Après avoir longtemps été l’une des alliées les plus efficaces de Jack Reacher, Frances Neagley passe enfin au premier plan. Avec Neagley, Prime Video offre à Maria Sten son propre spin-off dans l’univers de Reacher. Et bonne nouvelle : plutôt que de chercher à fabriquer une copie féminine du gros monsieur qui règle généralement ses problèmes à coups de poing, la série décide de laisser Neagley être… Neagley.
Et rien que pour ça, j’étais plutôt curieuse de voir ce que ça allait donner.
Le premier épisode, intitulé « L Train », nous présente donc Frances Neagley dans sa nouvelle vie de détective privée à Chicago. Lorsqu’un ami d’enfance, Tommy, meurt après avoir été percuté par un métro, la police s’apprête à classer l’affaire comme un accident. Sauf que Neagley reçoit un mystérieux message de Tommy qui suffit à réveiller son instinct d’enquêtrice.
Et quand Frances Neagley commence à trouver quelque chose de louche, autant vous dire qu’il vaut mieux ne pas être la personne louche en question.
Son enquête va rapidement la conduire sur la piste d’une communauté aux dérives sectaires, tandis qu’elle commence également à replonger dans son propre passé familial. Une enquête, donc, mais surtout un prétexte pour nous permettre de découvrir un peu mieux celle qui était jusqu’ici l’une des figures secondaires les plus attachantes de Reacher.
Et c’est finalement là que Neagley marque ses premiers points.
Un passage de témoin réussi
Le premier défi de Neagley était assez évident : comment passer de Reacher à Neagley sans donner l’impression de regarder simplement Reacher avec une autre personne au centre de l’image ?
La réponse arrive assez rapidement : en laissant Reacher passer le relais.
Le début de l’épisode joue clairement cette carte du passage de témoin. Alan Ritchson fait une apparition qui ressemble à un joli cadeau offert aux spectateurs de la série mère, mais qui n’a surtout pas besoin de s’éterniser. Reacher est là, il rappelle le lien entre les deux personnages, il laisse sa place à Neagley… et puis basta.
Et franchement, c’est exactement ce qu’il fallait faire.
Le risque aurait été de nous faire passer tout l’épisode à nous rappeler que « regardez, c’est dans l’univers de Reacher ! ». Heureusement, la série évite assez rapidement ce piège. Une fois le petit fan service passé, on oublie presque la série originale pour se concentrer sur Frances Neagley.
Et surtout, je pense que l’épisode peut parfaitement se regarder sans avoir vu Reacher. Évidemment, connaître le personnage permet de mieux apprécier certaines choses, mais le pilote fait suffisamment bien son travail de présentation pour que Neagley puisse commencer à exister par elle-même.
C’était probablement la chose la plus importante à réussir avec ce spin-off.
Maria Sten est parfaitement à sa place
Parce que soyons honnêtes : si je regarde Neagley, c’est avant tout pour Maria Sten.
Et elle est très bien.
L’actrice avait déjà réussi à donner beaucoup de personnalité à Frances Neagley dans Reacher, mais le fait de lui confier le premier rôle permet enfin d’aller au-delà de la femme badass qui arrive, analyse trois trucs en deux secondes et colle quelques baffes quand la situation l’exige.
Neagley reste badass. Heureusement. Il ne faudrait quand même pas lui retirer son permis de distribuer des mandales.
Mais le personnage est aussi beaucoup plus intéressant lorsqu’on s’intéresse à ce qu’il y a derrière cette façade.
Le pilote commence notamment à explorer son passé familial, sa relation avec son père et certains éléments de son enfance. Et contrairement à une exposition artificiellement plaquée là pour nous expliquer qui elle est, ces éléments apportent immédiatement une profondeur supplémentaire au personnage.
C’est aussi là que Neagley trouve sa propre personnalité.
Reacher est un personnage qui fonctionne énormément sur son physique, son côté solitaire, son absence presque totale d’attaches et cette capacité assez fascinante à entrer quelque part, constater qu’un problème existe et décider qu’il va le résoudre en détruisant approximativement la moitié du mobilier.
Neagley fonctionne autrement.
Elle est tout aussi compétente, mais elle est plus subtile. Elle observe, elle analyse, elle enquête. Et surtout, elle a davantage de liens avec les autres.
Là où Reacher semblait constamment traverser le monde avec une valise et trois personnes dans son carnet d’adresses, Neagley est beaucoup plus entourée. Et j’aime assez que la série profite de son spin-off pour développer cet aspect.
Une enquête classique… mais est-ce vraiment un problème ?
Soyons honnêtes deux minutes : l’enquête de cette première saison n’est pas particulièrement révolutionnaire.
Un ami d’enfance meurt dans des circonstances suspectes. Neagley n’y croit pas. Elle cherche pourquoi. Elle découvre une communauté aux dérives sectaires. Il y a des gens pas très nets. Il y a des produits pas très nets. Et probablement beaucoup de personnes qui auraient préféré qu’elle ne mette pas son nez là-dedans.
On a vu plus original.
Mais finalement, c’est un reproche que l’on pourrait également adresser à Reacher. Les enquêtes de la franchise ne sont pas nécessairement ce qui fait leur intérêt principal. Elles servent surtout de gigantesque terrain de jeu pour mettre en scène leurs personnages.
Et Neagley fonctionne de la même manière.
Je ne regarde pas vraiment cet épisode en me demandant si je vais assister à la prochaine révolution du polar télévisé. Je le regarde parce que Frances Neagley est suffisamment intéressante pour que j’aie envie de la suivre.
L’intrigue de la communauté sectaire est donc plutôt classique, mais elle fait le boulot. Elle permet à l’épisode d’avancer, d’introduire plusieurs personnages et surtout de mettre Neagley dans différentes situations.
Et c’est finalement tout ce que je lui demande pour un premier épisode.
Le parfait dosage entre baston, enquête et introspection
Ce qui m’a agréablement surprise, c’est le rythme.
L’épisode dure près d’une heure et, honnêtement, je n’ai pas vu le temps passer.
Neagley trouve un équilibre plutôt efficace entre les différentes facettes de son concept. Il y a l’enquête, évidemment. Il y a les scènes d’action. Mais il y a aussi des moments beaucoup plus calmes qui permettent de s’attarder sur Neagley et son histoire.
Et cet équilibre fonctionne particulièrement bien.
La série ne passe pas son temps à faire courir son héroïne d’un endroit à l’autre en attendant la prochaine explosion. Mais elle ne transforme pas non plus son spin-off en drame familial contemplatif où tout le monde regarde tristement par une fenêtre pendant 58 minutes.
Il faut quand même que ça cogne.
Et ça cogne.
Le cahier des charges est plutôt complet dès ce premier épisode : bagarre, course-poursuite, explosion et réparties bien senties. On pourrait presque sortir une grille de bingo.
Les scènes d’action sont efficaces et agréables à regarder. Elles sont pour l’instant moins impressionnantes que celles de Reacher, notamment parce que Neagley n’a pas exactement le même gabarit que le monsieur qui peut utiliser un réfrigérateur comme arme improvisée.
Mais encore une fois, ce n’est pas vraiment un problème. Neagley n’a pas besoin de gagner au concours de la plus grosse explosion pour être intéressante.
Neagley n’est pas Reacher, et tant mieux
C’est probablement le point sur lequel j’avais le plus envie de voir la série se démarquer.
Parce que faire de Neagley une sorte de Reacher 2.0, mais avec Maria Sten à la place de Ritchson, n’aurait eu absolument aucun intérêt.
Et heureusement, le pilote ne fait pas ça.
Neagley possède son propre tempérament, sa propre façon de fonctionner et surtout une histoire personnelle qui commence déjà à lui donner une identité différente.
Elle est impertinente. Elle a de la répartie. Elle sait parfaitement remettre quelqu’un à sa place. Mais elle n’a pas le côté complètement bigger than life de Reacher.
Et c’est à la fois sa force et l’une des petites limites de ce premier épisode.
Parce que l’humour est beaucoup moins présent.
J’aime les punchlines de Neagley et son côté pince-sans-rire. Ses réponses fonctionnent. Mais j’aurais aimé que la série ose parfois aller un peu plus loin dans le comic relief.
Avec Reacher, l’humour fonctionnait énormément grâce au décalage entre son physique absolument absurde, son sérieux permanent et les situations dans lesquelles il se retrouvait. Le personnage pouvait être involontairement hilarant simplement en étant… Reacher.
Neagley est plus subtile.
Et forcément, ça donne une série un peu moins drôle.
Je ne demande pas à Neagley de devenir une comédie d’action, mais quelques situations légèrement absurdes supplémentaires n’auraient pas fait de mal. Pour l’instant, je trouve que la série a parfois tendance à garder un peu trop la tête baissée.
Une famille et une équipe qui commencent à se dessiner
J’ai également apprécié que le pilote ne fasse pas de Neagley une solitaire absolue.
Son rapport à sa famille, et particulièrement à son père, apporte quelque chose de très intéressant au personnage. Ces éléments ne sont pas simplement là pour remplir son passé : ils permettent de comprendre un peu mieux pourquoi elle est devenue la femme que l’on rencontre aujourd’hui.
Et puis il y a Rat, le policier qui accompagne Neagley dans son enquête.
J’aime beaucoup le fait qu’il ne soit pas simplement le personnage qui apparaît toutes les quinze minutes pour dire : « J’ai trouvé un indice ! ».
Il possède lui aussi sa propre quête et ses propres motivations. Ça donne immédiatement un peu plus de chair aux personnages secondaires.
C’est important parce que Neagley semble justement être une série qui veut davantage parler des relations entre les personnages que Reacher ne le faisait.
Et je trouve ça plutôt intéressant.
Reacher avait Neagley comme confidente et quelques alliés ponctuels, mais son personnage restait profondément solitaire. Ici, Neagley est certes parfaitement capable de travailler seule, mais elle se retrouve déjà davantage entourée.
Et paradoxalement, c’est peut-être ce qui pourrait permettre à la série de se différencier le plus de sa grande sœur.
Une première enquête classique pour une héroïne qui ne l’est pas
Au final, ce premier épisode de Neagley ne révolutionne absolument rien.
L’enquête est classique. Les méchants sont méchants. Les scènes d’action font le travail. Le mystère autour de Tommy sert de fil rouge. Et oui, j’aurais bien pris quelques blagues supplémentaires avec tout ça.
Mais je suis sortie de l’épisode avec une vraie envie de voir la suite.
Et ce n’est pas parce que je dois absolument savoir comment l’enquête va se terminer.
C’est parce que j’ai envie de retrouver Frances Neagley.
Maria Sten porte parfaitement le personnage et le pilote comprend quelque chose d’important : Neagley n’a pas besoin d’être Reacher pour être intéressante.
Elle peut avoir ses propres blessures, ses propres relations, sa propre manière de résoudre les problèmes et son propre humour. Elle peut être moins spectaculaire, parfois plus sérieuse, mais aussi plus intime et plus psychologique.
Et pour un premier épisode, c’est déjà une assez bonne base.
Neagley est donc une série d’action et d’enquête plutôt légère, facile à regarder et suffisamment fun pour qu’on se laisse embarquer sans avoir besoin de sortir son carnet de notes pour comprendre la conspiration du siècle. Mais derrière les bastons et les explosions, elle commence surtout à construire un personnage qui mérite largement de quitter l’ombre de Reacher.
Pour ma part, je serai là pour le deuxième épisode.
Pas uniquement pour savoir qui se cache derrière cette affaire.
Surtout pour voir jusqu’où Frances Neagley peut aller lorsqu’on lui laisse enfin toute la place.
Ma note : 7/10
Neagley est disponible sur Prime Video.

