Une nouvelle porte d’entrée… qui ressemble davantage à une porte dérobée
Près de trente ans après le film d’animation devenu culte, The Ghost in the Shell revient avec une nouvelle adaptation animée diffusée sur Prime Video. Cette fois, l’objectif est clair : proposer une version plus proche du manga original de Masamune Shirow, tout en offrant une identité visuelle flambant neuve.
Le premier épisode nous plonge immédiatement dans cet univers cyberpunk où humains augmentés, cyborgs et criminalité technologique font désormais partie du quotidien. La major Motoko Kusanagi intervient avec la Section 9 sur une affaire qui semble rapidement dépasser le simple fait divers et dessiner les contours d’une menace plus vaste.
Enfin… ça, c’est ce que j’ai fini par comprendre.
Parce que pendant une bonne partie de l’épisode, j’ai surtout eu l’impression que la série me regardait droit dans les yeux en me disant : « Tu connais déjà tout ça, non ? »
Eh bien… pas vraiment.
Une série qui semble parler avant tout aux fans
J’avais vu le film de 1995 il y a très longtemps. J’en gardais un excellent souvenir, notamment de son ambiance et de ses réflexions philosophiques, mais autant dire que mes souvenirs étaient loin d’être suffisamment frais pour servir de mode d’emploi.
Et c’est probablement là que ce premier épisode m’a perdu.
Tout va extrêmement vite. Les personnages arrivent les uns après les autres, les missions s’enchaînent, les informations tombent sans véritable introduction et les dialogues donnent souvent l’impression que tout a déjà été expliqué… dans une conversation à laquelle je n’étais manifestement pas invitée.
Je ne demande pas qu’on me tienne la main pendant quarante minutes. Mais j’aimerais au moins savoir pourquoi je devrais m’intéresser à ces personnages, comprendre leurs relations ou saisir les enjeux de ce qui se déroule sous mes yeux.
Au lieu de ça, j’ai passé une bonne partie de l’épisode à essayer de raccrocher les wagons.
J’ai rapidement eu la sensation que cette adaptation faisait le pari de la fidélité au matériau d’origine plutôt que de l’accessibilité. C’est un choix qui plaira sans doute aux connaisseurs, mais pour quelqu’un qui revient dans cet univers après plusieurs années, ou qui le découvre totalement, l’entrée est particulièrement abrupte.
C’est beau. Vraiment très beau.
Là où la série marque immédiatement des points, c’est sur son animation.
Visuellement, difficile de lui reprocher quoi que ce soit. Les décors sont magnifiques, les jeux de lumière fonctionnent très bien et les scènes d’action sont lisibles sans sacrifier leur dynamisme.
Les personnages possèdent également un design très réussi. Ils ont de la personnalité dès leur apparition et conservent une identité visuelle forte, ce qui n’est pas toujours évident dans ce type de production.
On sent également un véritable soin apporté à la réalisation. Certaines compositions de plans sont superbes et rappellent pourquoi Ghost in the Shell reste une licence aussi importante dans l’histoire de l’animation japonaise.
Même constat du côté du casting vocal japonais, que j’ai trouvé particulièrement convaincant. Les voix sonnent justes et donnent immédiatement de l’épaisseur aux personnages.
Une bande originale qui joue… dans un autre épisode
J’ai également beaucoup aimé la musique.
Enfin… la musique en elle-même.
Parce que son utilisation m’a souvent laissé perplexe.
À plusieurs reprises, je trouvais les morceaux très beaux, mais complètement déconnectés de ce qui se passait à l’écran. Comme si la bande originale racontait une autre histoire que celle de la mise en scène.
Le résultat crée un décalage étrange. Là où certaines scènes auraient gagné en tension ou en émotion, la musique semblait parfois partir dans une direction totalement différente.
Ce n’est pas catastrophique, mais suffisamment marquant pour me sortir régulièrement de l’épisode.
Un pilote qui oublie sa mission principale
Pour moi, le rôle d’un premier épisode est assez simple : donner envie de lancer le deuxième.
Peu importe que l’univers soit complexe ou que les enjeux mettent du temps à se révéler. Il faut au minimum réussir à accrocher le spectateur.
Ici, je suis surtout restée sur le quai.
J’ai bien conscience que beaucoup d’éléments trouveront probablement leur réponse plus tard. Je ne juge pas la série dans son ensemble, uniquement ce premier épisode. Mais justement, c’est lui qui doit convaincre de poursuivre l’aventure.
Or, je n’en ai tout simplement pas eu envie.
C’est d’autant plus frustrant que le potentiel est évident. L’univers reste fascinant, l’animation est superbe, les personnages dégagent quelque chose dès leurs premières apparitions et on sent qu’il y a une véritable ambition derrière cette adaptation.
Mais à force de vouloir plonger immédiatement dans son univers sans prendre le temps d’accueillir les nouveaux venus, ce premier épisode finit par créer une distance avec une partie de son public.
Mon avis
J’aurais aimé aimer ce retour de The Ghost in the Shell. Visuellement, il coche énormément de cases et la qualité de production saute immédiatement aux yeux. Mais un premier épisode ne peut pas uniquement vivre sur sa direction artistique.
Quand je termine un pilote avec davantage de questions sur ce que je viens de regarder que de curiosité pour la suite, il y a forcément quelque chose qui n’a pas fonctionné.
Les fans du manga y trouveront sans doute leur compte grâce à une adaptation qui semble assumer pleinement sa fidélité à l’œuvre originale. En revanche, si, comme moi, vos souvenirs de la licence remontent à plusieurs années, ou si vous découvrez tout simplement cet univers, préparez-vous à être jeté dans le grand bain sans bouée.
Et malheureusement, je ne suis pas certaine d’avoir envie d’y retourner.

