The Serpent) et Fifth Season (East of Eden, Severance), un tandem qui a déjà fait ses preuves sur des séries exigeantes, ce qui rassure un minimum sur la qualité attendue. Le casting est en cours avec, dit-on, un fort engouement autour du projet.
Nicole Clemens, VP des productions internationales chez Prime Video et Amazon MGM Studios, ne cache pas son enthousiasme, évoquant une vision « singulière et centrée sur les personnages » portée par Tomalin. Ce dernier confie d’ailleurs que la nouvelle le hante depuis des années, tandis que Shankland, autoproclamé « super-fan » de King, promet une série « cinématographique, originale et stimulante ». Des éloges qu’on retrouve à chaque annonce de ce type, mais qui ont au moins le mérite de la cohérence sur le papier.
Un quartier devenu, sans le vouloir, très télégénique
Petit clin d’œil de l’Histoire : à l’époque où King a écrit sa nouvelle, Crouch End n’avait rien d’un repaire branché. Depuis, le quartier est devenu un lieu de résidence prisé des professionnels de l’industrie télé et cinéma britannique : scénaristes, producteurs, acteurs. Ironie du sort, donc, que ce petit coin de Londres autrefois choisi pour son ambiance inquiétante et anonyme soit aujourd’hui peuplé de gens qui vont probablement se reconnaître dans le générique.
Crouch End vient ainsi grossir les rangs des productions britanniques originales de Prime Video, aux côtés de Dirty, The Boys of Tommen, Bait, Clarkson’s Farm, The Girlfriend, Steal, My Fault: London et Last One Laughing UK. Une stratégie d’expansion qui ne faiblit pas, et qui confirme que le Royaume-Uni est devenu un terrain de jeu prioritaire pour la plateforme. Reste à voir si cette adaptation saura restituer l’étrangeté si particulière du texte original, ou si elle finira diluée dans un format calibré pour plaire au plus grand nombre.

