Il y a des séries qui arrivent avec une idée tellement révolutionnaire qu’on se demande comment personne n’y avait pensé avant. Et puis il y a Last Seen. Une enfant disparue, un père qui n’a jamais réussi à faire son deuil, une famille brisée, un mystérieux cadavre retrouvé des années plus tard et suffisamment de secrets pour remplir six épisodes : soyons honnêtes, on n’est pas exactement sur un terrain totalement vierge.
Mais voilà : parfois, une recette classique est suffisamment bien exécutée pour qu’on ait quand même envie de reprendre une part.
C’est un peu mon sentiment après le premier épisode de Last Seen, le nouveau thriller d’Apple TV. Je ne suis pas encore totalement convaincue par ce que la série veut raconter, mais je suis suffisamment intriguée pour avoir envie de connaître la suite. Et, surtout, je trouve qu’elle possède une qualité qui manque parfois cruellement aux thrillers de ce genre : elle prend ses personnages au sérieux.
Une disparition vieille de onze ans
Last Seen nous présente Ian Ridley, ancien policier devenu opérateur dans un centre d’appels d’urgence. Onze ans auparavant, sa fille Maggie a disparu alors qu’elle était encore enfant. Depuis, Ian n’a jamais vraiment réussi à tourner la page.
Son couple avec la mère de Maggie a volé en éclats, sa vie personnelle est dans un état assez catastrophique et il traîne derrière lui un paquet de casseroles émotionnelles qui ferait passer un vide-grenier pour une opération de rangement minimaliste.
Et puis, lors d’une tempête, les restes d’un enfant sont retrouvés dans une forêt près de chez lui. Avec eux, un détail qui pourrait tout changer : le squelette porte un pyjama qui ressemble à celui que portait Maggie lorsqu’elle a disparu.
Évidemment, Ian va s’intéresser de très près à cette découverte.
Et c’est là que Last Seen commence réellement à installer son intrigue.
Je vais m’arrêter là concernant les événements du premier épisode, parce que la série commence déjà à jouer avec les certitudes du spectateur et je n’ai aucune envie de transformer cette critique en chasse au spoiler.
Disons simplement que le mystère autour de Maggie est suffisamment efficace pour me donner envie de regarder la suite, même si j’ai déjà quelques craintes concernant la manière dont tout cela va être amené.
Le gros point fort : les personnages
Ce qui m’a le plus convaincue dans cet épisode, ce n’est finalement pas l’enquête.
C’est Ian.
Et plus largement, la manière dont Last Seen traite le deuil.
Parce que le sujet était franchement casse-gueule. Une enfant disparue depuis onze ans, un père qui refuse de croire qu’elle est morte, un mariage détruit, de l’alcool, de la culpabilité et une nouvelle découverte qui vient rouvrir une blessure à peine cicatrisée : il y avait absolument tout pour nous servir le grand buffet du pathos.
Vous savez, le genre de série où chaque personnage regarde tristement par la fenêtre sous la pluie avant de boire un verre de whisky en repensant à son passé.
Heureusement, Last Seen évite plutôt bien ce piège.
La série reste sobre. Elle laisse les personnages vivre leur douleur sans constamment nous mettre un panneau lumineux au-dessus de la tête pour nous expliquer qu’il faut être triste. Et j’ai beaucoup apprécié ça.
Ian est évidemment un homme profondément marqué par la disparition de sa fille, mais son deuil n’est pas traité comme une simple caractéristique scénaristique destinée à justifier ses actions. On comprend progressivement comment cet événement a complètement déstructuré sa vie.
Le problème, c’est que la série lui a quand même mis à peu près toutes les difficultés possibles sur le dos.
Papa endeuillé ? Check.
Divorcé ? Check.
Ancien policier ? Check.
Problèmes d’alcool ? Check.
Colère permanente contre à peu près tout ce qui bouge ? Check.
On attend presque qu’il découvre une dette fiscale ou une allergie aux cacahuètes pour compléter la collection.
C’est peut-être là que j’ai encore un petit problème avec Ian : le personnage manque parfois de nuance. Il est intéressant, touchant, parfois franchement difficile à regarder, mais le scénario semble avoir voulu empiler les traumatismes pour être certain qu’on comprenne qu’il ne va pas bien.
Et pourtant, Patrick Brammall arrive à rendre tout cela beaucoup plus humain.
Patrick Brammall sort de sa zone de confort
Si vous connaissez Patrick Brammall principalement pour ses comédies, le changement de registre est assez savoureux.
Personnellement, je l’aime beaucoup depuis No Activity, que j’avais adoré, et évidemment Colin From Accounts, où il est absolument adorable.
Alors le voir débarquer dans un thriller sombre avec la tête d’un homme qui semble avoir perdu toute envie de faire semblant que tout va bien, ça fait forcément son petit effet.
Et franchement, il porte très bien le rôle.
Brammall réussit surtout à faire passer la fragilité d’Ian sans transformer le personnage en pauvre petit papa martyr. Il y a de la colère, de la culpabilité, de l’épuisement et une forme de désespoir permanent qui passe beaucoup par son attitude et ses silences.
J’ai particulièrement apprécié ce changement d’image.
On sent qu’il peut jouer autre chose que le type sympathique et un peu paumé dans une comédie romantique australienne. Même si, soyons honnêtes, une partie de mon cerveau regarde toujours Ian en se disant : « Mais enfin Gordon, qu’est-ce qui t’est arrivé ? »
C’est probablement le meilleur compliment que je puisse lui faire : j’oublie assez rapidement l’acteur que je connais pour croire au personnage.
Une intrigue qui ne réinvente absolument rien
C’est là que mon enthousiasme retombe un petit peu.
Parce que si les personnages m’intéressent, l’intrigue, elle, me donne une très forte impression de déjà-vu.
Le thriller de disparition est un genre qui commence à avoir une sacrée collection de variantes. L’enfant disparu. Le parent traumatisé. Le cadavre qui pourrait enfin apporter des réponses. Les secrets. Les suspects. Les familles étranges. Les indices qui semblent pointer dans une direction avant de nous faire regarder ailleurs.
On connaît.
Et Last Seen ne fait pas grand-chose, dans ce premier épisode, pour révolutionner la formule.
Pire : certains éléments sont assez faciles à anticiper.
Le problème n’est donc pas que l’épisode soit mauvais. Il ne l’est pas. Il est même plutôt efficace. Mais j’ai parfois l’impression de regarder une série dont je connais déjà les règles du jeu.
Et c’est précisément ce qui me fait un peu peur pour la suite.
Parce que le premier épisode se termine sur une révélation qui, sans être totalement inintéressante, est finalement assez attendue. Et je me suis immédiatement demandé : est-ce que Last Seen va réussir à me surprendre par la suite ou est-ce que tout va être cousu de fil blanc ?
Pour l’instant, je n’ai évidemment pas la réponse.
Et c’est probablement pour ça que je vais regarder la suite.
Parce que, malgré mes réserves, je veux savoir ce qui est arrivé à Maggie.
Une Australie qui change un peu du décor habituel
Autre élément que j’ai beaucoup aimé : le fait que la série soit australienne.
Ça peut sembler secondaire, mais je trouve que ça apporte quelque chose.
On a tellement l’habitude de voir les mêmes décors américains, britanniques ou scandinaves dans les thrillers que découvrir une série policière installée dans les paysages de Victoria est plutôt rafraîchissant.
Et Last Seen exploite correctement cet environnement.
La forêt, les maisons isolées, les paysages ruraux et cette atmosphère assez austère donnent à l’ensemble une identité géographique intéressante.
La photographie est plutôt réussie et la série possède le niveau de finition auquel Apple TV nous a habitués. C’est propre, sombre, assez élégant.
Mais justement, j’aurais aimé que la réalisation ait davantage de personnalité.
Elle est correcte. Parfois très jolie. Elle sait installer une ambiance.
Mais elle ne m’a pas donné l’impression d’avoir une véritable signature.
Et c’est dommage, parce que le décor australien aurait pu être davantage exploité pour donner au thriller une identité visuelle plus forte.
Des personnages secondaires encore en retrait
Pour l’instant, les personnages secondaires sont vraiment… secondaires.
Et je ne leur en veux pas forcément : c’est le premier épisode et la série doit installer son intrigue.
Mais certains commencent déjà à m’intéresser.
Je pense notamment à l’ex-femme d’Ian, qui m’a semblé particulièrement touchante. La disparition de Maggie n’a évidemment pas uniquement détruit la vie de son père et j’ai envie de voir comment la série va explorer les conséquences de onze années de deuil sur les deux parents.
D’autres personnages apparaissent également en périphérie de l’histoire et semblent clairement destinés à prendre davantage de place.
Je suis donc curieuse.
Mais pour l’instant, Last Seen me donne surtout envie de mieux connaître ses personnages parce que c’est là que la série me semble la plus solide.
Un épisode un peu trop longuet
Mon autre petit reproche concerne le rythme.
Je ne dirais pas que je me suis ennuyée, mais j’ai clairement regardé ma montre à plusieurs reprises.
L’épisode prend son temps. Beaucoup de temps.
Le côté slow burn peut parfaitement fonctionner dans un thriller lorsqu’il sert à développer les personnages et l’atmosphère. Ici, c’est parfois le cas, mais j’ai aussi eu l’impression que certaines scènes auraient pu être raccourcies pour donner davantage d’énergie à l’ensemble.
C’est particulièrement frustrant parce que l’intrigue possède suffisamment d’éléments pour être vraiment prenante.
J’aurais donc volontiers sacrifié quelques minutes de contemplation pour un peu plus de tension.
Alors, je continue ?
Oui.
Et c’est finalement ce qui compte.
Après ce premier épisode, je suis mitigée, mais suffisamment intriguée.
Last Seen n’est pas, pour l’instant, le thriller qui va révolutionner le genre. Son intrigue est assez classique, certains développements sont prévisibles et la réalisation, bien que solide, manque encore de personnalité.
Mais ses personnages fonctionnent.
Le traitement du deuil est juste et étonnamment sobre. Patrick Brammall est très convaincant dans un registre dramatique qu’on lui voit moins souvent. Les décors australiens apportent une petite bouffée d’air frais à un genre qui recycle beaucoup ses paysages et ses recettes. Et surtout, le mystère autour de Maggie fonctionne suffisamment pour me donner envie de connaître la réponse.
C’est peut-être ça, finalement, la meilleure définition de ce premier épisode : je ne suis pas encore convaincue par Last Seen, mais elle a réussi à piquer ma curiosité.
Et dans un thriller, c’est déjà pas mal.
Maintenant, il va falloir que la série me prouve qu’elle a autre chose dans son sac que les sempiternels « MAIS QUI EST VRAIMENT CETTE PERSONNE ? » et « OH MON DIEU, ET SI… ? ».
Parce que pour l’instant, j’ai l’impression d’avoir déjà vu plusieurs fois le film.
Mais allez, je reste.

