Dans la grande famille des comédies d’action, il y a toujours un moment où l’on se demande : « Est-ce qu’on a encore besoin d’une nouvelle histoire de tueurs à gages, d’espionnage et de courses-poursuites ? » La réponse est souvent non. Et pourtant, parfois, un petit changement de recette suffit à rendre un plat déjà connu un peu plus intéressant.
C’est exactement le pari de Ride Or Die, nouvelle série d’action de Prime Video portée par Hannah Waddingham et Octavia Spencer. Sur le papier, on est sur un concept que l’on connaît déjà : une personne avec un lourd secret, une vie bien rangée qui explose soudainement, une fuite en avant et une succession de situations dangereuses. Bref, une recette que le cinéma et les séries nous servent régulièrement avec plus ou moins de réussite.
Mais Ride Or Die apporte un élément qui change quand même la dynamique : ses héroïnes. Ici, pas de jeunes espionnes fraîchement sorties d’une école secrète, pas de duo de trentenaires ultra-entraînées qui passent leur temps à sauver le monde entre deux cocktails. La série choisit de mettre au centre deux femmes qui ont déjà vécu, qui ont un passé, des blessures et une personnalité bien installée. Et rien que ça, c’est plutôt rafraîchissant.
Le premier épisode nous présente Judith, une experte-comptable judiciaire qui cache une tout autre réalité : elle est également une tueuse à gages particulièrement efficace. Oui, derrière les tableaux Excel et les dossiers financiers se cache quelqu’un capable de régler des problèmes de manière… disons définitive. Une reconversion professionnelle que je ne conseillerais pas forcément sur LinkedIn.
Sa vie bascule lorsqu’un événement vient révéler son secret à Debbie, sa meilleure amie. Cette dernière découvre alors que la personne avec qui elle partage son quotidien n’est pas exactement celle qu’elle pensait connaître. Les deux femmes vont devoir prendre la fuite ensemble, apprendre à gérer cette nouvelle situation et surtout composer avec une relation qui devient beaucoup plus compliquée qu’une simple amitié.
Un point de départ classique donc, mais qui repose surtout sur la dynamique entre ses deux personnages.
Hannah Waddingham et Octavia Spencer : le véritable moteur de la série
S’il y a bien une chose que le premier épisode réussit immédiatement, c’est l’installation de son duo principal.
Et heureusement, parce qu’une série comme Ride Or Die vit ou meurt avec l’alchimie entre ses personnages. Ici, la bonne nouvelle, c’est que ça fonctionne très rapidement.
J’apprécie énormément Hannah Waddingham depuis plusieurs années, et il faut reconnaître qu’elle possède un charisme assez impressionnant. Elle peut passer d’une présence intimidante à une scène beaucoup plus légère en quelques secondes. Dans Ride Or Die, elle est totalement crédible en tueuse professionnelle. Elle a cette capacité à donner l’impression qu’elle pourrait vous expliquer tranquillement comment fonctionne un tableau de trésorerie avant de disparaître dans la nuit pour une mission légèrement moins administrative.
Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est que Judith n’est pas simplement une machine à tuer froide et sans émotion. Le personnage garde une certaine humanité, ce qui permet à Waddingham de jouer autant sur l’action que sur la comédie.
Face à elle, Octavia Spencer apporte une énergie différente. Debbie est davantage utilisée dans ce premier épisode comme le contrepoint humoristique du duo. Elle représente le regard du spectateur : quelqu’un qui découvre que son quotidien était basé sur un mensonge plutôt important. Une réaction assez légitime quand votre meilleure amie oublie de préciser qu’elle a une carrière parallèle dans l’assassinat.
Mais Debbie n’est jamais réduite à une simple victime embarquée dans l’histoire. Le personnage possède suffisamment de personnalité pour qu’on ait envie de voir comment il va évoluer par la suite.
Ce qui me plaît surtout, c’est l’équilibre entre les deux actrices. La série ne donne pas l’impression d’avoir une héroïne principale accompagnée d’une partenaire secondaire. Les deux personnages existent réellement ensemble, et leur relation est clairement le cœur de l’épisode.
Une comédie d’espionnage qui fonctionne… mais qui manque encore un peu de folie
C’est probablement là que se situe ma principale réserve concernant ce premier épisode.
J’attendais beaucoup plus de folie.
Avec un concept pareil et un duo comme celui-là, Ride Or Die avait toutes les cartes en main pour partir dans quelque chose de totalement déjanté. Je m’attendais à davantage de situations absurdes, de répliques explosives et de moments où la série accepterait complètement son côté improbable.
Pour l’instant, elle reste étonnamment sage.
Attention, cela ne veut pas dire que l’humour ne fonctionne pas. Plusieurs scènes m’ont fait sourire, et le mélange entre thriller d’espionnage, action et comédie est plutôt bien équilibré. Mais je n’ai pas encore retrouvé cette sensation de folie que le concept pouvait promettre.
On est loin d’une comédie qui enchaîne les gags toutes les trente secondes. La série préfère installer ses personnages et son intrigue avant de lâcher complètement les chevaux. Ce choix peut fonctionner sur la durée, mais sur ce premier épisode, j’ai parfois eu l’impression qu’elle se retenait.
J’espère donc que la suite osera davantage. Parce qu’avec deux actrices aussi à l’aise dans la comédie, il serait dommage de rester uniquement dans une zone de confort.
Une action efficace mais sans grande surprise
Du côté de l’action, Ride Or Die fait exactement ce qu’on attend d’elle : c’est propre, efficace et suffisamment rythmé pour éviter les longueurs.
Les scènes d’action fonctionnent, Hannah Waddingham est crédible dans cet exercice et la réalisation permet de suivre ce qui se passe. Et je tiens à souligner un détail qui devient presque un événement dans certaines productions actuelles : on voit ce qui se passe.
Oui, les scènes d’action ne sont pas plongées dans une obscurité totale où l’on doit deviner qui frappe qui grâce aux bruits de coups. Rien que pour ça, merci.
Maintenant, soyons honnêtes : rien dans ce premier épisode ne révolutionne le genre. Les combats, les poursuites et les situations dangereuses restent assez classiques. On est davantage dans l’efficacité que dans l’inventivité.
La réalisation suit cette même logique. Elle fait le travail, sans forcément proposer une identité visuelle particulièrement marquante. Ce n’est pas une série qui cherche à impressionner par sa mise en scène, mais plutôt à laisser la place aux personnages.
Et finalement, c’est probablement le bon choix puisque ce sont Judith et Debbie qui portent véritablement l’épisode.
Une série qui assume son côté « plaisir coupable »
Ce que j’apprécie dans Ride Or Die, c’est qu’elle ne cherche pas à être plus intelligente qu’elle ne l’est.
Oui, il y a des facilités scénaristiques. Oui, certaines situations reposent sur des raccourcis un peu pratiques. Oui, le scénario ne va probablement pas révolutionner la fiction d’espionnage.
Mais est-ce vraiment un problème ?
Pas forcément.
Ce genre de série fonctionne aussi parce qu’on accepte de poser son cerveau quelques instants et de profiter du spectacle. Tout n’a pas besoin d’être parfaitement réaliste ou incroyablement complexe. Parfois, on a simplement envie de regarder deux excellentes actrices courir, se disputer et échapper à des problèmes qu’elles auraient probablement pu éviter avec une conversation de cinq minutes.
Et surtout, Ride Or Die évite un piège assez fréquent : celui de transformer ses héroïnes en caricatures de « femmes badass ». La série ne repose pas sur le fait de montrer deux femmes qui découvrent soudainement qu’elles peuvent être dangereuses. Elles le sont déjà. Elles ont simplement une histoire et une personnalité qui vont au-delà de cette capacité.
C’est finalement ce qui rend le concept plus intéressant que prévu.
Verdict : une série sympathique qui attend encore de sortir les griffes
Avec son premier épisode, Ride Or Die ne révolutionne clairement pas la comédie d’action. Elle reprend des ingrédients que l’on connaît déjà et les mélange avec une recette plutôt classique.
Mais elle possède un atout majeur : son duo principal.
Hannah Waddingham et Octavia Spencer fonctionnent immédiatement ensemble, apportent beaucoup de charme à leurs personnages et donnent envie de continuer l’aventure. Le premier épisode est fluide, agréable à regarder et remplit parfaitement son rôle de divertissement léger.
Mon principal regret reste ce manque d’audace dans l’humour. J’attendais une série plus folle, plus décalée, plus explosive. Pour l’instant, Ride Or Die joue la sécurité.
Mais si elle décide de lâcher un peu les freins dans les prochains épisodes, elle pourrait devenir exactement ce qu’elle promet d’être : une comédie d’espionnage fun portée par deux héroïnes qu’on a envie de suivre partout.
Je ne vais pas me jeter immédiatement sur la suite comme Judith se jette du haut d’un chalet, mais je suis suffisamment intriguée pour avoir envie de voir où cette fuite va nous emmener.

